CHAPITRE 8

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Pour rejoindre le quai d'arrimage, Lia dût emprunter le couloir desservant les cellules, un salon de repos, la salle des hublots, le déambulatoire et longer le jardin. Tout ceci sous les regards hostiles des novices et des religieuses. Son calvaire se poursuivit quand elle passa par les quartiers réservés aux gardiens du monastère.

Tous portaient l'uniforme de l'armée Oléanne, cependant les Epalas représentaient la moitié des effectifs. Lia dut marcher sous le regard de ces êtres réputés pour leur cruauté. Sentir leur hostilité couler d'eux comme un venin dans sa direction sembla presque insurmontable à la jeune fille, ainsi l'arrivée au quai la délivra. Durant tout ce trajet, le gardien était resté dans ses pas en conservant le silence. C'est ensemble qu'ils entrèrent dans une nef stellaire.

Lia se laissa tomber sur l'un des sièges de l'habitacle exigu du navire spatial. Fermant les yeux, l'adolescente étouffa un sanglot. Me'cko sans un mot, s'installa sur le siège à côté d'elle, il endossa et boucla son harnais de sécurité. Ensuite, fixant fugitivement la jeune fille et sur un ton abrupt, il lui ordonna :

— Attache-toi.

Elle frémit légèrement, avant de le fixer, éberluée. En même temps, la demoiselle serrait sur son cœur le sac contenant ses maigres possessions. L'Oléan comprit à quel point elle semblait perdue. Une grande tristesse l'envahit. Dissimulant ses émotions, il dit encore d'une voix moins âpre :

— Glisse tes affaires dans la trappe devant toi et mets ton harnais. Sinon quand nous aurons décollé, tu flotteras dans la cabine comme les fleurs d'Ozélia au printemps.

Posant son ballot à l'endroit indiqué, elle répondit sur un ton laconique :

— Il y avait un Ozélia dans le jardin. La Révérende n'est jamais parvenue à le faire fleurir.

L'adolescente leva ses yeux clairs sur Me'cko. Celui-ci remarqua les larmes qui coulaient sur les joues pâles de la jeune humaine. Cela lui brisa le cœur, l'Oléan s'efforça d'ignorer cette émotion. Sans un mot, il l'aida à passer le harnais. Lia, vaincue par le chagrin, se laissa faire en pleurant silencieusement. Me'cko termina de boucler sa ceinture et se détourna d'elle. Pour mettre en route la console de pilotage, il poussa un levier, effleura le clavier translucide de ses doigts habiles et composa un code de déverrouillage. Le petit véhicule se mit à vibrer et ronronner tel un chat. Les alentours du quai se dépressurisèrent. Le Dôme au-dessus d'eux s'ouvrit. La nef s'éleva sans effort, avant de pivoter à la verticale, puis de s'élancer vers l'espace piqueté d'étoiles. Une sensation d'écrasement envahit Lia et cessa aussitôt. Ses cheveux roux flottaient à présent autour d'elle. Me'cko venait de couper la propulsion.

L'Oléan enclencha les fusées directionnelles de son véhicule qu'il plaça dans l'axe du soleil d'Ethéry, il appuya sur quelques touches. Deux trappes s'ouvrirent de part et d'autre de la nef, des voiles solaires se déployèrent. Me'cko vérifia leur parfait alignement avant d'enclencher les capteurs dont elles étaient couvertes. Dès lors les voiles capturèrent les ondes invisibles de l'astre tout proche. Me'cko ne touchait plus rien, il se contentait de surveiller la jauge indicatrice du réservoir à énergie. Quand elle arriva à la moitié, il coupa les capteurs en murmurant pour lui-même : "Cela devrait suffire pour arriver jusqu'à Albora."

Lia tourna brusquement la tête vers lui. À l'extérieur, les voiles se repliaient et les volets se refermaient. Me'cko enclencha la propulsion. La gravité se rétablissant, la chevelure de Lia retomba sur ses épaules. L'Oléan programma la route, la confirma, les moteurs luminiques prirent le relais. Le canal de navigation s'ouvrit devant la nef, l'aspira et se referma. L'espace retrouva son calme. Dans le monastère, on oubliait déjà Lia.

