CHAPITRE 3

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Lia s'éveilla en sursaut, un intense sentiment d'alerte l'agitait.

Ses yeux se posèrent sur le cadran lumineux de son chevet.

"La nuit est loin d'être terminée"

Elle se glissa hors du lit.

La jeune humaine frissonna. L'ambiance de la pièce était fraîche.

Elle attrapa son plaid, enveloppa ses épaules, puis alla s'asseoir devant le hublot de sa cellule.

La lucarne ronde donnait sur l'immensité sidérale. Pelotonnée sur un fauteuil crapaud en acier, ses yeux clairs perdus dans la contemplation des étoiles, la novice se laissa aller à la rêverie.

Lia ne connaissait rien de l'astronomie, elle aimait simplement observer cet écrin noir et profond, piqueté çà et là de petits éclats étincelants.

Petite fille, elle pensait qu'il s'agissait de pierres précieuses dispersées par l'Omniscient pour la distraire de son isolement. À cette époque, elle s'imaginait nager au sein de ce sombre velours cosmique, pour y récolter de chatoyants joyaux dans le but de fabriquer des colliers....

Cela rendait son isolement supportable. la jeune humaine avait vécu une enfance très solitaire. Le mépris des autres residentes la tenait constamment à l'écart. De ce fait elle partageait peu la vie communautaire du monastère.

Alors qu'elle réfléchissait, une peur effroyable la happa.

Lia réalisa que si l'Omniscient appelait l'Ancienne, cet abandon tellement redouté serait sien à jamais. Même si elle prononçait ses vœux, avant ce tragique événement.

"Qu'est-ce que je vais devenir ? Avec qui je vais discuter, prier, étudier ? "

Les doutes l'accablaient. Soudain, l'adolescente manquait d'air. Elle serra les poings, ferma les yeux. Ses lèvres se crispèrent. Puis une parole de l'ancienne remonta à sa mémoire.

"Les doutes sont légitimes, ils arrivent comme une mise à l'épreuve, capable de contrebalancer notre foi en l'Omniscient jusqu'à nous le faire oublier."

Ce souvenir la délivra, la terreur se désagrégea, Lia respira de nouveau.

Elle sut avec une clairvoyance totale que l'Omniscient serait constamment à ses côtés.

Quel que soit ce qui l'attendait, il lui suffirait de s'en remettre à lui pour surmonter les obstacles.

Cela lui apporta la paix, elle retourna se coucher.

Elle s'endormit le cœur calme et l'âme sereine.

Une clameur puissante réveilla Lia. Elle se redressa brusquement, et secoua la tête. Les brumes du sommeil qui s'accrochaient encore à sa conscience, s'évaporaient doucement.

Les plaintes se rapprochaient.

Cette fois, elle entendait des mots, des phrases, des lamentations.

La jeune fille tendit l'oreille.

Les paroles et les gémissements devenaient audibles.

Cette fois tout à fait réveillée, elle sentait la compréhension de ces complaintes s'installer en elle.

Cette intelligibilité glaça son sang dans ses veines.

"La Première Abbesse nous a quittés. L'Omniscient a appelé l'Ancienne... L'esprit de la Première vogue vers l'Omniscient." Entendait-elle

Un chagrin incommensurable l'emporta.

Lia posa ses mains devant sa bouche pour ne pas crier.

D'un pas raide, Elle quitta son lit, s'approcha de la porte.

Sa gorge était si serrée ; elle eut l'impression de ne plus pouvoir respirer.

Au prix d'un effort surhumain, l'adolescente parvint à avaler une goulée d'air.

Cela lui fit mal, mais lui permit de reprendre le contrôle de ses émotions.

Lia posa sa main droite sur la commande d'ouverture de la porte, l'enclencha, le battant coulissa...

Elle s'avança prudemment sur le seuil, jeta un œil sur l'étroit couloir qui desservait les cellules des moniales.

Brillamment éclairé, une effervescence sans précédent y régnait.

Les portes s'ouvraient et se refermaient.

