Chapitre 25

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Cargo de Popellil - À des milliards de parsecs de la terre

Lia s'éveillait lentement, mais aussi sereinement. En ouvrant les yeux sur ce lieu inconnu, l'adolescente fut surprise, mais n'éprouvait aucune peur. Elle se redressa en regardant autour d'elle,  aperçut Ukal affalé sur une banquette, qui dormait encore. Lia glissa hors du lit  commença à se promener dans la grande salle. Quand elle en eut fait le tour, elle hésita entre rester là, en attendant que le Kéjo sorte de son sommeil, où partir en exploration. La seconde option l'emporta. La jeune fille rejoignit la sortie, franchit les portes coulissantes et partit à l'aventure dans le cargo.

*

Sa marche hasardeuse l'amena à emprunter une large coursive brillamment éclairée. Attentive à ce qui l'entourait, Lia ne manqua pas de noter l'extrême ancienneté apparente, de ce vaisseau. Elle croisa de nombreux robots de toutes sortes, roulants, volants, trottinants, rampants. À chaque fois qu'elle en voyait un, il braquait ses senseurs dans sa direction en émettant de petits cliquetis répétitifs, avant de s'éloigner sans plus faire attention à elle, dans le but évident d'aller vaquer à leurs occupations ailleurs. Cependant à aucun moment, ils ne se montrèrent hostiles. Ainsi poursuivit-elle ses déambulations... Celles-ci l'emmenèrent devant une large porte en verre dépoli. Les battants glissèrent silencieusement, révélant une grande pièce des plus singulières. La jeune fille hésita sur le seuil de cet endroit, mais une voix douce et chantante s'adressa à elle :

— Approche mon enfant. 

La jeune humaine aperçut la femme alien, et la reconnut. Cette fois, un incroyable vêtement vert pomme la revêtait. Il accentuait la taille et la minceur extrême de cette dame, qui fixait Lia avec bienveillance. L'indécision de l'adolescente s'envola. Elle alla vers elle. Lia remarqua que Popellil se tenait devant une sorte d'armoire laquée de blanc. L'unique porte, translucide et fermée, pulsait à intervalles réguliers de lumières colorées. 

— Tu as bien dormi ? Demanda la femme à Lia.

— Très bien, je vous remercie... Euh... ? Madame !

Elle eut un rire cristallin qui surpris Lia. Les lèvres et la bouche de l'alien étaient semblables à celle des Oléans, et pourtant contrairement à eux, elle riait. L'étrange femme dit :

— Appelle-moi Popellil... Pour répondre à ta question, sache que le rire n'est pas toujours une question de physiologie, mais un d'état d'esprit ! 

Stupéfaite, Lia s'exclama :

— Vous lisez dans les pensées ?

— Non, je décrypte les attitudes, les expressions de visages et je vois ainsi les questions silencieuses !

Elle posa une main douce sur ses cheveux en concluant :

— Et toi, mon enfant, tu es un livre ouvert, une source d'eau fraîche et ton esprit est presque saturé de questions.

Les sourcils roux de Lia se froncèrent avec perplexité. Afin de couper court à ce sujet, elle demanda :

— Où sommes-nous ?

— Dans mon laboratoire.

Un son clair venant de l'armoire fit dire à la femme :

— Ah ! Mon analyse est terminée, c'était le dernier test.

Curieuse, Lia s'enquit :

— Qu'avez-vous analysé ? 

Popellil ouvrait la porte. Elle saisit l'objet se trouvant à l'intérieur. Lia, bouche bée le reconnut, il s'agissait de l'Ocléo !

Lia fixa son vêtement et ne remarqua l'absence du bijou qu'à cet instant-là :

— Vous me l'avez pris ?

C'était juste une question pas une accusation de la part de la jeune humaine. Popellil répondit quand même :

— Juste emprunté, d'ailleurs, je te le rends !

Toujours ébahie Lia récupéra la broche.

— Vous allez bien ? Demanda-t-elle

— Oui, pourquoi ?

— Tous ceux qui ont essayé de me prendre l'Oclé'o, ont été frappés par une grande lumière.

— Je n'étais pas hostile à ton égard, cet objet n'avait aucune raison de réagir.

— Ah ? D'accord.

Elle accepta cette révélation simplement. Popellil attrapa un pad opalescent. Les mêmes pulsations colorées que sur l'armoire le parcouraient. Lia demanda :

— Que dit votre analyse ?

