Chapitre 24

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Le Lieutenant-commandeur Mérédith Sonac quitta le territoire gouvernemental à 16 heures. Elle utilisa pour cela le téléporteur public du centre administratif des armées. En un instant, elle se retrouva à Londres. C'est là qu'Élisabeth Rochester résidait, au cœur même de ce qui s'appelait autrefois la City, tout en haut d'un immeuble rescapé des grandes guerres économico-climatiques. Par quel miracle avait-il échappé aux bombardements de 2075 ? Personne ne le savait vraiment. Il était le seul gratte-ciel encore debout au centre de l'ancienne place boursière de Londres. À présent, il était pieusement conservé et entretenu, et ceux qui y habitaient devaient participer financièrement à sa préservation. Mérédith prit un hélico-taxi qui la déposa tout en haut de l'édifice. Il repartit immédiatement. Le Lieutenant-commandeur emprunta un ascenseur. Celui-ci stoppa sur un couloir brillamment éclairé. La  militaire se dirigea vers la droite, elle s'arrêta devant une porte en formica noir. Elle n'eut pas le temps de sonner que le battant coulissa. Une voix s'adressa à elle ainsi : 

— Entre Mérédith !

Le Lieutenant-commandeur pénétra dans le domicile d'Élisabeth Rochester, la porte se referma derrière elle. La militaire posa son regard sur le vaste salon où elle venait d'entrer. Un divan de velours voisinait avec de nombreuses tables basses et une antique bibliothèque croulant sous les livres anciens. Les murs simplement peints en blanc se paraient de nombreuses holographies. La sénatrice debout près de la baie vitrée, les bras croisés, un vague sourire sur son visage, laissa la visiteuse lui dire :

— Bonjour Elisabeth.

— Bonjour Mérédith, je t'en prie, assieds-toi.

Elle lui désignait le canapé de velours. La militaire s'y installa. La sénatrice proposa :

— Je t'offre un verre ?

— Non, je te remercie, je ne peux pas m'attarder !

Elle sortit de son sac la petite boite confiée par Lenina plus tôt dans la journée. Elle la posa sur la table basse devant elle en déclarant :

— Je suis venue te rendre ceci !

Elisabeth vint s'asseoir et en tremblant, se saisit de l'objet. Elle savait déjà ce qu'il contenait ! Elle ouvrit la boite et sortit la chaîne et la médaille, elle contempla ce bijou et sentit son cœur sur le point d'exploser de chagrin. Elle referma ses doigts sur la chaîne. À présent, ses traits se décomposaient sous l'assaut d'une vive émotion. Mérédith l'entendit murmurer :

— Mon Dieu !

Ses yeux qui s'embuèrent, une larme coula sur sa joue. Mérédith surprise, la contemplait. Aussi loin que ses souvenirs remontaient, elle n'avait jamais vu la sénatrice aussi près de craquer. Cependant, la sévère Elisabeth se domina rapidement. Elle demanda :

— Pourquoi n'est-ce pas Lénina qui est venue ?

— Étant donné votre contentieux, j'ai préféré venir à sa place. Crois-tu qu'elle t'ait pardonnée d'avoir pratiquement anéanti sa carrière ?

Le visage de la sénatrice se durcit, ses yeux clairs, que les larmes avaient déserté, devinrent glaciales :

— J'ai tout fait pour l'aider. Sa sanction a été relativement légère, il me semble ?

Mérédith, soufflée par sa mauvaise foi, s'exclama :

— Tu as fait en sorte qu'elle paie à ta place, et tu oses dire que tu as tout fait pour l'aider ?

— Je ne vois pas de quoi tu parles !

Elisabeth se leva en déclarant :

— Décidément, plus le temps passe, plus ton éthique laisse à désirer !

Sur ces mots, elle se dirigea vers la sortie en concluant :

— J'espère que tu arrives à dormir !

— Une minute... Ne pars pas immédiatement.

La militaire stoppa :

— Quoi encore ?

— En ce qui concerne cet Oléan qui était en possession du bijou de ma petite-fille, je tiens à assister aux auditions.

Mérédith pivota vers elle en déclarant impérativement :

— L'Oléan n'est pas ton problème. Tu seras informée des résultats des interrogatoires, ça s'arrête là . 

Furieuse, la sénatrice répliqua :

— Ne m'oblige pas à passer par-dessus ta tête, Mérédith. Nous pouvons travailler ensemble. J'en connais plus sur les Oléans que n'importe qui, je sais comment les faire réa Accepte cette collaboration que je te propose, sinon tu le regretteras !

Mérédith répliqua : 

— Tes menaces ne m'impressionnent pas !

Elle quitta le domicile de la sénatrice. Celle-ci, une fois seule, siffla entre ses dents : "Tu vas me payer cela, Lieutenant-commandeur Sonac !" 

Sans attendre, elle passa dans son bureau...

