Chapitre 10

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Ils piétinaient depuis un bon moment déjà. Les pieds de Lia devenaient douloureux, de plus, elle étouffait dans son épaisse robe grise. Des filets d'humidité coulaient le long de son dos. Elle ne se rappelait pas s'être sentie aussi mal à l'aise depuis longtemps. La nostalgie de sa modeste cellule au monastère la happa. Elle aurait tout donné pour se retrouver dans sa minuscule douche et laisser couler l'eau fraiche sur son corps.

Lia sortit de ce souvenir, encore si récent, pour jeter des coups d'œils curieux aux alentours. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnes qui piétinaient, tout comme elle, ne paraissaient guère incommodées par la chaleur écrasante des lieux, pas même Me'cko. Il se tenait droit, l'air imperturbable. Il semblait cumuler à lui seul tous les trésors de patience de l'univers. Lia savait que cela ne voulait rien dire. Le turban qui enserrait le crâne du gardien dissimulait ses oreilles. C'est par elles que l'on pouvait voir les émotions des Oléans. Lia essuya la sueur qui envahissait son front. Brusquement, un bruit assourdissant retentit. Il venait de l'extérieur. Aussitôt, Me'cko attrapa la jeune humaine et l'attira derrière lui, en posant sa main sur la garde de son cimeterre. Alertée, Lia demanda :

— Qu'est-ce que c'était ?

Il répondit :

— Une bombe sans doute.

L'Oléan se détendit et continua à avancer. Lia, pour sa part resta sur ses gardes. Ses yeux clairs se promenaient sur les gens qu'elle côtoyait dans cette immense salle. Comme sur les quais, différentes nations stellaires s'y croisaient. L'adolescente repéra quelques insectoïdes, avec leurs masques respiratoires si caractéristiques. Un couple de Progeï également, leur carnation olive l'interpella, elle ne put déterminer si elle les trouvait laids où pas. Lia se rappelait en avoir remarqué au monastère, Quelques individus qui n'étaient pas restés. D'après les dires de l'ancienne, à l'époque, cette race était hermaphrodite. La jeune fille repéra quelques Epalas. Leurs mines arrogantes l'incita à se rapprocher de Me'cko. Elle baissa les yeux, en priant l'Omniscient qu'il ne la remarque pas. La jeune fille cessa de regarder autour d'elle, elle resta ainsi jusqu'à la fin de l'attente...

*

Quand ils furent enfin devant le guichet, la femme Haloj qui se trouvait derrière, s'exclama aussitôt en fixant Lia :

— Une humaine ? Comme c'est inattendu !

Elle toisait Lia avec condescendance. L'Oléan demanda :

— Cela pose-t-il un problème ? Vous accueillez tout le monde ici ? N'est-ce pas ?

— Oui, toutefois, très peu d'humains. Elle vous appartient ?

Sans se troubler, Me'cko répondit :

— Mon aïeule Le'olin An te'o s'est occupée d'elle jusqu'à son décès, il y a quelques jours.

En entendant le nom prestigieux du plus puissant Karia de la race maîtresse de la galaxie, la femme se répandit aussitôt en civilités obséquieuses :

— Très noble seigneur ! C'est un honneur de vous accueillir sur notre modeste planète. Veuillez recevoir toutes mes condoléances pour la mort de votre parente et...

Elle continua ainsi, jusqu'à ce que Me'cko, agacé par ce flot de paroles mielleuses et écœurantes, l'interrompe sur un ton autoritaire :

— Cela suffit !

Aussitôt, elle se tut. Satisfait, l'Oléan reprit :

— Je n'ai pas de temps à perdre. Hâtons-nous, je vous prie, de régulariser la situation de cette jeune humaine.

Elle obtempéra. Puis demanda :

— Combien de temps restez-vous ?

— Je partirai dès que possible. Pour ce qui est d'elle, il lui faut un certificat de résident permanent !

Elle sursauta avant de s'étonner :

— Vous l'affranchissez ?

— En effet !

— Et vous la laissez seule ici ?

La femme, bien que n'éprouvant guère de compassion pour son prochain, était choquée. Sans se troubler, il déclara :

— Cela vous pose un problème ?

— Cette faible créature ne survivra pas plus de quelques heures ici ! Il aurait été plus charitable de la tuer vous-même !

Il rétorqua :

— Je n'ai pas à justifier les décisions de mon Karia !

Elle n'insista plus, et débuta enfin les formalités.

*

Me'cko quitta le guichet, Lia sur ses talons. Il la conduisit vers des sièges. Là, il lui ordonna :

— Assieds-toi !

