CHAPITRE 9

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Système planétaire d'Albora – 15 heures plus tard

Le canal de navigation rejeta le petit véhicule spatial de Me'cko aux alentours d'Albora. Cependant, le navire évita d'un cheveu un vieux satellite déglingué et rouillé. Il gravitait tant bien que mal autour du seul monde habitable du coin. L'Oléan maugréa :

— Cet endroit est pire que jamais ! Une vraie décharge !

L'écran se déploya, révélant Haloj, Une sphère au trois quarts couvert d'eau dont l'unique continent se situait sur l'équateur. Une planète magnifique s'offrait au regard de Me'cko. Son camaïeu de vert, brun et bleu la faisait apparaitre comme un paradis, ce qui était loin d'être le cas.

L'Oléan se détourna de l'écran, avant de déconnecter le pilote automatique et de passer en conduite manuelle. À ce moment-là, le poste de communication grésilla, puis une voix désincarnée annonça :

"À la suite d'incidents indépendants de notre volonté, les services d'assistance de l'astroport de Haloj ne sont pas en mesure actuellement de vous autoriser à débarquer. En attente d'informations complémentaires, vous êtes priés de patienter. "

Les yeux gris du gardien fixèrent de nouveau la projection du système. Juste devant son navire, un nombre incalculable de véhicules stellaires étaient à l'arrêt. La plupart orbitaient sans problème. Toutefois, il en restait quelques-uns qui cherchaient encore une place dans un espace forcément très encombré. Habilement, Me'cko parvint à engager sa nef, entre un cargo sans signes distinctifs à la carlingue bosselée et constellée de taches de rouille, et un yacht stellaire privé Epala, dont la présence n'étonnait qu'à moitié l'Oléan. Il pensa : "Encore un oisif richissime qui vient chercher là des plaisirs inédits et interdits."

Par une association d'idées pas vraiment surprenante mais glaçante, Me'cko pensa à Lia. Une vague de culpabilité le submergea, pas assez forte, néanmoins, pour qu'il désobéisse à Sa'kri An te'o. Il espéra donc qu'elle ne rencontrerait pas un de ces Epalas pervertis et cruels. Lia, justement, lui demanda :

— On est arrivés ?

Elle venait à peine de se réveiller. Sans cesser de manœuvrer son vaisseau, il lui répondit :

— Oui, mais nous ne pourrons pas débarquer dans l'immédiat. L'astroport sur la planète nous a mis en attente...

Lia quitta la couchette où elle avait dormi, pour s'avancer vers le guerrier :

— Que se passe-t-il ?

— Je suppose qu'une fois encore le gouvernement local a été renversé et qu'une confusion totale règne en bas. C'est assez fréquent ici.

L'adolescente s'installa sur le siège à côté du sien sans répondre. Il la regarda fugitivement et lui demanda :

— Tu te sens reposée ?

— Ça va...

Lia détourna la tête. Me'cko ne chercha pas à lui parler davantage. Elle récupéra son sac, et plus pour s'occuper qu'autre chose, renversa son contenu sur ses genoux et examina ce qui représentait toute sa richesse. L'Oléan, pendant ce temps continua à zigzaguer parmi les véhicules spatiaux à l'arrêt...

*

La chance lui permit de dénicher une place, entre un vaisseau humanitaire Klôs, (une des races siégeant au C.E.M.), et un croiseur militaire Lspwsto. Une fois sa petite nef en orbite, et il ne lui restait plus qu'à attendre. Me'cko se tourna vers Lia. Celle-ci tenait au bout de ses doigts une chaîne métallique dorée aux maillons d'une finesse incomparable. Elle soutenait une médaille gravée d'un personnage ailé. Sur l'autre face, il y avait une inscription transcrite dans un langage inconnu. Lia déclara soudainement :

— La Révérende m'a donné ce bijou il y a quelques semaines, elle m'a dit qu'il m'appartenait, que je l'avais avec moi quand je suis arrivé au monastère.

Me'cko se taisait. Sa gorge était serrée. En fait, il avait très bien reconnu la chaîne et la médaille, puisque le jour où son aïeule avait trouvé Lia, il était avec elle. Le bébé d'alors portait ce bijou.

La jeune humaine l'observait, comprenant qu'il reconnaissait l'objet, elle demanda :

— Vous l'avez déjà vu, n'est-ce pas ?

Le gardien ouvrait la bouche pour répondre, quand une sonnerie venant de son poste de communication retentit. Me'cko se détourna de Lia. La même voix monocorde sortit du vocable :

"L'astroport de Haloj est à présent en mesure de vous accueillir. Cependant, le nombre très important de véhicules stellaires actuellement en orbite et à l'arrêt nous contraint à vous faire patienter. Votre temps d'attente est estimé à 6 heures 5 minutes et 13 secondes au minimum. Nous sommes désolés des désagréments qui en découlent. "

Dépité, Me'cko se détourna et reposa ses yeux sur sa jeune passagère. Celle-ci ne le regardait plus. Apparemment, elle avait renoncé à obtenir une réponse à sa question. Il soupira et prit alors son mal en patience !

*

Dix heures plus tard Me'cko put, enfin, descendre vers la planète et ancrer son navire à l'un des quais de l'astroport de Haloj. Quand ce fut fait, il pivota vers la jeune humaine en annonçant :

— Eh bien, nous y sommes !

Presque suppliante, elle répliqua :

— Je vous en prie, Me'cko An te'o, vous pouvez encore changer d'avis !