Popellil la regarda en posant le pad :

— Que cet objet a bien été paramétré pour te protéger toi et uniquement toi. 

Elle précisa :

— Cette chère Le'olin a bien fait les choses. Si j'ai un conseil à te donner, ne porte pas cet ornement constamment sur toi !

Lia sursauta.

— Vous connaissiez La Révérende ?

Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, Lia vit le visage de Popellil s'assombrir.

Lia s'en voulut d'avoir posé la question. Elle voyait sur le visage de la femme, sa grande tristesse. Puis elle l'entendit dire :

— Nous fûmes amies. Elle était jeune alors, pleine d'enthousiasme et d'énergie. J'avais fondé sur elle de tels espoirs. Son cœur s'est noirci sans que je m'en rende compte. Elle me manipula et me trompa et cela a eu des conséquences désastreuses dont nous payons encore tous le prix aujourd'hui... Je crains fort que cela ne continue...

À ce moment-là, Popellil contemplait Lia. Son visage s'éclaircit, elle eut cette phrase énigmatique :

— Mais peut-être qu'il n'est pas trop tard pour réparer.

— C'est curieux, La Révérende ne m'a jamais parlé de vous ou de votre espèce.

— Elle n'avait aucune raison de le faire.

— Et elle n'a jamais cherché à vous revoir ?

Là, Popellil hésita avant de répondre :

— Il y a plusieurs années de cela, elle m'a appelé. J'ai refusé de lui répondre. Sans doute est-ce au moment où elle t'a trouvée !

Lia, toujours en quête de réponses, allait poser une autre question, mais une voix s'exclama :

— C'est donc ici que vous vous cachiez ? 

Lia tourna la tête vers la porte, Ukal venait d'entrer dans la pièce.

La jeune fille sourit au Kéjo et, parce qu'elle était franche et sans détour, elle lui dit :

— Popellil connaissait la Révérende.

Ukal fixa la femme :

— Je ne suis pas surpris, Popellil durant sa longue vie a croisé beaucoup de personnes.

Lia pivota de nouveau vers la femme, hésita avant de poser encore une question :

— Où se trouvent les gens de votre race, Popellil ?

Elle eut un triste sourire et répondit :

— Tous ceux de mon espèce sont morts, je suis la dernière. Enfin, en quelque sorte.

Elle émit un profond soupir avant de regarder Ukal. Celui-ci se taisait. Popellil dit alors à Lia :

— Viens avec moi, mon enfant.

Elle la guida vers le fond de son laboratoire. Ukal les suivit toutes les deux. L'alien ouvrit une porte, laissa le Kéjo et Lia les précéder dans la pièce suivante, alla derrière eux et referma le battant.

*

Ils pénétrèrent dans une pièce assez fraîche. Lia remarqua que l'homme félin ne paraissait guère étonné. Elle en déduisit qu'il avait déjà vu ce que l'alien allait lui montrer. Popellil lui faisait signe à présent. Lia s'avança vers les sortes de cuves à côté desquelles la femme se tenait. Elle les désigna en disant :

— Voilà tout ce qui reste de ma race !

La jeune humaine qui avait l'esprit fin répondit par la question suivante :

— Est-ce que ce sont des conteneurs cryogéniques ?

— Oui.

— Ils contiennent ce que je crois : du matériel génétique qui permettra un jour à votre race de renaître ?

— Pas tout à fait, mon enfant.

— Je ne comprends pas ?

— Ces cuves contiennent des embryons. Ils n'attendent que le moment où ils y seront placés dans cet incubateur.

Elle désigna une autre cuve, différente des autres. Lia demanda :

— Qu'est-ce que c'est ?

— Une matrice artificielle.

La jeune humaine semblait un peu perdue,  Popellil poursuivit donc ses explications :

— Les embryons sont des clones. Des clones de moi-même ou plutôt des clones de la Popellil originelle, et qui est morte depuis bien longtemps.

— Je ne comprends pas ? Vous n'êtes pas elle ? Je veux dire vous... enfin je...

— Je représente la dixième génération après la Popellil originelle. Ma gestation, puis mon éducation furent assurées par la précédente. Elle m'a élevée jusqu'à l'adolescence.

