CHAPITRE 6

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Un tintement bref suivi d'un grésillement apprit à Me'cko que le contact s'établissait. Ses mains caressèrent très rapidement le clavier. L'Oléan s'arrêta et attendit encore... Une résonance, un phototype tremblotant se déployant juste au-dessus du clavier, le gardien effectua quelques réglages ; l'image se transforma, évolua, se clarifia pour, enfin se stabiliser. Me'cko inclina la tête en déclarant avec emphase :

— Mes respects, Sak'ri An te'o, Suprême incontesté du Karia An te'o.

Plus simplement, son interlocuteur répondit :

— Ah ! Heureux de vous entendre, Me'cko. J'espère que vous venez m'apprendre que notre petit problème au monastère est réglé ?

— Au contraire, les choses se sont compliquées.

Mécontent, l'allocutaire exigea sèchement :

— Expliquez-moi ça !

— Je n'ai pas pu procéder à l'exécution.

Un long sifflement jaillit de l'image déployée au-dessus du clavier. Le gardien remarqua que les oreilles effilées de son parent s'agitaient furieusement, ses pupilles anthracite étincelaient. Cette réponse l'avait mis en colère. Me'cko, qui gardait son calme, ne regrettait pas la distance qui les séparait, dans le cas contraire il l'aurait cassé en deux. Cependant, le Suprême se reprit :

— J'espère que vous avez une bonne explication à ce non-sens, Me'cko !

— Oui, Suprême.

Sans attendre, il la lui donna. Quand il eut terminé, Sak'ri déclara :

— Vous auriez dû passer outre !

— Et insulter l'Oclé'o ?

— Quand bien même !? Quelle valeur donner à l'Oclé'o quand il est offert à une humaine.

— Mon aïeule a connecté l'artefact au système bio électrique de Lia. Elle n'y serait pas parvenue si l'esprit de l'humaine était aussi simple et frustre que nous le croyons tous.

Le gardien vit Sak'ri sursauter avant de lui jeter :

— Prenez garde Me'cko, vos propos frôlent l'hérésie, que dis-je, ils sont hérétiques !

Le gardien n'ajouta rien d'autre. Il ne s'excusa pas pour autant. Cependant, son interlocuteur retrouvait son calme, il réfléchissait. Soudain, il reprit la parole :

— Je vais prendre conseil auprès du Karia. Restez en ligne.

L'image disparut, un grésillement la remplaça, preuve que la communication n'était pas interrompue. L'Oléan patienta.

*
Assise près du hublot, Lia, cette fois, n'admirait pas les étoiles. La novice manipulait l'Ocléo, souhaitant comprendre comment il fonctionnait. Elle Scrutait les pierres, les couleurs, les formes, cherchait une source d'énergie quelconque, en vain.

À ses yeux, ne s'offrait qu'un bijou, œuvré dans un métal mordoré et orné de joyaux scintillants. Dépitée, Lia agrafa la broche sur son vêtement et retourna s'étendre sur son lit où elle s'enveloppa du plaid coloré, restant totalement sereine, convaincue que l'Ancienne, depuis la demeure de l'Omniscient, la protégeait. Elle se détendit tout à fait, ferma les yeux et s'endormit profondément.

*

Système planétaire d'Oléannis - Lieu originel des Oléans - Siège principal du Conseil Étatique Multiple

Sak'ri An te'o, passa plusieurs appels en direction des membres de son Karia autorisés à siéger à l'hémicycle. Fort heureusement, tous s'y trouvaient déjà. Cela s'expliquait : le CEM traversait une période de turbulence.

Depuis plusieurs semaines, les nations stellaires autorisées à voter, ne trouvaient plus de consensus, ce qui contraignait Sak'ri à rester sur place durant de longues périodes. Au grand dam de son épouse, qui ne dissimulait plus son mécontentement. Il n'avait pas le choix, étant le représentant de la chambre Oléanne, mais également le président du conseil, c'est lui qui mettait de l'ordre dans le chaos des débats, ce qui n'était pas une sinécure. Pour l'heure, les remous existants de l'Hémicycle représentaient le dernier de ses soucis. Me'cko venait de lui apporter un problème qui transcendait tous les autres.