— Tu sais bien que non, et même si c'était le cas, qu'est-ce que je pourrais faire de toi ?

— M'emmener avec vous et me prendre sous votre protection. Vous en avez le pouvoir !

Suppliante, elle désigna la broche toujours accrochée à son vêtement, elle ajouta :

— Votre aïeule a fait de moi sa fille spirituelle, nous sommes donc apparentés ; vous pouvez me protéger, il vous suffit de le vouloir.

Troublé, il l'envisagea un bref instant. Cependant les conséquences à venir, forcément désastreuses le freinèrent, une fois encore. Songeant qu'il n'était pas comme son aïeule, un religieux,il ne pouvait pas se permettre d'aller contre les ordres de son Karia ; Il secoua la tête en disant :

— Je ne le puis, hélas !

Elle s'écria presque en larmes :

— Mais, je suis de votre Karia, que vous le vouliez ou non ! Comment pouvez-vous m'envoyer à la mort en sachant cela ?

Des larmes de rages perlaient à ses paupières. Elle se rua sur lui et se mit à le frapper avec toute la force de ses poings en hurlant tel un leitmotiv :

— Vous me devez protection, vous me devez protection, vous me devez protection !

Puis elle s'écroula à terre, vaincue et le corps secoué de sanglots...

S'efforçant, non sans peine, de rester stoïque, il dit à la jeune humaine sur un ton froid :

— Essaie de garder un peu de dignité Lia et relève-toi.

La jeune humaine eut l'impression d'un électrochoc. Elle se remit sur ces pieds, essuya son visage maculé de larmes, en disant sur un ton ferme :

— Vous avez raison, Me'cko An te'o. Mon attitude n'est pas digne...

Elle ajouta :

— Je suis prête.

Satisfait, l'Oléan demanda :

— Où est ton sac ?

La jeune humaine le chercha des yeux avant de l'apercevoir près de la couchette. Elle alla le chercher. Comme il s'était à moitié renversé sur le sol, elle remit rapidement ses affaires à l'intérieur. En revenant près de Me'cko, elle répéta:

— Je suis prête.

L'Oléan se détourna, il l'entendit se moucher et renifler, mais refusa de se laisser attendrir. Il ouvrit le sas de son véhicule, l'échelle de coupée se déploya. Me'cko l'emprunta. La jeune humaine rassemblant tout son courage, l'imita.

*

Une touffeur presque insupportable les accueillit sur le quai. Un soleil de plomb brillait dans un ciel turquoise sans nuage. Une foule cosmopolite se pressait sur les quais où était amarré, entre autres, le véhicule spatial de Me'cko. Toutes les races de la galaxie y étaient représentées et pas seulement celles qui siégeaient au C.E.M. : Progeï, Klôs, Lspwstos et d'autres encore.

Étourdie, Lia regardait de tous côtés. Elle n'avait jamais vu autant d'individus rassemblés à un même endroit. La jeune fille suivit des yeux une étrange créature, juché sur de longues pattes orangées, son corps, muni de bras préhensibles, était couvert de plumes bleu-roi. Sa tête perchée sur un long cou qui ne manquait pas d'élégance, s'ornait d'une aigrette rouge vif, de larges yeux vert et globuleux pivotèrent brièvement vers l'adolescente puis se détournèrent, le bec orangé et court claqueta, La créature s'éloigna....

Lia oubliant sa peur, son chagrin, son ressentiment, d'être bientôt abandonnée à son sort sur cette planète, demanda au gardien avec curiosité :

— Je n'ai jamais vu une telle personne, à quelle nation appartient-elle ?

Sur un ton un peu agacé, Mec'ko répondit :

— C'est une Olehir.

Il devança une autre interrogation en lui ordonnant :

— Dépêche-toi, je dois encore régler ta situation administrative à la douane.

Il la tira par l'une des manches de sa robe afin de l'inciter à le suivre. Résignée, Lia lui emboîta le pas. En arrivant effectivement au poste de douane, une mauvaise surprise les attendait. De longues files de personnes attendaient devant les guichets. Contrarié, l'Oléan se dit : "Cette planète est vraiment le pire de ce que l'on peut trouver dans cette galaxie."

En même temps qu'il pensait cela, il se rappela qu'il était prêt à laisser une créature sans défense et innocente sur ce monde épouvantable. Cela l'accabla. Que pouvait-il y faire ? Puis il se dit qu'au moins il devait faire en sorte, qu'elle ait une arme pour se défendre. Il sortit de sa botte une dague effilée. Il se tourna vers la jeune humaine, puis lui tendit la dague en disant :

— Mets ceci dans ton sac.

Éberluée, elle fixa ce présent singulier, qu'il lui offrait, elle refusa ensuite :

—Je ne peux pas accepter.

— Pourquoi ?

— L'Omniscient interdit la violence.

Ses lèvres s'étirèrent et il rétorqua :

— Et que fais-tu de toutes ces religieuses au monastère, qui étaient prêtes à te tuer elles-mêmes. Crois-tu qu'elles se soient interrogées sur les désirs de l'Omniscient ?

Décontenancée, elle se taisait. D'autorité, Me'ckor glissa la dague dans le sac de Lia. Elle le laissa faire. Satisfait, il la tira de nouveau par la manche afin de la faire avancer ; la file lentement, trop lentement diminuait... d'interminables heures d'attente, débutaient à peine.

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