Les religieuses et les novices entraient et sortaient.

Certaines effondrées sur le sol, et d'autres levant les bras au ciel se lamentaient.

Point de larmes sur ces visages disparates.

Les pleurs qui jaillissaient si spontanément chez les humains, restaient rares parmi les autres espèces.

Lia aperçut une religieuse Lspwsto, un masque couvrait la totalité de son visage, éprouvait-elle de la tristesse ? Lia n'aurait su l'affirmer.

Cependant la moniale se trainait sur le sol, ses bras chitineux repliés sous elle. On ne voyait que l'extrémité de ses membres antérieurs, qui se terminait par une pince, et non par une main avec des doigts.

Cette créature, physiologiquement très proche des insectes, demeurait un mystère pour l'adolescente.

Elle songeait souvent que Les Lspwstos, plus éloignée en apparence des Oléans que les humains, était acceptée avec ses différences.

Alors que, paradoxalement, les sœurs la voyaient comme un monstre.

Soudain, quelqu'un la remarqua : une novice Epala.

Sa face, entièrement couverte de poils s'ornait d'un nez et d'une bouche qui se confondaient et se terminaient en un petit museau frémissant constamment en mouvement.

Des crocs acérés la garnissaient. La créature gronda dans la direction de la jeune fille.

— Voilà l'hérétique, l'insulte à notre foi !

Le silence s'installa dans le couloir. Pesant, insupportable pour Lia : toutes la regardaient. Elle recula, rentra dans sa chambre. Le battant se referma et se verrouilla derrière elle.

La novice Epala alla apostropha une religieuse Oléanne.

— Nous pouvons agir à présent chère soeur, mettre fin à son existence !

Posément et sans laisser paraître la moindre émotion, l'Oléanne répondit :

— Ce n'est pas à nous d'en décider, mais à celle qui sera élue Première Abbesse à la place de notre regrettée Mère Le'olin.

Une autre religieuse Oléanne intervint.

— Notre sœur a raison. Il sera bien temps, quand l'hommage à la Première sera passé, d'en discuter. Allons mes sœurs, reprenons-nous, allons au temple chanter la gloire de l'Omniscient, afin qu'il permette à l'esprit de Mère Le'olin de se mêler au sien.

Elles se rassemblèrent donc en cortège, deux par deux et entonnèrent le chant funèbre. Lia fut momentanément oubliée.


La novice humaine, en tremblant, se laissa glisser sur le sol. Elle s'adossa à sa porte en songeant que l'Ancienne venait à peine de partir, que l'on criait déjà haro sur sa personne.

Lia se sentait comme un petit animal devant un monstrueux prédateur. Elle ne voyait pas comment s'en sortir.

"Je vais mourir !"

Elle entendit les moniales psalmodier le chant funèbre. Le chagrin l'envahit, la jeune fille pleura doucement, mais se leva. De sa voix claire et poignante, elle chanta aussi.

*******

1) Les Lspwstos

Unique peuple insectoïde du CEM. Les Lspwstos sont les seuls à respirer du méthane. Soumis à un pouvoir monarchique, soudés autour d'une entité nommée le nid dirigé par une reine dont le pouvoir s'étend sur au moins une dizaine de systèmes solaires.

2) Les Épalas

La taille moyenne de ce peuple est variable. Le faciès des Epalas s'apparente à celui d'une musaraigne. Leurs corps sont partiellement recouverts de poils brun-gris.

Peuple à la réputation sulfureuse, les individus sont considérés comme les "porte-flingues" du CEM. On compte parmi eux de nombreux mercenaires qui n'hésitent pas à offrir leurs services au plus offrant.

De nombreux Épalas embrassent une carrière militaire au sein du CEM. Cruels et sanguinaires, leurs mœurs sont toutefois peu connues.

Paradoxalement, certains deviennent des religieux attachés au culte de L'Omniscient.

En règle général, les Épalas sont unanimement détestés par tous les peuples stellaires y compris ceux du CEM.

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