Elle se laissa tomber sur une chaise. Elle était accablée. L'Oléan le remarqua, mais ne dit rien à ce propos. Il lui confia la carte magnétique que la fonctionnaire des douanes avait fabriquée pour elle. Il dit en même temps :

— Il s'agit des seuls papiers dont tu disposes. Fais-y très attention. Ne les perds jamais.

Elle s'en saisit en hochant la tête, mais en se taisant. Il hésita puis demanda :

— Ça va ?

Elle leva brusquement ses yeux clairs sur lui et répondit :

— Vous allez m'abandonner sur cette abominable planète. Alors, à votre avis, comment je vais ?

Il eut un mouvement de recul. Une vague de chagrin le saisit. Il avança une main vers elle et la posa sur ses cheveux roux. Elle s'écarta aussitôt en s'exclamant :

— Ne me touchez pas !

La jeune fille tremblait à présent. Ses émotions, une fois encore, menaçaient de la vaincre. Elle s'efforça de les dominer. Elle redressa les épaules. Me'cko restait silencieux. Il ne savait plus ce qu'il devait faire. Soudain, la voix froide de Lia s'adressa à lui :

— Partez ! Allez-vous-en ! Ne restez pas ici ! À quoi bon vous attarder, puisque votre choix est fait. Assumez-le jusqu'au bout !

Stupéfait, il s'exclama :

— Parfois tu t'exprimes comme mon aïeule.

— Elle a été mon enseignante, mon mentor... ma mère...

Sa voix se brisa, elle réitéra :

— Je vous en prie, allez-vous-en !

Il hocha la tête. Puis déclara, en fouillant dans sa poche :

— D'accord, mais avant je voudrais que tu acceptes ceci.

Il sortit un portefeuille en cuir brillant, il l'ouvrit, en extirpa plusieurs billets et les glissa dans le sac de Lia en disant :

— C'est tout ce que j'ai sur moi !

Il rangea le portefeuille et conclut :

— Adieu Lia...

Il s'éloigna d'elle en direction des quais. La jeune humaine le suivit des yeux en pleurant, cette fois, elle était vraiment seule.

Au moment où elle était arrivée avec l'Oléan vers la rangée de chaises, une créature singulière les avait observés : un kéjo qui fouillait dans une des poubelles lorsqu’il les vit. Ni la jeune humaine ni Me'cko ne l'avaient remarqué.

Comme tous les Kéjos, il bénéficiait d'une ouïe très fine. De loin, il semblait assez proche des humains. Cependant, quand on se rapprochait de lui, on remarquait la fine fourrure bleu marine qui recouvrait sa peau. Ses yeux, en amande d'une belle couleur orangée, à la pupille fendue, fonctionnaient comme celles des chats, il était nyctalope.

Les Kéjos partageaient avec les humains un autre point commun : Ils étaient considérés comme une sous-race. Donc le Kéjo observait la jeune humaine. Soudain il laissa tomber sa poubelle, pour s'avancer vers elle. Cependant, elle pivota brusquement vers lui. Il lui fit signe. Lia prit peur, se leva brusquement et presque en courant se dirigea vers la sortie de l'astroport.

Le Kéjo, surpris par la réaction de l'humaine, resta immobile. À cet instant, un employé de l'astroport s'avança rapidement vers lui, en vociférant :

— Tu es encore là, fouilleur d'ordures ? Je t'avais dit de ne pas revenir ici. Fiche le camp avant que j'envoie les Luppulo à tes trousses.

Il ne se le fit pas dire deux fois. Il s'empressa vers la sortie, celle-là même qu'avait empruntée Lia.

*

Pendant ce temps, la jeune humaine arrivait devant les bâtiments de l'astroport. Des véhicules hétéroclites envahissaient une large avenue, ils circulaient sur un revêtement surchauffé et collant, des odeurs pestilentielles de fumées dues aux rejets des pots d'échappements la prenaient à la gorge.

Elle toussa. Sur ce monde, on utilisait encore les énergies fossiles, ce qui n'était pas la norme dans le reste de la galaxie. Perdue et désorientée, Lia regardait de tous côtés sans savoir où aller. En définitive, elle prit une direction au hasard. Sur sa gauche, un panneau marquait en langue Oléanne : Centre-ville.

Elle marcha plusieurs minutes en essayant de se frayer un chemin parmi les piétons de toutes races, qui encombraient le trottoir. Fort heureusement, la plupart d'entre eux déambulaient sans réellement faire attention à elle. Lia tenait son sac serré contre elle. Finalement, elle se laissa conduire par le flot ininterrompu de personnes qui circulaient. À son insu, le Kéjo la suivait...

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