Le suprême maudissait en son for intérieur le nom de Le'olin An te'o. Cette femme, autrefois farouche partisane de la ségrégation raciale, avait renié tous ses principes pour élever une humaine. Cela le mettait dans une rage folle. Cette hérétique, en clamant haut et fort que les humains n'étaient ni meilleurs ni pires que les races supérieures, avait failli détruire la crédibilité du Karia.

En apprenant sa mort, une réelle jubilation avait saisi Sak'ri. Avec empressement, il avait ordonné à Me'cko d'exécuter Lia. Pour le suprême, l'humaine symbolisait un précédent fâcheux qui risquait d'anéantir l'ordre établi. Il ne se doutait pas qu'au-delà de la mort, Le'olin permettrait à sa protégée de survivre. Un pied de nez dans la direction de Sak'ri, pourtant il ne comptait pas abdiquer pour autant.

Pour agir, le suprême devait obtenir l'aval du Karia. Ainsi, marchait-il en direction d'une salle de réunion. Son pas était vif et martial, une unique pensée l'habitait : "Le'olin An te'o, tu n'as pas encore gagné."

*

Il semblait à Sak'ri qu'il écoutait les différents avis contradictoires sur le sort futur de la jeune humaine depuis une éternité. Lui qui pensait qu'ils se rangeraient à son opinion se trompait lourdement.

Sur les vingt-cinq membres consultatifs du Karia, plus de la moitié pensaient qu'il ne fallait absolument pas passer outre la signification rituelle de l'Ocle'o, un quart n'avait pas d'opinion (en réalité, ils s'en moquaient éperdument), et le reste épousait l'avis de Sak'ri. Tout ce beau monde lançait au-dessus de la tête du Suprême des invectives parfois très imagées. Rien que de les écouter, Sak'ri se sentait épuisé, à bout de patience.

Soudain, une voix domina les autres. Celle d'une femme encore jeune certes, mais au caractère bien trempé et surtout dévote et très pratiquante. Elle expliquait à un Oléan au corps replet et au regard excédé :

— Il importe peu que Le'olin ait offert l'Oclé'o à une humaine. Elle l'aurait bien donné à une amibe que cela aurait été la même chose. Sa signification doit être respectée.

Le Suprême se leva brusquement :

— Cela suffit à présent, taisez-vous, ou je vous fais tous expulser du Karia.

Le visage du Suprême restait impassible, mais l'agitation de ses oreilles et l'éclat de ses yeux gris prouvaient qu'il ne plaisantait pas. Un grand silence s'installa. Satisfait Sak'ri reprit :

— Quelqu'un est-il capable de me proposer une solution intermédiaire ?

Les Oléans se regardèrent les uns les autres avec perplexité. Ils se taisaient. Le Suprême eut peur, cette fois, d'être arrivé dans une impasse. Soudain, un jeune Oléan demanda la parole. Son teint était d'un gris très clair, il portait sur son crâne un turban qui prouvait qu'il venait des forces armées oléannes et qui dissimulait ses oreilles. Son nez busqué était peu imposant et sa bouche n'était qu'une ligne fine, dont on devinait à peine les lèvres ; ses yeux étaient si foncés qu'ils paraissaient presque noirs.

Il venait à peine de rejoindre le Karia dirigeant et donc la chambre Oléanne. Sak'ri lui donna la parole :

— Nous t'écoutons, Fak'vo An te'o.

Il se leva et déclara :

— Il n'est pas question qu'un Oléan prenne la vie de l'humaine. Par contre, rien ne nous empêche de placer cet être dans un environnement suffisamment dangereux pour qu'elle disparaisse sans que notre responsabilité soit engagée.

— Développe ton idée.

— Qu'elle soit débarquée sur un monde instable politiquement et socialement. Bien sûr, il faudra qu'il soit un peu éloigné des routes stellaires habituelles. Sur une telle planète, elle ne survivra pas longtemps. Notre parente ne l'a-t-elle pas douillettement gardée à l'abri des dangers durant des années ? Ce qui l'a rendue fragile.

Un silence suivit cette proposition. Les regards des membres du Karia fixaient Sak'ri. Celui-ci réfléchissait. Au terme d'un court moment, il déclara :

— Soumettons ton idée à l'approbation de tous.

Un vote à main levée fut choisi. À la suite de celui-ci, la proposition de Fak'vo fut acceptée à une écrasante majorité, et le sort de Lia en fut jeté.

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