CHAPITRE 13

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De mémoire de miliciens Haloj, jamais le faubourg sud de la ville n'avait vu autant de personnalités. Pour ce qui était des pauvres hères qui trouvaient refuge d'ordinaire dans cette partie de la cité, on n'en voyait plus un seul. La plupart avaient rejoint les autres quartiers pauvres.

Le chef milicien, au teint ocre et à la lèvre lippue, jetait sur ces gens un regard contrarié. Depuis sa malchanceuse rencontre avec Lia, non seulement, il avait été contraint par les autorités de laisser la priorité aux huiles actuellement présentes sur la planète, mais de plus, il souffrait d'une migraine épouvantable. Ce qui n'arrangeait pas son humeur.

Son irritation atteignit un nouveau palier quand il vit débarquer le Prima Epala et ses hommes de mains. Ceux-ci tenaient en laisse cinq énormes lupulos muselés. Le chef milicien, qui n'était pas du genre à s'émouvoir, était consterné, il se disait : "Ce n'est qu'une humaine, mais quand même ! Quel intérêt de la mettre en charpie ?!"

Lia, malgré elle, était devenue l'attraction principale de toute une flopée d'oisifs désœuvrés ne sachant pas quoi faire de leur argent. Comme cette flopée représentait une manne économique importante, les édiles de la cité étaient prêts à en passer par leurs quatre volontés. Le chef des miliciens fit signe à ses hommes, il était temps de mettre de l'ordre et d'énoncer les priorités. Il s'avança vers les différents commandos, tous armés jusqu'aux dents et débuta son travail...

*

Lia avait couru à perdre haleine jusqu'à ce qu'elle parvienne à la carrière, le chantier était abandonné, et il formait une sorte de cul-de-sac.

C'est lors d'un des innombrables coups d'états que la société qui le gérait avait jeté l'éponge. Les troubles constants empêchaient que son exploitation soit rentable. Le marbre ayant été extrait à ciel ouvert, il offrait au regard de Lia, ses différentes strates géologiques, en une explosion de couleurs allant du rose pâle au rouge le plus sombre en passant par toute la palette de nuances existantes : grenat, pourpre, coquelicot, grenadine, feu...

Lia se laissa distraire quelques minutes par cette œuvre d'art naturel. Puis elle entendit au loin des hurlements. Elle sursauta et devint livide. La panique s'empara d'elle, en comprenant que ses bêtes hurlantes la poursuivait. La jeune fille chercha une issue, en vain.

L'adolescente s'exhorta au calme et leva les yeux. Le découpage des blocs de marbre créait des escaliers monumentaux qui risquaient d'être très difficiles à monter. D'autres hurlements l'alertèrent. Lia ne tergiversa pas plus longtemps. Elle se lança à l'assaut des marches géantes.


Sa progression laborieuse restait constante. Très vite, ses mains furent en lambeaux. Le minéral extrêmement dur n'épargnait pas sa peau blanche et délicate. Quant à ses pieds, s'ils résistaient encore, c'était grâce aux semelles épaisses de ses sandales.

Avec détermination, la jeune humaine effectuait cette ascension en sachant très bien, que si elle s'arrêtait, elle serait capturée. Qui sait alors quelles vicissitudes on lui ferait subir ? La peur lui donnait des ailes et l'empêchait de sentir la douleur de ses plaies. L'adolescente avait fait la moitié du chemin, quand les lupullo surgirent dans la carrière. Ils n'avaient plus leurs muselières et derrière eux, les Epalas les suivaient de près.

*
Le Prima, consterné, leva les yeux sur l'humaine qui escaladait la marbrière. Il ne s'était pas attendu à ça. "Elle a de la ressource !" pensa-t-il avec une certaine admiration. Le chef de ses gardes du corps s'exclama :

— C'est pas croyable ! Alors là, je suis bluffé ! Moi-même j'ignore si je serais capable de gravir cette carrière !

— Si ta vie en dépendait, sûrement. En tous les cas, c'est un gibier d'exception. Il me faut cette humaine.

Il épaula son fusil et visa la silhouette de Lia, qui péniblement continuait à monter. C'est au moment où il allait tirer, qu'une brève piqûre sur sa nuque le surprit. Le Prima baissa son fusil, chancela et s'écroula à terre. Autour de lui, tous ses gardes tombaient aussi. Avant de perdre conscience, le Prima leva la tête. Il eut le temps de reconnaitre un Kéjo qui tenait entre ses doigts une sarbacane.

L'homme-chat ne s'attarda pas sur les Épalas. Il contempla Lia qui arrivait au sommet. Il pensa : "Elle est remarquable." Ce qui était moins heureux, c'est que les Luppulo grimpaient sans mal derrière elle. Il ne s'interrogea pas davantage. Il glissa sa sarbacane dans son étui, resserra les attaches de son sac à dos, puis s'élança à son tour à l'assaut du marbre rouge.

Le Kejo bondissait de marche en marche, avec une facilité déconcertante. Il rattrapa un luppulo, le saisit par une patte, le tira violemment en arrière et le jeta dans le vide. Le second subit le même sort, le troisième rejoignit ses copains. Par contre, les deux qui restaient avaient presque rattrapé Lia qui se hissait avec peine au sommet. Elle jeta un coup d'œil en arrière, remarqua le Kéjo, mais aussi les luppulo qui étaient très proches. L'adolescente détala, le couple de monstres ne tarda pas à la suivre. Le Kéjo à son tour parvint à la cime, il prit le pas de course.

*

En bas, les autres commandos arrivaient à leur tour. Un des luppulo qui s'était sorti sans mal de sa chute s'était jeté sur les Epalas inconscients. Frustrée, la bête avait commencé à les dévorer. Ses énormes crocs déchiraient les chairs sans mal. Heureusement quelqu'un l'abattit, mettant ainsi fin au carnage. Les miliciens surgirent à leur tour sur le site. Le chef stupéfait constata le désastre. Il demanda à la ronde :

— Elle est où l'humaine ?

Le Prima Epala, qui sortait de sa brève inconscience, répondit :

— Elle a escaladé la carrière, elle est déjà loin.

Il ajouta ensuite :

— Mais nous avons un autre problème.

— Lequel ? Demanda le milicien.

Le Prima révéla :

— L'humaine est épaulée par un Kéjo...

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