Chapitre 23

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Astro-aéroport principal - Territoire gouvernemental Terrien - Océan Atlantique

Lenina Romanov, sa tablette tactile sous le bras, quittait le quai où son navire venait d'accoster. La jeune femme n'eut pas un regard pour les longues files de prisonniers qui sortaient de son croiseur sous bonne garde. Cette fois, elle en avait récupéré une cinquantaine. C'était en majorité des Epalas, quelques insectoïdes, mais aussi des Klôs et d'autres races encore. Il n'y avait qu'un Oléan. Tous ses prisonniers avaient un point commun : leur espèce siégeait dans l'hémicycle du C.E.M. Cependant, le major Romanov n'avait qu'une hâte, transmettre son rapport et surtout profiter des trois jours de permission qui lui tendaient les bras. Un seul point noir, sa visite inévitable à la sénatrice Elisabeth Rochester. Elle avait l'intention d'expédier cette corvée rapidement.

Elle accéléra le pas et entra dans le bâtiment jouxtant les plateformes d'ancrages réservées à l'armée. Son supérieur direct l'y attendait. Elle pénétrait maintenant dans un hall titanesque, tout en acier, bois et verre. Des oriflammes aux couleurs de l'état terrien flottaient un peu partout. L'endroit était très animé. Beaucoup d'officiers, tout comme elle, allaient et venaient, avec leurs tablettes. Certains commandaient des croiseurs pénitentiaires. D'autres, des croiseurs de combats, quelques-uns appartenaient à la branche administrative du ministère de la Défense. Lénina en salua plusieurs sans cesser de marcher. Elle devait se rendre au troisième étage. Boudant l'ascenseur, elle s'engagea dans l'escalier. Elle parvint rapidement dans un corridor au pavement souple et silencieux. Elle consulta sa montre et accéléra son allure.

Ce couloir fourmillait de soldats. Ils poussaient ou tiraient sans arrêt des portes donnant sur des bureaux, des guichets d'accueil, d'autres salles plus ou moins grandes. Lénina stoppa devant l'une d'elle. Elle était noire, ornée d'une plaque dorée sur laquelle était inscrit : "Lieutenant-commandeur Meredith Sonac, Section carcérale"

Le major frappa, une voix étouffée l'autorisa à entrer. Elle poussa le battant.

Elle pénétra dans une pièce parfaitement rangée et lumineuse. Les murs étaient peints de jaune citron, le sol recouvert d'un carrelage miroitant. À sa gauche, une baie vitrée laissait passer le soleil de cette fin de matinée. À sa droite, une armoire de classement cadenassée et devant elle, un bureau en acajou derrière lequel trônait une femme aux cheveux grisonnants et à l'air sévère. Elle pouvait avoir une soixantaine d'années. Elle sourit à Lénina qui venait de se raidir dans un garde-à-vous impeccable.

— Repos, Major !

Elle l'invita à s'asseoir. Lénina la remercia et prit place sur le siège indiqué, puis elle posa sa tablette sur la table de travail du Lieutenant-commandeur Sonac.
Sans attendre, la femme le prit et débuta la consultation des données qu'elle recelait.

Durant tout le temps où sa supérieure consulta sa tablette, Lénina resta stoïque et silencieuse. Quand elle eut terminé, Mérédith leva les yeux sur elle :

— Parlez-moi de cet Oléan !

— Je l'ai à peine vu, Madame. Par ailleurs, il n'a pas pu être interrogé sur le "Redoutable."

— Vous ignorez donc à quel Karia il appartient ?

— En effet, Madame, je l'ignore !

— Autre chose à me dire ?

Lénina eut une infime hésitation, que Mérédith remarqua très bien :

— Major ?

Lénina glissa sa main dans sa poche. Elle sortit une boite qu'elle posa sous les yeux de sa supérieure. Elle dit enfin :

— Cet objet a été trouvé dans le véhicule spatial de l'Oléan.

Curieuse, elle ouvrit la boite, se saisit du bijou et s'exclama :

— Est-ce possible ?

Lénina crut bon de préciser :

— Le commandant du "Redoutable" m'a demandé de le remettre en mains propres à madame la sénatrice Rochester.

Le Lieutenant-commandeur reposa la chaîne et la médaille dans la boîte, se laissa aller en arrière et contempla longuement Lénina.

*

Soudain Mérédith déclara :

— Il ne serait pas judicieux que vous vous chargiez de cette démarche. Je le ferai pour vous !

