CHAPITRE 4

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Le calme régnait sur le monastère orbital d'Éthéry.

Les rites de l'affliction, consécutifs au décès de l'Ancienne débutaient.

Ils dureraient jusqu'au cérémonial de l'Embrasement.

La Première serait alors incinérée ; ses cendres divisées et versées dans plusieurs fioles. Les Oléans les nommaient : crialys. Ces crialys seraient envoyés au Karia originel de l'Abbesse.

Lia, du fond de sa cellule, songeait à tout ceci et à bien d'autres choses. Elle n'en bougeait plus depuis le jour terrible de la mort de Lé'o'lin.

À tout moment, l'adolescente craignait qu'on ne vienne la chercher, même si elle savait que rien ne se passerait avant la fin du deuil.

Le repos, le sommeil la fuyait. Se nourrir ? Son estomac se rebellait et rejetait une nourriture qu'il assimilait d'ordinaire.

Cependant, la novice continuait à se laver, se changer si besoin, et surtout effectuer ses devoirs envers l'Omniscient.

Quand elle entendait la cloche appelant les moniales à rallier le temple pour le prêche, Lia s'agenouillait sur le sol et procédait aux rituels requis en ces circonstances.

Le plus souvent, Lia restait de longues heures devant le hublot à contempler les astres lointains. Elle les fixait jusqu'à ce que ses yeux la brûlent, ou qu'elle tombe de fatigue.

La jeune fille s'assoupissait quelques minutes, juste le temps qu'un cauchemar épouvantable la saisisse et la réveille.


Ce qui ne tardait jamais.

Son esprit demeurait constamment sur le qui-vive.

Épuisée, physiquement, moralement, elle craignait à tout instant de sombrer dans la folie.

Ne pas savoir ce qui allait advenir, ou plutôt quand, était pire que tout.

Seule sa foi lui permettait de tenir.

Neuf jours s'écoulèrent ainsi. Au matin du dixième, Lia s'éveilla en nage près du hublot. Prenant sur elle, la novice, d'un pas incertain, quitta son siège pour s'approcher des sanitaires. Comme chaque jour, l'adolescente procéda à ses ablutions. Ensuite elle passa des vêtements propres et enfila ses sandales.

Elle renonça à son premier repas de la journée ; son estomac noué par l'angoisse n'y aurait pas plus résisté que les autres matins.

À la place, elle rejoignit sa couchette, attrapa l'Omlipie, l'ouvrit.

Lire les versets du livre saint fut laborieux pour elle.

Sa vue se brouillait, la fatigue la laminait, son corps semblait de plomb.

Elle referma l'ouvrage sacré et le reposa sur le chevet.

Là, ses yeux accrochèrent la broche offerte par l'Ancienne, ses doigts s'en saisirent. L'adolescente la manipula quelques secondes, puis sans savoir vraiment pourquoi, l'agrafa sur sa robe grise.

À ce moment-là, un lointain grondement brisa le silence. Le bruit se rapprocha, se précisa, devint cris et paroles haineuses.

Lia, épouvantée, resta immobile, son visage se décomposa, elle recula vers le mur.

Sa porte se déverrouilla puis coulissa, un Oléan entra dans sa cellule.

Grand et musculeux, paré de l'uniforme réglementaire de l'armée Oléanne, il appartenait à l'escouade des gardiens du monastère.

Derrière lui des religieuses, précédées de la seconde Abbesse, vociféraient des insultes à l'encontre de la jeune humaine.

Celle-ci remarqua sur le haut de la robe noire de la Seconde, les attributs de la Première.

La novice réalisa que les sœurs l'avaient élue à la place de l'Ancienne. La religieuse s'approcha plus près encore, dépassa le guerrier Oléan.

— C'est fini pour toi, l'hérésie que tu représentes va se terminer ici. Vile créature, plus jamais ta présence impure ne souillera ce lieu saint !

Épouvantée, Lia se taisait, son regard clair élargi par les larmes, la terreur et l'incompréhension.

Elle aurait voulu dire un mot ou un autre pour se défendre, mais n'en trouvait aucun.