Elle entraîna la jeune humaine de l'autre côté de la pièce et lui désigna deux fauteuils installés côte-à-côte. Au-dessus de chacun, une plaque de verre reliée entre elles par un câble translucide. De celui-ci partait un second câble qui rejoignait une console informatique incrustée dans la paroi située derrière les sièges. Popellil poursuivit ses explications :

— Ce dispositif a permis que la mémoire de la précédente me soit offerte, mais pas seulement la sienne propre, mais aussi celles des autres précédentes et de la Popellil originelle.

L'esprit de Lia s'ouvrait :

— Mais qu'est-il arrivé à celle d'avant, après ça ? 

— Elle est morte, la donneuse ne survit jamais à la procédure.

Lia en fut attristée. Elle demanda ensuite :

— Pourquoi faites-vous ça, vous réincarner constamment dans un nouveau corps ? Enfin, je veux dire... Pourquoi faire cela ?

L'alien la contempla. Lia lui rendit son regard, elle examinait cette longue femme, qu'elle trouvait belle et énigmatique dans son insolite vêtement vert pomme. Soudain, l'adolescente réalisa qu'elle ne répondrait pas à sa question. En effet, Popellil  se détourna et demanda brusquement :

— Quelqu'un a faim ?

Elle entraîna Ukal et la jeune humaine hors de la pièce et aussi  hors de son laboratoire.

Territoire Lspwsto - Système Lorrsitw - Nid central de la Reine Yjilsv

Installée au centre du couvoir d'apparat, la souveraine des Lspwsto écoutait le rapport du seul rescapé de l'attaque du complexe de raffinage 45b1, l'usine la plus importante de la galaxie. Yjilsv recevait avec frayeur les informations phéromonales émanant de ce simple soldat. L'épouvante contenue dans le langage olfactif, ôtait tout doute quant à la véracité de ce témoignage. Les trois conseillers du nid assistaient à cet entretien. Eux aussi étaient terrorisés. Le témoin concluait son rapport ainsi :

— Le commandant Sxirttz m'a ordonné de rejoindre la dernière navette de sauvetage. Elle a été lancée au moment où l'unité de propulsion du croiseur explosait !

Les émanations du soldat cessèrent. Ses antennes retombèrent ; quant à ses yeux à facettes, ils se ternirent. À présent qu'il avait délivré son message, il se laissait aller, il ne fut pas long à rendre l'âme. La Reine ordonna alors :

— Que son corps et la mémoire de son esprit soient honorés et répandus dans le nid.

On emporta le mort. Ensuite, Yjilsv interrogea ses conseillers ainsi :

— Vous êtes les voix du Nid : le refus, l'acceptation et la médiation, j'attends de vous que vous m'indiquiez la voie à choisir. Que désire le Nid ?

L'acceptation parla :

— Acceptons ce sacrifice, mais retirons-nous sur notre territoire. Retirons-nous du C.E.M. et proclamons notre neutralité.

La médiation objecta :

— Ouvrons des négociations avec les humains, tentons d'obtenir un pacte ou un traité afin que les attaques cessent.

Le refus déclara :

— Vengeons cette ignominie, frappons au cœur de l'agresseur ! Frappons le territoire humain !

La reine reçut les suggestions de ses trois conseillers. Elle demanda ensuite :

— Quelle est la préférence du nid ?

Le refus répondit :

— Le chagrin, la révolte, la vengeance... Beaucoup d'enfants du nid sont morts déjà, ma Reine !

Elle répondit :

— Je ressens ces pertes !

Les paroles phéromonales de la souveraine étaient douloureuses. 

La médiation dit :

— Gardons-nous d'agir sous le coup de l'émotion, Majesté ! Nous devons consulter le C.E.M.

Le refus rétorqua :

— Le C.E.M. méprise nos avertissements depuis des mois !

— Si nous attaquons la terre, c'est la voie ouverte à un conflit d'envergure qui se propagera dans toute la galaxie !

Il pivota vers la reine :

— Majesté, pardonnez-moi d'insister, mais devons-nous vraiment prendre une telle responsabilité ?

La reine troublée ne répondit pas immédiatement. Elle prenait le temps de la réflexion. Les conseillers se taisaient. Au terme d'un temps qui parut interminable aux voix du nid, Yjilsv donna l'ordre suivant :

— Que les généraux soient convoqués, qu'ils se présentent à moi. J'ai besoin d'évaluations précises sur l'état de nos troupes.

Les conseillers se retirèrent. La Reine resta seule. Elle avait gardé cette dernière pensée pour elle : "Puissent tous les Dieux de la galaxie soutenir le nid."

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