Chapitre 20

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Lia regardait le Kéjo tirer des leviers, pousser des boutons et tapoter en même temps sur le clavier de la console de commande. Elle remarqua également l'épaule du Kéjo, surtout son vêtement déchiqueté et poisseux de sang. Elle lui dit avec inquiétude :

— Vous devriez vous soigner.

— J'aurai bien le temps de le faire quand nous serons passés dans un conduit de navigation sans exploser ! 

L'adolescente ne répondit pas. À la place, elle s'installa sur le siège du copilote. Ukal poussa encore quelques boutons. Le générateur se mit en route et le vaisseau vibra...

La nef stellaire d'Ukal n'eut aucune peine à décoller. Elle traversa les trois premières couches atmosphériques sans réel incident. Tout au plus, Lia entendit-elle une sorte de sifflement continu, suivi d'un son répétitif :  "Clac... clac... clac..." 

Cela inquiéta bien un peu la jeune humaine, mais comme le Kéjo paraissait relativement serein, elle pensa que cela devait être normal. L'arrivée dans la thermosphère compliqua sensiblement l'affaire. Outre la sensation d'écrasement inévitable, une gerbe d'étincelles jaillit de la console. 

Ukal se mit à jurer dans sa langue. Lia attacha rapidement son harnais de sécurité, ce qu'elle avait omis de faire précédemment. Le vaisseau gémit, tangua, siffla. 

Lia regarda par le petit hublot extérieur situé sur sa gauche. Ses yeux s'écarquillèrent, le passage dans la thermosphère avait enflammé la coque extérieure. Ukal lança à la suite tout un chapelet de jurons sans cesser pour autant de maintenir le cap. Les mains serrées sur les accoudoirs de son siège, Lia se dit que ce vaisseau décrépi, n'aurait sans doute pas besoin de passer dans un conduit pour voler en éclats ! 

Puis une phase de calme suivit. La nef arrivait dans l'exosphère... Elle passa cette ultime barrière et se retrouva dans l'espace. La gravité fut coupée, les flammes à l'extérieur s'éteignirent. Le Kéjo se laissa aller sur son siège fixa Lia et lui sourit en demandant :

— Ça ira petite ?

—  Oui... Vous aussi ?  

— Nous avons passé une étape... Pas la plus difficile ! À présent, c'est quitte ou double, fillette !

Il effleura de nouveau la console... La génératrice luminique s'enclencha...

*

Tout d'abord, Ukal pensa que tout se passait bien. Le conduit s'ouvrait devant eux. Cependant, presque aussitôt, des craquements se firent entendre, ainsi que des sons métalliques. La carlingue gémissait comme un animal blessé que l'on forçait à avancer ! Inquiet, le Kéjo leva la tête, il blêmit. Au-dessus de lui, le revêtement intérieur du cockpit se fendillait !

Lia qui avait suivi son regard, pâlit à son tour.  Elle demanda :

— Que peut-on faire à présent ?

— Mis à part prier, pas grand-chose, petite !

Les fins sourcils roux de Lia se froncèrent. Soudain elle déboucla sa ceinture, quitta son siège et rejoignit la couchette. Elle n'y resta que le temps de récupérer l'Omlipie avant de retourner s'asseoir près de l'homme-félin qui demanda :

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Je suis votre conseil... je vais prier !

Elle embrassa le livre,  le posa sur ses genoux, ferma les yeux, apposa sa main droite sur l'Omlipie, la gauche sur son front et commença à psalmodier.

Le Kéjo se dit qu'après tout, si elle voulait prier, cela ne pouvait pas leur faire de mal. Pour sa part, il ne comptait pas encore abdiquer. Il continua à pianoter sur sa console dans l'espoir d'équilibrer et canaliser les flux d'énergie qui détruisaient son navire. Brusquement, un claquement plus fort lui fit lever les yeux, son angoisse monta d'un cran, une profonde lézarde venait d'apparaître sur le revêtement intérieur du cockpit.

*

Ukal déglutit péniblement, la destruction du navire devenait inévitable. Il alla regarder Lia qui poursuivait ses psalmodies. Puis Ukal vit briller quelque chose sur l’habit  de la jeune humaine. Il reconnut cet objet, et s'étonna : "Un Ocle'o."  Le Kéjo se frotta les yeux, car il lui sembla qu'il brillait plus fort. "J'hallucine." se dit-il. À présent, Une sorte de brume énergétique  émanait de L'artefact. Elle s'élargissait petit à petit, commença à envelopper Lia qui, inconsciente de ce qui arrivait, continuaient ses prières. 