L'Abbesse l'attrapa par les cheveux et la traîna au milieu de la pièce, Lia hurla, les vociférations des autres redoublèrent... Soudain le gardien Oléan tonna.

— Cela suffit !

Les religieuses reculèrent. Une poignée de cheveux roux dans la main, l'Abbesse lâcha la prisonnière.

L'Oléan se glissa entre elles en s'exclamant sur un ton autoritaire :

— Ce n'est pas à vous de procéder ! Auriez-vous oublié vos vœux de non-violence, toutes autant que vous êtes ?

Cette fois, la Première battit en retraite, toutes franchirent le seuil, mais la porte resta ouverte. Les moniales comptaient bien assister à l'exécution.

Le guerrier Oléan pivota vers Lia. Il sortit d'un fourreau de cuir pendu à sa ceinture un cimeterre à l'éclat sinistre. Les yeux de la jeune humaine s'agrandirent de stupeur. Elle fixa le visage du gardien. Lia se rappela...

Ce soldat escortait souvent l'Ancienne, quand elle devait quitter brièvement le monastère. La Révérende, bien sûr, n'allait pas plus loin qu'Ethéry.
Parfois la doyenne l'emmenait, elle était si petite à l'époque. L'Ancienne ordonnait à l'Oléan : "Porte l'enfant, nous allons trop vite pour elle."

Alors le guerrier la soulevait dans ses bras et la juchait sur ses épaules. Lia riait aux éclats, en s'accrochant au turban noir qui couvrait son crâne. Durant un temps, il avait été pour elle une sorte de père. Puis l'Ancienne avait cessé ses escapades, Lia aussi et elle n'avait plus revu cet Oléan.

La novice chuchota son nom :

— Je sais qui vous êtes Me'cko An te'o.

Aucun frémissement, aucune émotion ne passa sur le visage impassible du gardien. Cependant, Lia remarqua une brève lueur dans les yeux d'argent.

— Je suis désolé.

L'Oléan brandit son cimeterre. Dans un geste de défense bien dérisoire, l'adolescente leva le bras et ferma les yeux. Déjà elle se voyait rejoindre l'Ancienne.

Soudain, Me'cko remarqua le bijou agrafé sur la robe grise de Lia. Surpris, il stoppa son geste. Puis sa bouche s'arrondit. Ce fut la seule réaction visible de sa stupéfaction. Il baissa son cimeterre et le posa à terre, lui-même s'accroupit à la hauteur de Lia, désigna la broche.

— Qui t'a donné ceci ?

— La Révérende Mère.

Me'cko contemplait le joyau.

— Sais-tu ce que ce qu'il représente ?

— Je... L'Ancienne m'a dit qu'il me protégerait.

Un silence s'installa, derrière Me'cko les sœurs s'impatientaient. Elles ne comprenaient pas l'inaction du gardien. Celle qui était la Première osa s'avancer.

— Qu'attendez-vous pour faire votre devoir ?

L'Oléan se releva, faisant face aux religieuses, il déclara sur un ton sentencieux.

— Il n'y aura pas d'exécution aujourd'hui.

Un concert de protestations jaillit de toutes les moniales. D'un geste, Me'cko stoppa leurs récriminations. Quand le silence s'installa enfin, il révéla :

— La Révérende Mère, avant de rejoindre l'Omniscient, a offert à l'humaine l'Ocle'o.

Il désigna la broche qui étincelait sur la robe grise de Lia.

— Vous allez toutes retourner à vos devoirs envers l'Omniscient. Désormais, cette affaire ne vous concerne plus.

La Première se raidit. Sa voix claqua sèchement.

— Il n'en est pas question.

Avant que le gardien n'ait pu l'empêcher, la religieuse franchissait de nouveau le seuil de la cellule pour se précipiter sur Lia. Elle tendit la main vers la broche pour la lui arracher et n'eut le temps que de l'effleurer.

Un arc énergétique jaillit du bijou et frappa la moniale. Celle-ci, projetée en arrière, percuta violemment un mur, avant de s'écrouler sans connaissance face contre terre.

Dès lors, un grand calme s'installa dans la petite pièce...

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