CHAPITRE 2

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Après le cinquième prêche, les sœurs et les novices quittèrent le temple. Chacune d'elles retourna dans sa cellule pour s'y restaurer. Ainsi le voulait le dogme, il était interdit aux moniales de manger devant témoins.

L'adolescente prit soin d'accompagner la Première Abbesse jusqu'à sa porte, ensuite elle retourna chez elle. La cloche du soir retentissait, le cycle nocturne débutait au monastère.

L'humble logis s'éclaira automatiquement quand Lia y entra. La porte coulissante se referma derrière elle. La faible lueur de l'halogène révéla un intérieur dépouillé, parfaitement rangé. Une étroite couchette longeait le mur de gauche. Couverte d'un plaid chatoyant, cadeau de l'ancienne à l'occasion d'un anniversaire, il apportait à ce lieu, une note de couleur et de fantaisie. Le reste du mobilier, une armoire et une table de chevet, s'harmonisaient parfaitement au style spartiate de cet environnement monacal.

S'avançant vers le coin sanitaire, Lia se retrouva devant une minuscule vasque de fer. Elle s'y rinça soigneusement les mains et le visage. Cela fait, elle prépara son dîner.

La novice consomma rapidement la soupe épaisse et gluante constituant son repas du soir. Elle ne s'interrogeait pas sur sa composition. Comme toutes les résidentes, l'adolescente recevait au début de chaque mois, un nombre de sachets suffisants pour tenir jusqu'au début du mois suivant.

Les paquets contenaient une poudre à laquelle il fallait ajouter de l'eau pour obtenir la soupe en question. La saveur, authentiquement fade, ne rebutait ni les religieuses, ni Lia.

Dès son dîner avalé, la jeune fille s'employa à servir l'Omniscient. Elle récupéra l'Omlipie, le livre où était consignée Sa Parole. La jeune humaine ne saisissait pas tout des différents versets, car il était rédigé en Oléan ancien. Malgré tout, elle en comprenait suffisamment pour se recueillir et suivre l'enseignement dispensé par l'Omlipie.

Elle alla s'agenouiller à même le sol, au milieu de la pièce. Lia embrassa le cuir doré de l'ouvrage, l'ouvrit et, pieusement, psalmodia.

Durant une heure, la jeune humaine pria, se recueillit avec dévotion. Ainsi, elle servait l'Omniscient. Sa foi envers lui était profonde et totale. Elle n'avait qu'une hâte : prononcer ses vœux. La cérémonie était prévue pour le lendemain, après le premier prêche du matin. Sa crainte majeure ? Que les autres religieuses trouvent le moyen d'empêcher sa participation à la célébration.

Cette peur, parfois, la submergeait au point de lui donner des nausées. Puis Lia se rappelait, la Première du monastère la protégeait. Ses craintes refluaient, et même si elles sourdaient, la novice parvenait à les oublier.

Ce soir-là, Lia arriva de nouveau à les écarter d'elle. La jeune humaine se releva et enleva la robe rêche et grisâtre qu'elle portait. Ce fut précisément là que deux objets tombèrent de sa poche.

Elle ramassa tout d'abord l'enregistrement offert par l'Ancienne. Les révélations de la première remontèrent à sa mémoire, cela l'attrista. Lia récupéra l'autre objet, cette fois, elle ne le reconnut pas.

Il s'agissait d'un bijou, une broche ornée d'une pierre aux reflets changeants. Lia retourna l'objet. Elle remarqua une inscription gravée au revers : de l'oléan ancien. La jeune humaine aperçut aussi des armoiries. La novice comprit que cette broche venait d'une famille très ancienne, quant au blason elle supposa qu'il représentait la lignée de l'abbesse.

Interloquée, elle se demanda pourquoi l'Ancienne l'avait glissée dans sa poche. C'était tellement surprenant. Cette question la taraudait. Tellement d'ailleurs, que la jeune fille remit sa robe grise. Sans attendre, en emportant la broche, elle quitta sa cellule : Lia avait décidé d'interroger directement la Révérende.

L'abbesse fut surprise de découvrir la jeune humaine devant sa porte, elle n'en montra rien. De toute façon, il était difficile de deviner les émotions des oléans : leurs visages restaient inexpressifs, leurs faciès ressemblaient à des masques.

Si Lia avait pu décrypter le ressenti de l'Ancienne, elle aurait découvert son affolement.

— Rentre.

Lia obéit. Puis, faisant face à celle qui demeurait son mentor, mais aussi sa seule famille, elle sortit de sa poche le bijou et le présenta à la Première.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

L'Ancienne émit un doux sifflement, Lia perplexe l'interrogeait du regard.

— Tu ne devrais pas être ici. Sais-tu ce que tu risques si tu es surprise hors de ta cellule après le début du cycle nocturne ? La mort, je ne pourrais rien faire pour toi, déjà que...

Elle arrêta de parler ; intriguée, Lia invita l'Oléanne à poursuivre.

— Déjà quoi ? Je vous en prie, terminez votre phrase.

L'Ancienne alla s'asseoir sur sa couche. Tellement fatiguée, elle aurait voulu s'étendre et se laisser aller. Elle devait tenir encore, ne serait-ce que quelques heures. La survie de Lia en dépendait.

— Je t'ai donné ce bijou, car je te considère comme mon héritière, ma fille spirituelle. Quand je ne serai plus là, il te protégera plus que tu ne peux l'imaginer.

— Demain je vais prononcer mes vœux, je serai hors de danger. Qu'est-ce que ce bijou pourra faire de plus ?

Les yeux de l'Ancienne brillèrent d'un éclat métallique.

— Crois-moi, tes vœux préserveront ta vie, mais les autres peuvent encore te nuire de mille manières et te rendre la vie très difficile. Tu dois rejoindre ta cellule à présent, hâte-toi et si l'Omniscient le veut, nous nous verrons demain pour la cérémonie.

Le ton était impératif, Lia sut alors qu'il était vain d'insister. L'abbesse la raccompagna jusqu'à la porte. Elle vérifia que personne ne circulait dans le couloir, ensuite elle s'effaça.

— Dépêche-toi !

Lia passa devant elle, puis rejoignit à pas feutrés sa cellule. Avant d'entrer, la novice eut un dernier signe envers l'Ancienne qui resta de marbre. Lia n'insista pas, elle pénétra chez elle.

L'abbesse soulagée referma le battant, s'y adossa. Son regard argenté s'éteignait, l'épuisement lui sciait les jambes. À grand peine, elle rejoignit sa couche. La Révérende se sentit un peu mieux ; cependant, elle sut à cet instant précis, qu'elle ne résisterait pas longtemps. L'Omniscient prononçait son nom.

La peur la saisit.

"Non ! Que va devenir Lia ?"

À peine se posait-elle la question, qu'une absolue certitude la submergea : la jeune humaine survivrait, elle ne serait pas ordonnée religieuse, une autre destinée l'attendait.

L'Omniscient ne guidait-il pas ses pas depuis l'instant où il avait conduit Lia jusqu'à elle l'Oléanne la plus pécheresse de l'univers connu ?

La sérénité envahit la vieille abbesse : sa tâche envers Lia se terminait. Elle pouvait partir en conservant un merveilleux cadeau : l'amour profond et véritable ressenti envers la jeune humaine. Le corps de la première se détendit, une vague de lassitude plus forte l'assaillit, elle se laissa emporter...

Le'olin An te'o entendit la cloche du monastère sonner pour la dernière fois.

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