Chapitre 17

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Lia venait de terminer son repas, lorsqu'elle se figea et s'exclama :

— Que L'Omniscient me pardonne !

Surpris, Ukal demanda :

— Que se passe-t-il ?

— Je viens de manger !

— Oui, et alors ? Cela n'était pas bon ?

Le Kéjo la fixait avec surprise, elle précisa :

— Je me suis restaurée devant vous ! 

— J'avoue que je ne comprends rien à ce que tu racontes, Lia !

— Le dogme interdit de se nourrir devant d'autres personnes, il faut le faire en privé !

Il la contempla, un vague sourire sur son visage, puis il lui demanda :

— C'est tellement grave ? Après tout, tu n'es plus dans ce monastère ! Pourquoi en suivrais-tu les règles ?

— Vous ne comprenez pas ! Je suis... Je veux dire, j'aurais dû prononcer mes vœux et... et... 

Elle se tut. Ukal dit alors :

— Le Multiple a fait en sorte que tu suives un autre chemin. Un champ de possibilités infinies s'ouvre devant toi. Pourquoi t'enfermerais-tu sur une route qui ne t'offre qu'une seule destination ?

Lia  devinait la sagesse dans les propos d'Ukal. Elle émit un long soupir puis, avec curiosité demanda :

— Qui est ce Multiple dont vous parlez tout le temps ?

— Il est  pour moi  ce qu'est l'Omniscient pour toi.

— Mais encore ?

— Une seule entité, mais une multitude de noms a été donnée au créateur de l'univers. Chacun le voit à sa manière. Les humains lui ont offert tellement de dénominations qu'ils se sont perdus  en voulant l'adorer. D'autres comme les Lspwstos, ont emprunté les religions des peuples qu'ils rencontraient. Les Epalas, sont religieux uniquement par opportunisme. Ils se passent donc de rituels et sont aussi d'une nature très immorale, du moins la plupart d'entre eux... Qu'importe de quelle manière le créateur est envisagé. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'en chacun de nous, que nous soyons bons ou mauvais, que nous respirions de l'oxygène ou du méthane comme les insectoïdes,  il y a une étincelle de divinité. C'est pour cela que les Kéjos le nomment le Multiple !

Il conclut de façon plus simple :

— C'est ce qui m'a été enseigné.

Il se leva sur ces mots et proposa :

— Un dessert ?

Ukal attrapa dans une vieille boite en ferraille rouillée, deux fruits violet foncé. Il en lança un à la jeune humaine qui l'attrapa adroitement. Tous deux croquèrent dans leur fruit. Elle le termina en disant :

— Me'cko s'est mis à l'écart quand je me suis restauré. En fait, il me voyait comme une religieuse.

— Me'cko, c'est l'Oléan qui t'a déposé sur ce monde ?

La jeune fille hocha la tête avec tristesse.  Ukal la contemplait quand il lui demanda : 

— Si tu me racontais ce qu'il t'est arrivé exactement ?

Lia n'hésita pas vraiment à expliquer en détail son histoire. Quand elle eut terminé, Ukal ne fit aucun commentaire, il se leva souplement en disant :

 — Bien, il est déjà tard et j'ai du travail !

Toujours curieuse, elle demanda :

— Quelle sorte de travail ? Je peux peut-être vous assister ?

— Tu as des connaissances en ingénierie ?

 — Aucune !

— Dans ce cas, tu ne peux pas m'aider...

L'homme-félin ajouta : 

— Quoi qu'il en soit, parlons avant tout d'organisation pratique.

Il se dirigea au fond de l'habitacle, ouvrit une porte en disant à la jeune humaine :

— D'abord, à toutes fins utiles, sache que le cabinet de toilette est là. Bon, c'est assez précaire, mais cela te permettra de te rafraîchir un peu !

Ensuite, il alla chercher une  pile de vêtements posés sur une des étagères qui courait sur les parois de la cabine. Il les lui apporta :

— J'ai remarqué que ta robe était en piteux état. Alors je t'ai déniché ces combinaisons de travail. Ce n'est pas très seyant, mais elles sont propres et confortables, et surtout auto-réglables. Elles s'adapteront à ta morphologie.

Elle s'en saisit, le remercia et demanda ensuite :

— À propos, j'ai dormi longtemps ?

Il répondit :

— Presque douze heures. Tu étais épuisée.

Il précisa :

— Pour info, et en me basant sur la rotation de cette planète et de notre situation géographique, nous sommes à la mi-journée.

Elle en prit note, avant d'ajouter :

— Bien... Bon, je vais... enfin me laver un peu... 

— Et moi, je vais travailler !

Il ouvrit une trappe au milieu de l'habitacle. Elle eut un sourire un peu timide, baissa les yeux et rejoignit le petit réduit. Ukal descendit dans les entrailles du moteur de son vaisseau.


Espace frontalier neutre - Cuirasser stellaire  "Le Redoutable"

Les lieutenants Stark et Parker étaient au garde-à-vous devant le commandant du navire. Presque hypnotisé, le militaire fixait la fine chaîne d'or qu'il avait au creux de sa paume. Lui aussi avait reconnu le blason et lu sur l'autre face :  "Elisabeth-Anne - 30 mai 3154". 