— Madame, j'ai promis au commandant...

— J'appellerai Richard pour lui expliquer ! Il comprendra. D'autre part, pour le bien de votre carrière, il est préférable de ne plus fréquenter Elisabeth Rochester, vous en convenez, n'est-ce pas ?

Stupéfaite, Lénina s'exclama :

— Vous saviez que pour l'affaire de Jupiter...

— Que c'était elle qui était aux commandes ? Oui, personne au sein de la haute hiérarchie militaire n'ignore qu'elle vous a piégée. Bien sûr, rien n'a pu être retenu contre elle, et vous avez servi de bouc émissaire !

Le Major Romanov serra les poings, son visage se durcit, elle était scandalisée ! Elle se retenait à grand-peine pour ne pas laisser voir la fureur qui l'étouffait. Avec compréhension, Mérédith dit :

— Je comprends votre colère, Lénina !

— Vraiment ?

À présent, l'amertume la submergeait. Elle parvint à se dominer difficilement. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration avant de reposer son regard sur la femme. Celle-ci restait calme. Elle l'observait. Elle referma la boite, ouvrit un tiroir et la glissa à l'intérieur :

— Profitez bien de votre permission, Lénina. Vous la méritez... Pour ce qui est de la suite de votre carrière, ne vous inquiétez pas trop, quelque chose me dit que votre pénitence prendra fin bientôt.

Lénina lui lança un regard interrogateur. Elle dit :

— Ne m'en demandez pas plus, Lénina.

Elle conclut :

— Vous pouvez disposer !

Elle poussa la tablette vers elle. Le Major Romanov la récupéra, quitta son siège, salua le Lieutenant-commandeur comme il se devait et se retira.

*

Tous les prisonniers du bâtiment pénitentiaire 54TS avaient été rassemblés sur le quai. Un homme portant un uniforme noir galonné de gris arriva face à eux. Deux soldats armés de matraques suivaient derrière. Il se plaça face aux captifs, les mains derrière le dos, les jambes écartées. Puis il prit la parole :

— Prisonniers, vous êtes désormais placés sous la juridiction de l'alliance terrienne. Vous serez conduits à la cité pénitentiaire 53 sur Pluton. Vous y serez jugés pour vos crimes envers l'alliance terrienne. Des peines seront décidées à votre encontre selon votre degré de culpabilité. Je vous conseille de prier vos dieux respectifs pour que les juges soient cléments.

À cet instant, un jeune officier arriva vers l'homme en noir. Il lui chuchota quelque chose en lui confiant une tablette. L'homme en noir l'examina avec attention. Puis hocha la tête et fit signe à l'un des soldats. Il dit à celui-ci :

— Emmenez les détenus O1 et L14 au centre carcéral provisoire de l'astroport ! Ensuite, vous reviendrez ici.

Le soldat fit signe à son camarade. Ils s'avancèrent ensemble vers le rassemblement de détenus. L'un d'eux sortit un petit appareil de sa ceinture. Il passa devant le premier rang, en le tenant à bout de bras. Quand il clignota, il était juste devant Me'cko. Stupéfait, celui-ci comprit qu'on lui avait implanté un traceur à son insu. On le fit sortir de la rangée. Puis ce fut le tour de l'insectoïde avec qui il avait plus ou moins "sympathisé". Bientôt tous deux quittèrent le quai, dûment escortés, ignorant ce qui allait encore leur arriver...

Centre pénitentiaire provisoire

Dès leur arrivée, Me'cko et Sxirttz furent placés dans des cellules séparées. Cette fois, l'Oléan se retrouvait isolé, il ne put décider s'il en était soulagé ou pas. Au moins avait-il des toilettes pour lui seul. Cela n'avait pas été le cas à bord du navire pénitentiaire. Bien sûr, les lieux d'aisance de la cellule étaient d'une propreté douteuse, mais Me'cko savait que ce type de considération serait bientôt inutile étant donné ce qui l'attendait ! Autre point positif, on lui avait enlevé ses chaînes. Il est vrai aussi que la porte blindée doublée d'une barrière énergétique, ne risquait pas d'être franchie ; de plus, l'unique fenêtre était minuscule et munie de barreaux. Me'cko alla s'asseoir sur la couchette. Il arrangea son turban en se disant : "Surtout, je dois garder ma dignité !" Il posa ses mains sur ses genoux, fermant les yeux, attendit...

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