*

Territoire gouvernemental - Océan atlantique - Centre pénitentiaire provisoire

Depuis son arrivée dans sa cellule, l'Oléan perdait la notion du temps. Néanmoins, son estomac lui rappelait qu'il n'avait pas mangé depuis sa capture. Cependant, de l'eau coulait du robinet d'un lavabo crasseux, il la distribuait avec parcimonie. Ainsi le captif avait pu se désaltérer. Il tentait d'oublier sa faim en récitant des mantras. Comme il n'avait pas son omlipi (il était resté dans son véhicule spatial), il faisait appel à sa mémoire. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas prié avec autant de ferveur. Il fallait croire que seule l'adversité permettait au pratiquant défaillant de se rappeler qu'il était croyant. Un son métallique interrompit ses suppliques. Il tourna la tête vers la porte blindée. Elle s'ouvrait. Deux soldats entrèrent. Me'cko  les laissa approcher, l'un d'eux le fit lever, sans réelle rudesse et en se taisant. Le deuxième attacha ses mains dans son dos. Puis ils le poussèrent hors de la cellule. L'Oléan réalisa qu'il allait être interrogé !

*

Me'cko entra dans une salle glacée et sans fenêtre. Les murs et le sol étaient recouverts d'un carrelage clair. L'Oléan remarqua l'évacuation d'eau au centre de la salle, et aussi une sorte de trapèze en acier, fixé au plafond. Il dut faire un énorme effort pour rester stoïque. Cependant, les deux soldats le poussèrent vers une petite table. Derrière celle-ci se tenait un homme assez maigre. Son visage était long, son nez tordu et ses lèvres sèches. Elles recouvraient des dents irrégulières et jaunâtres. Ses mains osseuses étaient posées de chaque côté d'un clavier transparent. Il lui jeta un regard d'acier en lui indiquant le siège vide de l'autre côté de la table. Les deux soldats forcèrent le prisonnier à s'asseoir. Ils s'éloignèrent légèrement, mais restèrent derrière lui. L'homme aux dents jaunes parla. Sa voix égale, à peine audible, contraignit Me'cko à une attention accrue, il entendit :

— Ceci est un entretien préalable. Pour information, sachez que lors de votre capture, un traducteur vous a été  implanté. Cela va permettre une communication claire entre nous. Je vais vous poser des questions simples. Votre bonne volonté permettra que cette audition se passe sans heurts. Dans le cas contraire, il pourrait y avoir des difficultés pour vous. Avez-vous compris ce que je viens de vous dire ? 

L'Oléan, retrouvant sa suffisance, répliqua sur un ton froid et provocateur :

— Soit je réponds et tout va bien, soit je me tais et vous me torturez ! J'ai correctement résumé les choses ?

Presque aussitôt, il reçut une décharge électrique dans le dos. L'un des soldats s'était approché de Me'cko avant d'utiliser sa matraque contre lui. Ce n'était pas mortel, mais extrêmement douloureux. L'Oléan tomba de sa chaise. Les soldats le ramassèrent. Ils le replacèrent sur son siège brutalement. Le captif releva péniblement la tête sur "Dents Jaunes". Celui-ci ordonna à l'un des soldats : 

— Fais-moi apporter du café, j'ai l'impression que cela n'ira pas tout seul !

Puis il reposa son regard sur Mé'cko. En même temps, il effleura le clavier. Un écran accroché au plafond descendit au niveau de son visage. Il le poussa légèrement sur le côté et reposa ses yeux impitoyables sur l'Oléan :

— Tout d'abord, votre identité, complète bien sûr, avec la dénomination requise attachée à votre Karia.

L'Oléan jugea inutile de la cacher. Il répondit :

— Je m'appelle Me'cko An te'o.

— Votre date de naissance ?

Il osa répliquer :

— Vous ne comprendriez pas ma réponse, nous comptons l'écoulement du temps de façon différente, humain !

"Dents Jaunes" soupira. Le café demandé arriva et un autre décharge électrique fut administrée au Prisonnier...

Cette première audition dura trois heures, trois heures durant lesquelles les décharge électriques et  les réponses réticentes de l'Oléan s'alternèrent. Lorsque la dernière question de cette première "séance" arriva, elle prit Mé'cko totalement au dépourvu. "Dents Jaunes" avait sorti une holographie. Il la présenta au captif :

— Que pouvez-vous me dire sur cet objet ?

L'Oléan fixa l'image, son visage eut un imperceptible mouvement de surprise. La chaîne et la médaille que Lia avait perdue dans son vaisseau se présentaient à lui. "Dents Jaunes" qui avait l'œil, remarqua que Me'cko l'avait reconnu. Il dit :

— Cela vous dit quelque chose, n'est-ce pas ?

Me'cko faillit répondre par l'affirmative, mais il réalisa que s'il le faisait, il devrait parler de Lia, et  aussi avouer qu'il l'avait abandonnée sur une planète hostile et qu'elle était sûrement morte. Il dit donc :

— Je ne sais pas ce qu'est cet objet.

— Vraiment ? Pourtant il a été trouvé sur votre navire.

L'Oléan se tut. Un des gardes s'avança avec la matraque. Dents Jaunes l'arrêta d'un geste. Puis il s'adressa au captif :

— Je vais être magnanime et reporter l'éclaircissement de cette question à demain. Cela vous laisse une nuit pour réfléchir. Soyez assuré que cette indulgence ne se renouvellera pas !

Il ordonna ensuite au gardien :

— Ramenez-le dans sa cellule. Pas de nourriture et vous couperez l'eau !

Les soldats obéirent. Ils traînèrent Mé'cko hors de la salle. Il n'était qu'au début de douloureuses épreuves...


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