*

Dès que le véhicule fut aspiré dans le couloir, Me'cko déboucla son harnais, en permettant à sa jeune passagère :

— Tu peux te détacher.

Le gardien remarqua son regard désapprobateur et l'entendit dire :

— Je vais mourir là-bas.

— De quoi parles-tu ?

— Vous venez de dire que nous nous rendions dans le système d'Albora. Vous allez me déposer sur la planète des Halojs, n'est-ce pas ?

Il ne put le nier. Lia reprit :

— Alors, je vais mourir là-bas ! Il n'y a que des bandits, des meurtriers et des trafiquants.

Lia renifla et essuya ses larmes d'un revers de bras rageur. Me'cko, mal à l'aise se taisait. Puis il tenta de biaiser :

— Qu'est-ce que tu en sais ?

— La Révérende ne m'a pas enseigné que les mystères de l'Omniscient durant toutes ses années. Elle m'a aussi appris certaines langues, les mathématiques, un peu de physique et surtout l'histoire politique, sociale et économique des peuples de la galaxie. L'histoire ancienne et contemporaine... Je sais donc que la planète Haloj est un monde instable politiquement et économiquement. Cela même s'il reste partiellement attaché au C.E.M. sur le plan administratif.

Une fois de plus, le gardien ne sut que dire. En désespoir de cause, il déclara :

— Je suis contraint de t'emmener là-bas.

— Vraiment ?

— On ne me laisse pas le choix, Lia.

— On a toujours le choix.

— Ça, c'est toi qui le dis, petite.

Elle rétorqua :

— Non, c'est l'Omniscient, dans l'Omlipie.

Stupéfait, l'Oléan la contempla, elle détourna la tête. Me'cko comprit qu'elle ne voulait plus lui parler. Il respecta son mutisme et se concentra alors sur la console de navigation.

*

À des millions de parsecs de là - Frontière Lspwsto-humaine

La centrale de raffinage tournait régulièrement autour d'un astre moribond qui n'en finissait plus de se consumer. La civilisation Lspwsto savait parfaitement, depuis des millénaires, récupérer l'énergie, où qu'elle soit. Personne ne leur contestait ce savoir-faire et bien sûr, personne n'osait s'attaquer à leurs immenses complexes de transformation. Les autres peuples de la galaxie auraient trop à y perdre. Seulement, les choses évoluaient, la sécurité des installations devenait aléatoire.

Depuis plusieurs mois, le nid central de Lorrsitw dépêchait des patrouilles de sécurité supplémentaire sur les sites sensibles, en pure perte. Le commandant Sxirttz le savait, en acceptant sa mission : protéger l'une des plus importantes centrales d'énergie de la galaxie. Cependant, il devait obéissance et loyauté à la reine Yjilsv, il étouffait donc ses doutes. Après avoir dispatché ses intercepteurs autour du lieu d'exploitation, l'insectoïde, immobile sur la passerelle de son navire, patientait. Avec inquiétude, il ne lâchait pas l'écran radar de ses yeux à facettes, en tentant d'interpréter les échos qui apparaissaient par intermittence. Ses antennes s'agitaient dans tous les sens, captant et émettant des phéromones de communication en direction de son équipage. Le transmetteur olfactif de la console les envoyait aux intercepteurs. Son second, raide à ses côtés, osa émettre :

— C'est calme.

Sxirttz reçut cette affirmation olfactive avec circonspection. Il répondit :

— peut-être bien.

Au moment où il s'exprimait, plusieurs canaux de navigation s'ouvraient devant la proue du bâtiment Lspwsto. Les insectoïdes présents sur la passerelle s'affolèrent... De monumentaux croiseurs de combats surgirent brusquement devant eux.... Sans attendre, ils firent feu sur la nef du commandant Sxirttz...

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