Chapitre 14

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Après son ascension de la marbrière, Lia n'eut pas le temps de souffler. Les deux monstrueux luppulo la talonnaient. Alors l'adolescente continuait de courir, avec l'impression de ne pas arrêter depuis son arrivée sur cette foutue planète. Par ailleurs, ses mains blessées laissaient derrière la jeune fille, des traces de sang qui excitaient au plus haut point ses féroces poursuivants. Lia  percevait leur odeur, lourde et fétide, entendait leurs halètements, leurs grognements, devinant ainsi, leurs férocités. 

La fugitive ne prenait pas la peine de pivoter vers eux. Toutefois, elle imaginait très bien leurs têtes massives, leurs gueules garnies de crocs acérés et dégoulinantes de bave. Lia  frémissait d'une horreur totale. La demoiselle pensa brusquement au poignard offert par Me'cko avant son départ, sans attendre, elle le récupéra dans son sac. L'humaine referma ses doigts meurtris sur le manche en serrant les dents. La douleur due aux plaies était lancinante et presque insupportable. Courageuse jusqu'au bout, elle ne lâcha pas son arme.

Un grondement d'orage surprit Lia. Levant les yeux sur le ciel, la fuyarde réalisa qu'il s'assombrissait. De lourds nuages presque noirs masquaient l'azur du ciel et l'ardeur du soleil. Lia sut que la pluie ne tarderait plus, ce qui risquait de ne pas faciliter sa course. Les premières gouttes, lourdes, tièdes, tombèrent sur le chemin poussiéreux, la fugitive ne ralentit pas son allure pour autant. Simplement, elle commença à chercher des yeux un éventuel refuge.

Lia repéra, sur sa droite, une sorte de conduit qui sortait d'une éminence rocheuse. En résumé, une autre ascension à venir. La pluie cette fois était battante, tremper jusqu'aux os, elle commença à bifurquer. Sauvagement, l'un des monstres, d'un bond prodigieux, sauta sur elle. Heureusement, le second, s'était laissé  distancer. La fugitive tomba, la tête la première, dans les flots d'eau boueuse charriée par la sente descendante. 

Le luppulo planta ses crocs dans sa jambe droite... Lia hurla de douleur, mais parvint à pivoter sur le dos, à lancer son pied gauche dans la tête du monstre une première fois, puis une seconde, une troisième. La peur, semblait-il, lui donnait une force insoupçonnée, elle frappa l'animal, encore et encore, avec l'énergie du désespoir. 

La dernière frappe assénée au prédateur fut la bonne, la bête lâcha prise, étourdi, il s'ébroua. Lia profita de ce répit pour se redresser et enfoncer son poignard dans le crâne de son agresseur. Il s'écroula dans le ruissellement d'eau fangeuse. En boitillant, L'humaine se dirigea vers le conduit, sans véritablement s'assurer de la mort du luppulo...

Alors qu'elle escaladait le promontoire rocheux, Le deuxième monstre arriva sur les lieux : le Kéjo était juste derrière lui.

La victime de Lia étant morte, il lui restait à tuer le second. Sans hésiter le Kéjo devança le luppulo, stoppant net sa course.  Aussitôt le prédateur le menaça en montrant les dents et en grondant. Sans se laisser impressionner, l'homme-félin, sortit sa sarbacane. Après y avoir introduit un dard, empoisonné cette fois, portant son arme à sa bouche, il souffla. L'aiguillon se planta entre les deux yeux de l'animal. Quelques secondes furent suffisantes pour que le venin agisse. Le luppulo s'écroula sur le sentier vaseux. Satisfait, le Kéjo rangea son arme avant de porter son regard sur l'éminence rocheuse. La fugitive rentrait juste dans le conduit, quand  Il  marcha vers les blocs de pierre...

*

La fuyarde se laissa tomber sur le sol du conduit humide et malodorant. Lia ramena ses genoux sous son menton. Elle tenait toujours entre ses doigts le poignard de Me'cko souillé du sang du luppulo. L'adolescente choquée, murmura en secouant la tête et en se balançant : "C'est un cauchemar... Je vais me réveiller.... c'est un cauchemar... "

Cette fois, le courage l'abandonnait. Presque résignée à se laisser dévorer, si le dernier luppulo vivant rentrait dans cet abri, l'humaine restait sans bouger, toute combativité envolée. Soudain, la jeune fille entendit un bruit. Levant la tête sur l'entrée du boyau, elle remarqua  qu'une personne se tenait sur le seuil de son abri en la regardant. Cet intrus lui demanda :

— Je peux entrer ?

