Chapitre 21

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C'est une personne extrêmement grande et revêtue d'une longue robe jaune qui se présenta sur le seuil de la nef. Elle dut se plier en deux pour rentrer, elle dit en même temps : 

— Tu en as mis du temps, forban, pour m'ouvrir ! 

Elle jeta sur l'habitacle un regard inquisiteur. Voyant l'adolescent, elle s'approcha  :

— Ukal, tu ne voyages pas seul ? Pauvre enfant, elle a l'air épuisée ? Qu'est-ce que tu lui as fait, bandit ?

Lia assura :

— Mais rien Madame, je vous assure.

La jeune fille fixait cette arrivante avec curiosité, elle forçait sa mémoire pour tenter de se rappeler si on lui avait déjà parlé de cette race. Rien ne lui venait à l'esprit, pourtant la Révérende l'avait entretenue de toutes les espèces qui vivaient dans la galaxie. Elle examinait ce visage long et anguleux, d'une blancheur immaculée, aux yeux écartés et en amande de couleur changeante, mais à l'éclat vif, aux lèvres aussi inexistantes que celles des Oléans. Son nez se résumait à deux minuscules protubérances au milieu du visage. De longs cheveux raides et nacrés retombaient dans son dos. Lia remarqua autre chose. Cette femme étrange était bienveillante. Elle le voyait, le sentait. Durant tout le temps où l'adolescente examina l'étrangère, celle-ci avait discuté avec Ukal. Lia ne comprenait pas vraiment ce qu'ils se disaient, sauf qu'ils parlaient d'elle. Soudain ses yeux se fermèrent, la fatigue reprenait le dessus. Elle entendit la femme dire :

— Cette enfant a besoin de repos ! 

On la souleva, Lia se retrouva nichée dans les bras de cette personne énigmatique se laissant aller, elle s'endormit. 

À des millions de parsecs de là - Espace frontalier neutre - Cuirasser stellaire "Le Redoutable"

Après plusieurs heures d'inconscience, Me'cko refaisait surface. Ses oreilles bourdonnaient et une douleur lancinante vrillait son crâne. Son corps restait engourdi, sa bouche sèche. Ses pensées se réordonnaient dans son esprit. L'Oléan se rappela, il était prisonnier des humains. son regard brouillé lui restituait des images floues. Une voix synthétique s'adressa à lui : 

— Allez-y doucement, vous êtes resté inconscient longtemps.

On l'aida à se redresser, sa vue s'éclaircissait. Il identifia celui qui le soutenait grâce au masque respiratoire et l'inévitable traducteur, c'était un Lspwsto. Mécko demanda :

— Où sommes-nous exactement ?

— Sur un navire de guerre humain.

Me'cko examina son environnement. Il secoua la tête :

— C'est impossible ! Cette technologie est beaucoup trop sophistiquée.

Un crépitement sortit du traducteur de l'insectoïde, Une sorte de rire. Puis Me'cko entendit :

— Vous, les Oléans, vous êtes tellement suffisants ! Vous croyez être les seuls à être capables  d'évoluer,  d'apprendre ? Vous devez cesser de penser ainsi, sinon vous nous mènerez tous à notre perte !

— Qui êtes-vous pour me parler ainsi ?

— Je suis le commandant Sxirttz, un des nombreux soldats qui servent la bien-aimée reine Yjilsv. Sachez Me'cko An te'o, que ma civilisation est forte de 40 000 ans d'histoire, et que vous ne m'êtes supérieur en rien !

Alerté, l'Oléan rétorqua :

— Vous savez qui je suis ? 

— Nous nous sommes croisés. Il y a longtemps ! Votre odeur phéromonale est restée inscrite dans ma mémoire. Un Lspwsto n'oublie jamais une personnalité qui l'a marquée et je vous l'accorde, vous êtes quelqu'un qu'on n'oublie pas !

Me'cko allait répliquer. Un bruit métallique attira son attention. Il leva la tête sur la porte de sa cellule. Celle-ci s'ouvrait...

