Chapitre 26

7 minutes de lecture

Territoire Lspwsto - Système Lorrsitw - Nid central de la Reine Yjilsv

Les cinq généraux se tenaient devant leur souveraine. Ils répondaient aux dénominations suivantes : Dvhita, Dvhitb, Dvhitc, Dvhitd, Dvhite. Tous venaient du nid secondaire, ils y avaient été envoyés à l'état d'oeufs, car c'est dans celui-ci que l'on formait les soldats d'élites. Revenus au nid central, dès leur formation terminée, ils avaient grimpé les échelons régulièrement.

Ainsi Yjilsv dominait de toute sa taille les plus éminents militaires de ses armées. Emplis de déférence, mais aussi d'amour envers leur Reine, Ils courbaient la tête. Yjilsv agita ses antennes, les paroles phéromonales atteignirent les généraux :

— Soyez les bienvenus.

Ils relevèrent la tête. Leur souveraine les contemplait de ses larges yeux à facettes. La chitine moirée de son corps, partiellement recouvert des voiles blancs et bleus de la royauté, scintilla. Ses mandibules s'agitèrent, elle leur demanda :

— Avez-vous été instruits des événements et des désirs du nid ?

Ils répondirent de concert :

— Nous en avons été instruits, Majesté.

— Alors, vous savez que le nid est favorable à une réponse armée. Trois questions primordiales : quelles sont nos capacités militaires actuelles ? Où en sont nos réserves d'énergies et surtout quelles chances avons-nous de vaincre un adversaire dont nous ne connaissons pas la force de frappe avec exactitude ?

Dvhita parla en premier :

— Les récentes attaques n'ont que peu réduit notre potentialité, Majesté, même si l'escadron du Commandant Sxirttz a été décimé ! Il est donc possible de rassembler suffisamment de bâtiments et de combattants pour mener une campagne.

Il s'arrêta et regarda Dvhitb qui parla à son tour :

— Le problème se situe plutôt au niveau de nos réserves d'énergies. Les incursions récentes sur nos sites d'exploitation, nous ont privé d'un dixième de nos ressources. Ce n'est pas énorme, mais si nous voulons compenser et de plus mener une guerre, car c'est cela dont il s'agit, il sera sans doute nécessaire de limiter nos exportations en direction des états du C.E.M. Encore que pour cette question, il serait préférable, Ma Reine, de consulter nos économistes.

Dvhitc prit la parole :

— Vous avez souligné, Majesté, une réalité, nous ne savons rien de l'adversaire humain, si ce n'est que sa puissance de feu parait extrêmement importante. Dans ces conditions, espérer une victoire me parait sinon impossible, du moins aléatoire... Cependant, Majesté, je suis à vos ordres.

Dvhitd s'exprima à la suite :

— N'allons-nous pas demander un soutien logistique minimum au C.E.M. ? Après tout, nous l'avons intégré dans ce but, Ma Reine ?

La souveraine pencha la tête sur le côté, ses voiles frémirent. Son objection emplit d'amertume se propagea :

— Je crains fort que nous devions nous passer du C.E.M. Ils ignorent nos avertissements depuis le début des agressions. Cependant, si je décide de partir en guerre contre les humains, nous en avertirons le C.E.M., à titre d'information et uniquement cela.

Yjilsv consulta le dernier général :

— Nous t'écoutons Dwhite, quelle est ton opinion ?

Son avis fut direct et péremptoire :

— Si nous nous engageons dans cette guerre, Majesté, nous courons à notre perte. Par ailleurs, nous risquons d'être le facteur déclenchant d'un conflit qui embrasera toute la galaxie.

La Reine se redressa, ses mandibules claquèrent, ses membres supérieurs s'étirèrent. Sa réponse phéromonale submergea les généraux :

— Le Nid réclame justice. Je ne puis me permettre d'ignorer ses suppliques.

Ensemble, ils répondirent :

— Nous le savons, Ma Reine !

La souveraine se recroquevilla sous ses voiles, elle se sentait épuisée, les réponses de ses généraux confirmait ses craintes. Décidant de poursuivre ses consultations, elle ordonna :

— Que mes économistes soient convoqués !