Sans attendre de réponse, l'inconnu s'approcha d'elle en s'exclamant :

— Par le Multiple, cela fait des heures que tu me fais cavaler. Je suis épuisé. J'ignorai que les humains pouvaient courir aussi vite !

Lia reconnut le Kéjo. Sans façon, il s'installa près d'elle. L'adolescente vide d'énergie, n'eut aucune réaction. Tout au plus dit-elle :

— Si vous  venez pour me tuer, attendez votre tour, il y a une bête dehors qui était avant vous. 

— Le dernier luppulo est mort. Ceci dit, si j'avais voulu te tuer, je l'aurais fait depuis un moment, avec ma sarbacane. Cela n'aurait pas été très difficile, tu a été souvent à ma portée.

Lia lui lança un regard morne, soupira et réitéra :

— Qu'est-ce que vous me voulez ?

— Je veux t'aider.

— Ah ? En échange que devrais-je faire ? 

L'homme-félin eut un rire qui ressemblait à un rugissement, avant de répliquer :

— Tu n'es sur ce monde que depuis une poignée d'heures et tu sais déjà qu'ici, on a rien pour rien ? Je suis impressionné ! Tu apprends vite !

Elle haussa les épaules, mais ne répondit pas. Le Kéjo lui tendait la main en disant :

— Je m'appelle Ukal.

La jeune humaine croisa son regard de chat, à l'iris doré, la pupille fendue, il étincelait de sincérité. Elle le trouva magnifique. L'espoir renaquit en elle.

— Vous voulez vraiment m'aider ? 

— Oui

Il lui adressa un sourire, un vrai qui découvrait ses dents. Pas un de ces rictus que les Oléans faisaient avec leurs lèvres, si difficile à décrypter. Naturellement, elle y répondit. La jeune fille glissa ses doigts dans les siens. Il les serra doucement puis les lâcha en demandant :

— Comment tu t'appelles ?

— Lia.

— C'est un joli nom ! Lia comment ? 

Sans comprendre, elle fronça les sourcils en disant :

— Juste Lia !

— Ah ? J'ai entendu dire que les humains avaient au moins deux noms. Un qui leur était propre et le second qui les attachait à une famille.

— Comme un Karia ?

— Oui... Enfin, je crois que c'est un peu différent quand même.

Elle dit alors :

— Je ne suis que Lia. J'ai été élevée par la Révérende Mère du monastère d'Ethéry. Je n'y ai jamais vu d'humain comme moi.

— C'est singulier, cette révérende mère dont tu parles t'a bien achetée quelque part ?

— Elle ne m'a pas achetée, elle m'a trouvée. Enfin, je crois...

Lia pensa à l'enregistrement que l'ancienne lui avait donné la veille de sa mort. Cela la troubla. Soudain un hurlement la fit frissonner. Elle s'étonna :

— Je croyais que les bêtes étaient mortes ?

— Celui-ci doit être un sauvage. Il a sans doute été attiré par l'odeur du sang. Ses congénères ne devraient pas tarder à rappliquer aussi. Nous devons y aller. 

Ukal lui tendit la main en ajoutant :

— Tu m'accompagnes ?

Elle ne refusa pas et glissa ses doigts dans les siens. Il l'aida à se lever. L'adolescente grimaça. La blessure de sa jambe la tiraillait. Elle chancela... Alors, il la souleva dans ses bras, sortit un petit appareil de sa poche, et dans une langue gutturale et inconnue de Lia dit :

— Lecork.

Ukal et la jeune humaine se dématérialisèrent... 

*

Quelque part dans la galaxie - Canal de navigation CN54-12

C'est une légère sonnerie venant du poste de pilotage qui tira le gardien de sa stupeur. Il leva brusquement la tête. Son esprit retrouvait sa stabilité, après plusieurs heures d'hébétude. L'Oléan se redressa et ramassa son turban. Dans le creux de sa main se trouvait encore la chaîne de Lia. Me'cko l'accrocha sur une patère, à côté de la couchette. Calmement, il lissa ses oreilles en enroulant soigneusement son turban autour de son crâne. Sa crise émotionnelle l'avait purgé de son sentiment de culpabilité. La sonnerie retentit une nouvelle fois Me'cko rejoignit la console directionnelle.

Le petit navire stellaire émergea près d'un système solaire sans planète habitable. Avant d'effectuer le saut suivant, Me'cko vérifia sa jauge d'énergie. L'Oléan découvrit que son premier saut avait à peine entamé sa réserve. Il tapa les coordonnées du prochain canal, avant d'enclencher la génératrice. Aussitôt la nef stellaire fut aspirée dans un nouveau conduit conducteur. L'Oléan retourna à sa couchette, s'y allongea et cette fois, s'endormit.

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