Chapitre 18

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Planète Haloj - Véhicule spatial d'Ukal

Lia terminait sa toilette. Elle posa sur le miroir un regard égal. Celui-ci lui renvoyait l'image d'un visage ovale, éclairé de grands yeux bleu-gris ornés de longs cils roux-foncé, surmontés de sourcils assez expressifs. Son nez petit et légèrement retroussé, était parsemé de taches de rousseur, sa peau laiteuse se réhaussait de quelques rougeurs dues à l'ardeur du soleil de la veille. Lia rassembla la masse de boucles rousses de ses cheveux sur sa nuque. La langue entre les dents, elle parvint à les discipliner et les attacher avec un ruban de coton gris. L'adolescente passa une des combinaisons offerte par Ukal, sur son corps assez mince et harmonieux. Elle ferma le vêtement qui s'adapta à sa morphologie. En dernier, Lia chaussa ses habituelles sandales.

A cet instant, venant de la fosse dans laquelle Ukal avait disparu, jaillit toute une suite d'imprécations très sonores.

"Lortw ! Pokilsr ! Cadtyo o piuyt ! Oiklsa nbu so !"

La jeune humaine ne compris pas la teneur de ces exclamations, mais réalisa que le Kéjo avait proféré à la suite plusieurs injures. Elle le vit s'extirper de la cavité donnant sur le moteur, puis s'asseoir sur le sol et émettre un long soupir de dépit.

— Que vous arrive-t-il ? Osa-t-elle demander

— Quoi, qu'est-ce qu'il m'arrive ?

— Vous avez juré, j'en déduis que quelque chose vous contrarie.

Il lui jeta un regard surpris :

— Par le Multiple, j'espère que tu n'as pas compris ce que je disais !

— À part que c'était des grossièretés, non !

Il se releva :

— Tant mieux, ses mots ne sont pas destinés aux oreilles des petites filles.

Elle objecta un peu vexée :

— Je ne suis plus une petite fille ! J'ai presque... J'ai 16 ans !

— Vraiment ?

— Oui, sans doute un peu plus même... La Révérende comptait mon âge à partir du jour où elle m'a trouvée... Enfin, je crois...

Ne voulant plus en parler, elle demanda encore :

— Que vous arrive-t-il ?

— Je vais devoir retourner à la cité, j'ai besoin d'un discriminateur de phase.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Une pièce indispensable, si je ne veux pas que cette casserole rouillée explose quand elle rentrera dans un conduit de navigation. Je pensais pouvoir m'en passer en bidouillant deux ou trois fils..., mais ça ne marche pas.

Inquiète, elle se mordit les lèvres :

— Il exploserait vraiment votre vaisseau ?

Il grimaça, ses oreilles frémirent et se redressèrent :

— Une chance sur deux !

Il alla chercher son sac et sa houppelande :

— Surtout tu restes à l'intérieur pendant mon absence, je risque de ne pas revenir avant la nuit, mais tu ne dois pas t'inquiéter.

— Je ne peux pas venir avec vous ?

— Il est préférable que tu ne te montres plus en ville, car ne doute pas une seconde qu'ils te recherchent toujours.

La jeune fille n'insista pas mais soupira. Ukal désigna un placard :

— Si tu as faim, tu trouvera des trucs à grignoter ici. .

L'homme-félin quitta le vaisseau sur ses mots. Lia une fois seule, alla s'asseoir sur la couchette, sortit de son sac l'Omlipie, et pieusement se plongea dans son étude...

*

Capitale d'Haloj

Le Kéjo se téléporta à la périphérie de l'agglomération, il se montra ensuite extrêmement prudent, certain que depuis la veille, sa présence sur ce monde était connue. Le Prima Epala avait largement eu le temps de l'identifier, avant qu'il ne l'endorme avec sa sarbacane. Ce qui en découlait : il prenait de gros risques en revenant dans la cité. Ce jour-là, une pluie drue tombait sur les maisons lépreuses aux murs écroulés des faubourgs. L'homme-félin ne rencontra pas le moindre squatteur dans les ruelles tortueuses. Ukal remonta la capuche de sa houppelande sur sa tête, et d'un pas rapide, en évitant les flaques d'eau qui émaillait le sol, prit la direction du centre...

Son but était simple : atteindre l'astroport, seul endroit où il trouverait un discriminateur. Ukal ne comptait pas piller les magasins de matériels trop bien gardés. Par contre, il souhaitait fouiller la décharge située juste derrière les bâtiments principaux. Cet endroit était une vraie mine d'or pour celui qui savait chercher. Il lui restait à y acceder.

Il lui fallut une bonne heure avant d'atteindre le centre. Redoublant de prudence, Ukal s'engagea sur l'avenue principale très encombrée. Par contre, les trottoirs demeuraient nettement plus praticables. Cela n'arrangeait pas forcément le Kéjo. Passer inaperçu s'avérerait beaucoup plus difficile que la veille. À cet instant, une pensée fulgura dans son esprit : "Je n'aurai pas dû revenir..."

L'homme-félin sentait chaque poil de la fourrure bleu-nuit qui recouvrait son corps, se hérisser. Un grondement sourd monta dans sa gorge, ses pupilles mordorées se rétrécirent. L'instinct de prédateur, qui demeurait en lui malgré des millions d'années d'évolution, lui hurlait qu'il plongeait tête baissée dans un traquenard. Il le domina, mais eut la brève impulsion de rebrousser chemin, cependant il s'était enfoncé trop loin dans la ville. Par ailleurs, les interférences qui balayaient la cité, rendait l'usage du téléporteur impossible. Il continua donc sa marche en avant, direction l'astroport !