Ainsi fut-il fait ! Au fil des conseils, des informations et des indications donnés à chaque niveau de sa gouvernance, la Reine annonça sa décision en présence des voix du nid, des généraux, des économistes et de tant d'autres et cette annonce fut diffusée sur tout le territoire Lspwsto. Chacun de ses enfants en fut enseignés. Cela se résuma en une brève allocution qui se termina ainsi :

— La voix du refus sera suivie !

Les insectoïdes venaient d'entrer en guerre contre les humains.

*

Cargo de Popelil - À des milliards de parsecs de la Terre et du territoire Lspwsto

Ils dînaient dans la grande salle. Inlassablement, des robots apportaient des plateaux de nourriture. Lia, avec appétit, dévorait leur contenu. Oubliant les interrogations que les révélations de Popelil faisaient naître en elle, l'adolescente piochait à l'aide de baguettes et alternativement divers aliments : des cubes de légumes croquants qui surnageaient dans un bouillon épicé couleur caramel, de longues nouilles phosphorescentes mêlées de baies bleues, des morceaux de viande marinés qu'elle grillait sur un brasero préalablement apporté par les robots, des salades de fruits exotiques aux teintes arc-en-ciel....

Il s'agissait d'une nouveauté, pour elle, de prendre plaisir à manger. Ukal, attendri de cette spontanéité chez elle, la contemplait avec bienveillance. Il craignait toutefois, qu'elle ne conserve pas longtemps, cette fraicheur. Attristé par cette pensée, il soupira et posa ses baguettes, son assiette étant vide, il se leva en disant :

— Je dois appeler Kej !

Il quitta les lieux. Étonnée, Lia le suivi des yeux. Popellil lui assura :

— Ne sois pas surprise les Kéjos ont beaucoup de qualité, mais, n'ont aucune manière.

La longiligne femme incita Lia à reprendre son repas. Oubliant momentanément Ukal, La jeune fille recommença à manger.

*

C'est dans son navire qu'il se rendit pour contacter sa planète, mais aussi évaluer les dégâts de son véhicule, afin d'entreprendre sans tarder les réparations. S'installant au poste de pilotage, Ukal tapota sur la console. La trappe de plafond s'ouvrit, le transmetteur se déploya vers lui. Il le saisit et effectua les réglages habituels. N'obtenant que des grésillements, il changea de fréquence, sans succès. Le kéjo s'obstina encore quelques minutes avant d'abandonner en se disant :

"Il doit y avoir des interférences dans ce secteur."

Ukal était interpellé, mais pas vraiment inquiet, cela arrivait parfois. Il quitta le poste de pilotage, dans le but cette fois, d'effectuer ses réparations. Pour cela, il changea ses vêtements contre une combinaison de travail, alla ouvrir la trappe qui dissimulait la génératrice, se glissa à l'intérieur de la cavité et se mit à l'ouvrage.

*

Planète Terre - Territoire gouvernemental - Océan Atlantique

Le soir était tombé sur l'île artificielle où étaient centralisées toutes les infrastructures gouvernementales humaines. Outre les bâtiments du Sénat, le palais présidentiel et l'astroport, il y avait également un important groupe résidentiel. C'est là que Lénina Romanov avait son domicile. L'appartement dont elle bénéficiait n'était pas très grand, à peine trente mètres carrés, mais cela lui suffisait. Elle vivait seule et bénéficiait de toutes les commodités requises, dont un complexe audio-visuel compact. Il faisait également office de poste de communication.

Lénina se préparait un en-cas, dans sa minuscule kitchenette. Elle empilait dans une assiette et alternativement, pain de mie, salade, morceaux de tomates, tranches de viande fine et condiments divers. Son holo-écran diffusait l'unique chaîne d'information autorisée par les instances gouvernementales. Personne ne se risquait à diffuser des reportages sans l'aval du commissariat aux médias, et la C.I.G. était le seul endroit où il était permis de le faire. Cela n'interpellait pas Lénina. Elle avait toujours vécu sous un régime où les libertés individuelles étaient sous surveillance.