La brume, parsemée de petites étincelles argentées, poursuivait sa progression. Bientôt cette brume recouvrit le Kéjo, le cockpit et  enfin l'habitacle,  continua sa propagation à l'extérieur, créant une barrière protectrice. Le conduit, devant la nef se stabilisa, il aspira dans le même temps le vaisseau déglingué du Kéjo, puis se referma aussitôt.

Le vaisseau fut propulsé de l'autre côté du conduit moins d'une demi-heure plus tard. Ce qui était normalement impossible. Le Kéjo avait à peine eu le temps d'être surpris que la brume qui les protégeait, Lia, sa nef et lui disparut. Il contempla la jeune humaine qui ouvrait les yeux. Elle demanda :

— On est toujours vivants ?

Ukal parvint à répondre :

— Apparemment.

Il s'exclama brusquement :

— Lia. Que s'est-il passé ?

— Que voulez-vous dire ?

Elle ne comprenait pas, inconsciente de l'événement fabuleux qui avait empêché  la destruction du navire. Il le réalisa, devait-il lui dire ? L'homme-félin décida que oui, et raconta le prodige à Lia...

*

Quand Ukal termina sa narration,  Lia sourit et sur un ton presque extatique, s'exclama :

— Que l'Omniscient soit remercié et béni.  

Elle acceptait les choses simplement sous le couvert de sa foi. Pour Ukal, cela n'allait pas de soi, même si le Kéjo était sensible à la spiritualité, il privilégiait quand même la rationalité dans sa vie. Ce à quoi il avait assisté ne pouvait pas s'expliquer de façon logique. Il allait parler, mais brusquement son poste de communication sonna. Ukal se détourna de Lia, effleura une touche, le vocable surgit du plafond... C'est à ce moment-là que le Kéjo remarqua que la lézarde avait disparu. Encore quelque chose d'inexplicable,  il se concentra sur sa communication. Une voix sortit du vocable.

— Ukal ! Espèce de voleur ! Que fais-tu ici ? Encore dans cette marmite déglinguée ! Je ne t'avais pas dit de t'en débarrasser ?

Le Kéjo eut un rire franc : 

— Moi aussi, je suis heureux de te revoir Popellil. J'ai besoin d'assistance.

Un long gémissement sortit du vocable et cette réponse :

— Aïe, tu vas encore me dévaliser.

Puis la voix se tut. Devant la nef apparut alors une sorte de structure qui était restée camouflée jusque-là, elle ressemblait à un énorme cargo. La voix resurgit du vocable :

— Tu peux accoster, bandit.

Des portes s'ouvrirent sur le flanc droit du cargo. Aussitôt, Ukal dirigea son navire vers elles. Dès que la nef fut rentrée, les portes se refermèrent et la structure disparut de nouveau...

Ukal, après avoir ancré son navire à un berceau d'arrimage, coupa les moteurs. Ce n'est que là qu'il se permit de se détendre. L'homme-félin fixa Lia qui semblait soudain plus pâle que d'habitude, Il s'inquiéta :

— Ça ne va pas ?  

L'adolescente tourna la tête vers lui, un filet de sang coulait de sa narine droite, Ukal soudain inquiet l'entendit dire : 

— Je me sens bizarre !  

Sa tête dodelina et retomba sur le côté. Elle s'était évanouie.

Ukal déboucla son harnais et s'extirpa rapidement de son siège. Il fit de même pour la jeune humaine, avant de la porter sur la couchette. Il attrapa une bouteille d'eau, un morceau de chiffon qui traînait à côté de la cuisinière et imbiba le tissu d'eau. Ensuite, il en tapota le front et les tempes de Lia. Le sang ne coulait déjà plus, elle reprenait lentement conscience. Le Kéjo soulagé déclara :

— Tu m'as fait peur, petite !

— Je ne comprends pas ! Cela  ne m'était jamais arrivé avant !

Ukal fixa l'Oclè'o. Il le désigna :

— Oui... Je me demande si tu ne devrais pas l'enlever ce truc ! 

Elle soupira sans répondre. Soudain quelqu'un frappa sur l'écoutille. Kéjo et aussi Lia entendirent :

— Eh ? Il y a quelqu'un dans cette épave ?

— J'arrive !

l'homme-félin recommanda à la jeune humaine :

— Reste allongée !

Il alla ouvrir la porte de sa nef.

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