Plus Ukal approchait, plus son malaise augmentait. Il réalisa que les passants sur le trottoir et sur l'avenue se raréfiait. Le Kéjo se dit : "Ça n'est pas normal !" Il ralentit le pas et commença à examiner le visage du public clairsemé qu'il croisait. En même temps, ses sens olfactifs se déployaient, des senteurs puissantes d'adrénaline saturait l'atmosphère. Le piège qu'il redoutait se refermait sur lui.

Il envisagea ses deux seules options. La première, déjà obsolète : revenir en arrière. La seconde : continuer, laisser la nasse se refermer sur lui et improviser pour tenter de s'en sortir. Son choix fut rapide, il décida de poursuivre. Cette décision prise, il se détendit, il hâta même le pas... Tout son être se préparait à la bataille !

La pluie ne tombait presque plus quand il arriva devant l'astroport, un rayon de soleil s'insinua entre deux nuages, les toits mouillés des batiments scintillèrent. L'homme-félin remarqua les alentours quasi déserts, Il pensa : "Tout ça pour moi, je suis flatté, mais ce n'est certainement pas les autorités de ce cloaque orbital qui ont financé un tel dispositif !"

Il devinait l'intervention des Epalas. À présent, plusieurs personnes se rassemblaient derrière lui. Sans se retourner, il passa les portes automatiques et entra dans la salle des pas perdus...

Ukal stoppa devant un demi-cercle de miliciens et d'Epalas qui levèrent aussitôt leurs armes vers lui. Il rejeta sa capuche en arrière puis les examina. Dans son dos, il entendait le claquement métallique si caractéristique d’armes d'autres soldats. Le Kéjo ne bougeait plus, tous ses sens aux aguets. Soudain le demi-cercle menaçant se scinda en deux. Sans cesser de le viser, les gardes laissèrent passer un nouveau personnage, il s'agissait du Prima.

Ukal retint un sourire. Il savait que l'Epala venait de commettre une erreur qui pourrait bien lui sauver la mise. Gorgée de sa suffisance le Prima s'adressa à lui :

— Ah ! Voilà un superbe spécimen de Kéjo, malin, agile, fort sans doute ? Je crois que tu as gagné un aller simple pour mon monde originel, tu seras parfait pour corser un peu l'entrainement de nos jeunes recrues !

Ukal ne répondit pas, il se contenta d'un regard farouche dans sa direction. Celui-ci reprenait en s'avançant :

— Ne le prends pas mal surtout. C'est un compliment. Tous les Kéjos n'ont pas le potentiel comme toi, d'un gibier d'excellence !

Ukal cilla tandis que l'Epala reprenait :

— À propos de gibier, je crois que tu as pris quelque chose qui m'appartenait. Tu vois qui je veux dire, n'est-ce pas ? Alors, voilà ce que je te propose, tu me dis tout de suite où est l'humaine, ou alors je te confie à ces messieurs... Il désigna les miliciens en ajoutant :

— Qui d'après ce que je sais, ont le don d'arracher les confidences, même à un muet !

Comme Ukal se taisait toujours, l'Epala soupira :

— Comme c'est dommage ! Tu n'aimes pas te confier, c'est ça ? Bien, tant pis pour toi !

Il se détourna alors que les miliciens s'approchaient plus près du Kéjo. C'est à ce moment-là qu'Ukal se dit : "C'est parti !"... Et il bondit sur le Prima à une vitesse fulgurante !

En l'espace d'un souffle, le Kéjo ceinturait sa proie, se saisissait du poignard de l'Epala et le lui posait sur la gorge en susurrant :

— Ordonne tout de suite à tes sbires de déposer leurs armes et de reculer ou alors je t'égorge...

Comme le Prima se taisait, Ukal entailla légèrement la chair tendre du cou en insistant :

— Je n'ai pas toute la journée !

Affolé, l'Epala s'écria :

— Ne tirez pas, baissez vos armes et déposez-les à terre !

Ils hésitèrent. Ukal enfonça un peu plus sa lame. Le Prima hurla presque :

— Obéissez !

Enfin les miliciens obtempèrent. Ukal ne relâcha pas la pression pour autant. Il leva les yeux, juste au-dessus de lui, une sorte de mezzanine se présentait. Inaccessible pour la plupart des gens, pour un Kéjo, c'était inespéré. Sans lâcher l'Epala, Ukal se ramassa sur lui-même et avec toute la puissante de ses quadriceps, se propulsa vers le haut en emportant son prisonnier avec lui. Celui-ci épouvanté poussa de sonores couinements de frayeur. Sans en tenir compte, et une fois sur la galerie, Ukal visa un large velux, très opportunément ouvert sur le toit. Un nouveau bond et il passa par l'ouverture. Là, l'Epala s'était pissé dessus et évanoui.

Le Kéjo laissa tomber l'Epala sur les tuiles. Il sortit de sa poche l'appareil qui lui servait à se téléporter, le mit sous tension en pensant : "Pourvu que les interférences soient moins fortes ici." Il fixa les témoins. Ceux-ci étaient rouges. Ukal dépité et laissant là le Prima, traversa toute la largeur du toit. Il pivota sur sa droite, une vue parfaite sur la décharge s'imposa à son regard. Bien sûr, plus question de se procurer un discriminateur il n'en avait ni le temps, ni le loisir, mais il savait que juste derrière ce dépotoir, un petit chemin tortueux lui permettrait de gagner les faubourgs sud et de sortir de la cité. Il n'en était pas encore là, car en dessous de lui, la riposte s'organisait...

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