Le commandant se rappela la présence des deux lieutenants. Sans quitter des yeux la médaille, il leur ordonna : "Rompez". Ils se retirèrent aussitôt. Une fois seul, il posa le bijou sur son bureau, se laissa aller en arrière et réfléchit avant d'effleurer le communicateur épinglé sur son uniforme, il appela son second ainsi :

— Monsieur Banner ?

— Oui, Commandant ?

— Obtenez-moi  une communication sécurisée avec la terre, principalement avec la sénatrice Elisabeth Rochester... Lorsque ce sera fait, vous la basculerez sur le poste de mon bureau.

—  À vos ordres, commandant.

Le maître du vaisseau s'arma de patience...

Il dut attendre presque vingt minutes avant que son second le contacte et lui dise :

— Vous avez votre communication, Commandant.

Devant lui apparut l'image holographique d'une femme d'âge mûr, aux yeux clairs et aux cheveux grisonnants.

Le commandant sourit à l'image de la sénatrice, avant de lui demander :

— Bonjour Elisabeth, comment allez-vous ?

— Je suis en excellente santé, par ailleurs le travail ne manque pas sur Terre, mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ? Aussi j'ose espérer, mon cher Richard, que vous ne m'avez pas dérangée pour des vétilles ?

Pour toute réponse, il se saisit du bijou puis le lui présenta en conseillant :

— Faites donc un zoom sur ceci, Elisabeth !

Intriguée, elle s'exécuta. Presque aussitôt, le visage d'habitude si sévère de la sénatrice, se peignit d'une violente émotion. Richard l'entendit murmurer : "Est-ce possible ?" Elle se domina presque immédiatement pour, ensuite, demander sur un ton égal :

— Où avez-vous trouvé ce bijou ?

— Sur un petit navire oléan qui croisait à proximité de la raffinerie Lspwsto que nous avons détruite dernièrement !

— Que faisait-il là ?

— Nous l'ignorons, mais nous supposons que le pilote a été envoyé en observateur par le C.E.M. sur la frontière !

— Vous ne l'avez pas interrogé encore ?

— Sa capture n'est effective que depuis une heure, à peine. Il est toujours inconscient ! Le lieutenant Parker a eu la main un peu lourde en réglant son arme. 

Elle eut un vague sourire et cette parole :

— Étant donné son ressenti envers les Oléans, il est heureux pour vous qu'il ne l'ait pas tué !

Puis elle reprit son sérieux et exigea :

— Je veux interroger cet Oléan personnellement, vous devez me l'envoyer sur Terre.

Il répondit :

— Conformément aux paramètres de ma mission, j'ai prévu un transfert de prisonniers, dès que nous croiserons la route du navire pénitentiaire du major Romanov. Si tout va bien, cela devrait se faire dans moins de 10 heures !

— Oh cette chère Lénina ! Saluez-la pour moi ! Recommandez-lui de ne pas trop abîmer l'Oléan !

Elle demanda dans la foulée :

— À propos, vous avez identifié son Karia  ?

— Il portait un uniforme de l'armée Oléanne, sans signe distinctif particulier ! 

Elle soupira, puis reprit :

— Vous confierez ce bijou au major, afin que je puisse le récupérer !

— Cela va de soi, Elisabeth !

Celle-ci se troubla quelques secondes, puis la sénatrice osa demander :

— Vous croyez qu'elle est toujours vivante ?

Il hésita avant de répondre :

— Ce serait un miracle ! J'espère comme vous que notre petite Lizzy a survécu. 

Il ajouta : 

— Elle était la fille de ma sœur, ne l'oubliez pas !

Elle répliqua sur un ton sec et douloureux :

— Je n'oublie rien, Richard, la mort de Lydie, celle de Nicolas et encore moins le demi-million de personnes massacrées lors de l'attaque de la colonie 82,  il y a presque 16 ans. Je me rappelle aussi que c'est sur votre conseil que mon fils s'est porté volontaire pour aller repeupler ce monde avec sa famille ! Croyez-vous que je sois prête à vous le pardonner ?

Soudain elle se reprit et s'excusa ainsi :

— Je suis désolée ! Je ne voulais pas être aussi péremptoire dans mes propos !

— Ne vous excusez pas, Elisabeth. Vous avez raison. Si cela peut vous mettre du baume au cœur, sachez que je ne suis pas près de me le pardonner non plus.

Elle soupira, ses yeux clairs s'emplirent de chagrin, elle murmura :

— Lizzy était si petite à l'époque, un bébé de quelques mois, peut-elle vraiment avoir survécu à cette horreur ? Je voudrais le croire, mais ...

Richard dit alors :

— Je pense que cet Oléan pourra nous apporter quelques réponses.

La sénatrice hocha la tête, puis redressa les épaules, avant de conclure :

— Faites diligence pour que l'Oléan arrive en bon état sur Terre ! 

Sans même le saluer, elle coupa la communication. Richard se rembrunit. Il posa le bijou sur le vernis de son bureau et se plongea dans sa contemplation. 

   

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