*

Me'cko péniblement se remit sur ses pieds. L'insectoïde l'imita. Trois humains entrèrent. L'Oléan reconnut l'un d'eux. C'était le lieutenant Parker, celui qui lui avait tiré dessus. Celui-là justement s'adressa à lui :

— Enfin, te voilà réveillé juste à temps pour procéder à ton transfert.

Il dit au Lspwsto :

— Bien évidemment, tu l'accompagnes. Vous vous tiendrez compagnie !

Il ordonna aux deux autres soldats :

— Passez-leur les menottes !

Me'cko commença à dire :

— Une minute, vous n'avez pas le droit... Les accords... 

Parker, d'une voix coupante, l'interrompit :

— Quels accords ? Ceux du C.E.M. ? L'état terrien n'a aucune raison de les suivre ! Nous n'en faisons pas partie ! Vous y avez pourvu !

Me'cko déglutit péniblement. La remarque de l'humain, pleine de vérité, ne pouvait que l'inciter à se taire. Ainsi furent-ils entravés, l'insectoïde et lui. Alors que les soldats humains les poussaient hors de la cellule, le Lspwsto osa demander :

— Au moins pouvez-vous me dire où nous allons ?

Parker sourit. Puis il révéla :

— Sur la terre Commandant Sxirttz, pour y être interrogés.

Il fit signe au soldat, les poussa en avant. À ce moment-là, Me'cko pensait : "Je suis mort."

*


Le commandant attendait devant le sas. Le couloir de jonction se déplia jusqu'à l'écoutille du croiseur pénitentiaire 52TS. Le corridor se verrouilla. Enfin on pressurisa l'intérieur de la jonction et les portes étanches s'ouvrirent. 

C'est le major Lénina Romanov qui emprunta le passage. Elle était suivie de deux soldats aux larges épaules, équipés chacun d'un pisto-laser et d'une matraque électrique. La femme fixait l'homme qui patientait de l'autre côté. Elle pressa le pas dans sa direction. Quand elle arriva face à lui, elle se figea au garde-à-vous. Aussitôt Richard lui dit :

— Repos, Major Romanov !

Il ajouta plus simplement :

— Je suis heureux de te revoir, Lénina !

— Moi aussi, Richard, tu as bonne mine !

Ils s'étreignirent ensuite comme les deux amis qu'ils étaient. Ensuite, le commandant du  "Redoutable" invita la jeune femme à le suivre, après avoir ordonné à ses gorilles d'attendre  devant la jonction. Lénina comprit qu'il souhaitait lui parler sans témoin. 

Il la guida vers une confortable cabine-salon et l'invita à s'asseoir sur le canapé de cuir. Elle prit place, croisa élégamment les jambes et demanda :

— Que se passe-t-il ?

Sans un mot, il posa sur la table basse, une petite boite translucide. Curieuse, la jeune fille s'en saisit et l'ouvrit... Son visage se peignit d'étonnement et sa gorge se serra. Elle releva ses yeux clairs sur lui et murmura :

— Est-ce possible ? 

Comme il ne répondait pas, Lénina se saisit du bijou puis le contempla en murmurant :

— Pauvre petite Lizzie !

Richard quitta le canapé pour aller chercher dans un placard, une bouteille et deux shooters. Il déposa son chargement sur la table basse, déboucha la bouteille et remplit les récipients. Lénina osa dire en reposant la chaîne dans sa boite :

— Je suis de service !

— Moi aussi, je crois que nous avons tous les deux besoin d'un remontant.

Il lui offrit l'un des récipients rempli d'un liquide orangé aux reflets mordorés. Méfiante, elle examina cette sorte de fluide.

— Laisse-moi deviner, c'est du Rékali ? L'alcool de prédilection des Kéjos ?

— Oui ! Tu n'en as jamais goûté ?

— Ce sera une première, en effet.