Sur le plan de la vie strictement privée, cela pouvait aller... Dès qu'il s'agissait d'opinions politiques, il était préférable de mesurer ses propos. La jeune femme acceptait cet état de fait, sans révolte. La seule chose qui la préoccupait restait son actuelle disgrâce au sein de l'armée. Cependant Meredith lui avait redonné de l'espérance, cela la détendait. Lénina remarqua l'image d'un journaliste qui venait de s'inviter dans sa pièce à vivre. Montant légèrement le son, elle écouta ses propos. L'homme parlait d'un procès concernant des dissidents qui s'étaient rendus coupables de manifestations interdites et de dégradations de biens publics. Le journaliste résumait brièvement les deux jours de débats et délibérations, avant d'énoncer le verdict :

— La grande indulgence des juges a été remarquée, les prévenus évitent la prison, cependant ils ont été condamnés à un an de travaux forcés dans une institution de réadaptation. Ainsi pourront-ils reprendre leur vie sereinement après avoir purgé leur peine. Une fois encore, la justesse des lois de notre état est à saluer.

Lénina rebaissa le son, termina son en-cas et passa sur le balcon.

*

La militaire prit place sur le fauteuil en rotin. L'odeur de l'océan tout proche l'assaillit. Elle sourit, ferma les yeux, oublia les rumeurs de la cité résidentielle et l'affaire qui lui avait valu un ralentissement brusque de sa carrière. Se laisser porter par les senteurs d'iode qui arrivait jusqu'à elle, la ramenait à sa petite enfance, passé près d'une mer froide et rude, en Sibérie orientale... Soudain, elle ouvrit les yeux et quitta son siège. Son attention se porta sur le palais présidentiel suffisamment proche pour qu'elle remarque ses fenêtres brillamment éclairées. Lénina savait qu'il s'y donnait une réception. Autrefois, on la conviait régulièrement aux diverses festivités officielles. Elle décida de ne plus y penser et rentra à l'intérieur...

*

Centre pénitentiaire provisoire

Me'cko étendu sur son grabat, réfléchissait aux réponses qu'il allait pouvoir donner le lendemain. Aucune ne lui paraissait satisfaisante. À moins de dire la vérité, il n'éviterait pas d'autres tortures. S'il la disait, combien de temps survivrait-il ? L'Oléan se tourna sur le côté, sa langue passa sur ses lèvres sèches, sa gorge le brûlait. À la sensation de faim s'était ajoutée celle de la soif. Il gémit intérieurement : "Pourquoi nous traiter si mal ! C'est indigne !"

Soudain, il se rappela comment le C.E.M. en général, et les Oléans, en particulier, traitaient les humains. Les souvenirs des camps d'internement, où l'on jetait pêle-mêle, les hommes et les femmes de race dites inférieures, remontèrent à sa mémoire. Me'cko n'en avait jamais vus de ses propres yeux, mais on lui avait raconté ce qui s'y passait. Il réalisa qu'il ne devait attendre aucune indulgence de la part de ses geôliers. Soudain un cri venant de l'extérieur le fit sursauter et se redresser en tendant l'oreille : "Qui torture-t-on ?" se demanda-t-il

La réponse surgit dans son esprit, d'une totale évidence, il murmura : "Le Commandant Sxirttz !"

L'effroi le saisit...

Annotations

Recommandations

Défi
Grenade
Il y a des oiseaux comme ça qui sont écologistes.
4
5
0
0
Akassouchi
L’existence de Fabulasia se rapproche du mythe, tout comme ses habitants. Vampires, loups-garous, lutins, banshees, changelins et compagnie y vivent. Peu d’humains croient en son existence et sont rares à y avoir accès ; seuls les futurs calices des vampires le peuvent. À moins d’avoir échappé à une des créatures, il est impossible pour l’Homme d’y entrer d’une autre manière.

Alors… Pourquoi a-t-il fallut que Nico soit une de ses rares personnes ? Une soirée entre amis qui tourne mal dans une forêt glauque et un vieil homme sans défense, aimable, décontenancé et ayant besoin d'aide, quels étaient les signes lui annonçant que sa vie aller changer du tout au tout ?
4
7
16
4
Stéphane Vla
Cette œuvre a pour but de rassembler tous les poèmes que j'écrirai, nés de l'inspiration que suscite en moi une personne proche...
Souhaitant que votre lecture soit bonne :)
2
5
1
2

Vous aimez lire Aleafelin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0