La jeune lieutenant porta le verre à ses lèvres et le huma puis l'avala cul-sec. La substance liquoreuse passa dans sa gorge et l'incendia. Elle toussa avant de s'exclamer :

— Par le patriarche de Saint-Pétersbourg !

Richard, de son côté épprouva les mêmes sensations. Lénina essuya les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux et parvint à ajouter :

— C'est du vitriol, ce truc !

Sa voix sonnait éraillée, comme celle d'une fumeuse. Un large sourire s'imprima sur le visage du commandant. Il proposa  :

— Un autre ?

Elle tendit aussitôt son verre :

— Volontiers !

Richard y versa de nouveau le brûlant élixir ! Tous deux renouvelèrent l'expérience avec les mêmes effets ! Enfin Lénina reposa son shooter et exigea presque :

— Parle-moi de ta trouvaille ! 

Il obtempéra. Quand il eut terminé, elle s'étonna :

— C'est tout ?

— L'Oléan n'a pas pu être interrogé, le lieutenant Parker y est allé un peu fort avec son étourdisseur !

— Tu t'en tires bien ; le connaissant, tu as eu de la chance qu'il ne le tue pas !

— C'est exactement ce que m'a dit la sénatrice !

Lénina se figea aussitôt !

— Elle est déjà au courant ?

— C'était légitime !

— Mais encore ?

Richard cilla, il soupira :

— Elle veut l'interroger elle-même !

Un silence tendu s'installa entre eux. Soudain, la voix du major claqua :

— C'est hors de question ! Je ne passerai pas par-dessus ma hiérarchie !

— Lénina, je t'en prie !

— Non, Richard ! La dernière fois que j'ai aidé cette femme, cela m'a coûté mon commandement sur Mars et une mutation sur un croiseur pénitentiaire. J'ai peut-être une chance de récupérer mon ancien poste, je ne vais pas la risquer pour elle !

— Et pour notre petite Lizzie ?

— Richard, j'aimais ta sœur, elle était ma meilleure amie. Là, je ne peux rien faire, d'autant plus que la petite est sûrement morte à présent. Comment aurait-elle pu survivre ? Par ailleurs, la sénatrice n'est certainement pas le meilleur choix pour cet interrogatoire. La seule chose que je peux t'accorder, c'est la remise de ce bijou à  Elisabeth. Pour le reste, elle devra passer par le ministère de la Défense.

Elle se leva sur ces mots. Le commandant du "Redoutable" fit de même. Il tenta de dire :

— Qu'est-ce qui pourrait te faire changer d'avis ?

— Rien, cette femme est une plaie ! 

Richard sut qu'il ne la fléchirait pas, mais était déçu. Il pensait que pour Lizzie, elle  accepterait, malgré les risques. Néanmoins, il comprenait, et à sa place il y aurait sans doute réfléchi à deux fois. Elisabeth avait trop tendance à se croire tout permis et à laisser ses subalternes essuyer les plâtres après elle. Trait de caractère qui s'était largement développé, après le massacre de la colonie 82. Cela lui posait problème. Il s'était pratiquement engagé auprès d'Élisabeth pour qu'elle dispose de l'Oléan, de façon tacite bien sûr. Il allait devoir la rappeler pour lui signifier le refus de Lénina. Cependant, il dit à celle-ci : 

— Je suis désolé. 

— C'est moi qui le suis !

Elle vérifia sa montre en déclarant :

— Je vais devoir y aller. J'ai encore une autre récupération de prisonniers avant de rentrer sur terre, dans trois heures !

— Attends !

Il alla reboucher la bouteille de Rékali et lui la donna :

— Cadeau.

— Tu es sûr ?

— J'en ai une autre quelque part. 

Il sourit. Elle le remercia. Tous deux quittèrent la cabine-salon.

Une demi-heure plus tard, le "Redoutable" s'éloignait du croiseur pénitentiaire qui repartait de son côté. Pour Me'cko An te'o, de dures journées se préparaient...

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