CHAPITRE 1

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Le jardin débordait de vie. Les espèces végétales venues des quatre coins de la galaxie occupaient la quasi-totalité de l'espace. Formes étranges et multiplicité des couleurs explosaient, tels des arcs-en-ciel polychromes et géométriques.

Des vagues de brume irisée, constituées de minuscules gouttelettes d'eau, parsemaient régulièrement la végétation.

L'éclairage artificiel et adapté apportait à cette joyeuse et exubérante nature, lumière et chaleur.

Différentes essences projetaient leurs ramures en direction d'une voûte cristalline. C'est elle qui protégeait ce merveilleux endroit. Au-delà de cette voûte on apercevait, selon le moment de la journée, les astres lointains d'une immensité sidérale ou encore le système solaire d'Ethéry, autour duquel le monastère orbitait.

Circulant sur des allées de sable doré, une religieuse déjà âgée, accompagnée d'une gracieuse adolescente à la silhouette longiligne, s'arrêta près d'un massif paré de corolles flamboyantes.

La vieille abbesse se courba péniblement sur le plant de fleurs de feu.

— Vois mon enfant comme l'Omniscient est grand. Cet arbuste fut planté le jour de ton arrivée au monastère, il était chétif et presque mort, comme toi à l'époque ; aujourd'hui, il est fort, solide et il a fleuri.

La religieuse se redressa. Attentive à l'égard de l'Ancienne, l'aspirante l'aida.

L'aînée du monastère était Oléan, la race maîtresse de la galaxie. Tout comme la moitié des soeurs. Les autres appartenaient aux huit nations qui siégeaient au conseil étatique multiple. Il s'agissait de l'entité politique, administrative et sociale de la galaxie.

Lia était humaine. Une espèce considérée comme inférieur. Au pire les siens étaient haïs, voire massacrés, au mieux méprisés. Elle savait cela depuis toujours et retrouvait parmi les résidentes du monastère, cette hostilité et ce mépris. Sans la protection de la première abbesse, l'adolescente n'aurait pas survécu longtemps. Pourtant, ces femmes prêchaient l'amour du prochain et l'empathie avec tous quelles que soient leurs différences.

Cette empathie ne concernait que les espèces supérieures. En réalité, seule la vieille Abbesse appliquait dans sa vie les véritables préceptes de l'Omniscient. Lia lui était reconnaissante car, à ses yeux, l'Ancienne était une mère.

Elle contempla la vieille Oléan : un visage de forme longue et ovale, des yeux petits, argentés et profondément enfoncés dans leurs orbites, une bouche minuscule, presque totalement dépourvue de dents (sa nourriture étant essentiellement liquide), des oreilles effilées, étonnamment mobiles et un nez busqué presque en bec d'aigle.

Pour la jeune humaine, l'abbesse était tout ce qui était important et depuis quelque temps, elle la sentait très fatiguée. Elle ignorait l'âge qu'elle pouvait avoir. Certaines religieuses disaient qu'elle était arrivée au monastère bien avant que le conseil étatique multiple soit créé et cette entité existait depuis trois siècles.

Lia ne prêtait guère attention à ces affirmations... Tout ce dont elle était sûre, c'est que l'Abbesse se mourait. La jeune fille le sentait dans chaque fibre de son corps. Cela l'attristait, l'inquiétait également, car l'autorité principale du monastère vivrait-elle assez longtemps pour qu'elle puisse prononcer ses vœux ?

C'était la seule manière, pour elle, d'être protégée des intentions xénophobes des autres. Cependant, l'Ancienne darda son regard d'argent sur Lia.

— Comprends-tu ce que j'essaie de te dire, mon enfant ?

La jeune humaine, perdue dans ses pensées, n'avait pas vraiment prêté attention aux propos de la vieille Oléan. Elle se mordit les lèvres, signe chez elle de son embarras. La bouche de l'abbesse s'arrondit : l'équivalent d'un sourire.

L'Ancienne caressa doucement la joue pâle de la jeune fille. Une fois encore, la religieuse admira ce visage à la peau très claire parsemée de quelques taches de rousseur, éclairé de grands yeux bleu-gris, paré de longs cils roux foncé. Les ailes du nez étaient fines, la bouche petite et bien dessinée, le menton volontaire s'ornait d'une fossette.

Lia, nerveusement, rejeta en arrière une mèche de cheveux roux qui venait de s'égarer sur son visage.

En réalité, la distraction de la novice ne surprenait pas l'Ancienne, mieux, elle l'enchantait. C'était la preuve pour elle que les humains en général, et Lia en particulier, bénéficiaient d'une vie intérieure riche et d'une spiritualité complexe. Cela allait à l'encontre de tout ce qui se disait sur les humains. Pour l'abbesse, ils étaient loin d'être les créatures frustes et quasi sans âme que l'on croyait.

— Pardonnez-moi, Révérende Mère.

— Je te pardonne volontiers mon enfant. Sois attentive à présent.

Elle désigna des sièges installés sous un houppier bleu cobalt plus loin.

— Asseyons-nous.

Lia obéit et tout en soutenant l'Ancienne, elle dirigea ses pas vers les bancs. Elles s'installèrent. Un court silence s'établit entre elles.

— L'Omniscient m'appelle, mon enfant. Très bientôt, mon esprit le rejoindra.

L'abbesse se révélait directe. Une vague de chagrin submergea Lia ; d'une voix altérée par l'émotion, elle dit à l'Ancienne :

— Je vous en conjure Révérende Mère, restez encore avec moi.


— Hélas, ce n'est pas à moi d'en décider,soupira-t-elle sur un ton doux, J'ai eu une vie longue, bien trop d'ailleurs. L'Omniscient fut généreux envers moi. Je n'ai pas toujours mérité ces dons dont il me gratifia. Souvent, je m'en suis servie pour écraser les autres, les regarder avec condescendance, les assassiner...

— Je ne peux croire ça. objecta Lia avec entêtement.

— Pourtant c'est vrai, chère enfant je ne fus pas toujours religieuse.

— Qu'étiez-vous alors ?

L'abbesse hésita, et le silence s'installa entre elles. Cette fois, l'Ancienne contenait avec peine ses émotions. La plus importante : la culpabilité, elle hésitait à dire la vérité à cet enfant qui lui vouait une affection profonde. L'abbesse réalisa qu'elle la lui devait, car elle aimait cette jeune humaine comme si elle était sa fille.

— J'étais Le'olin an te'o, Suprême du Karia an te'o, le Karia dirigeant qui ordonna l'anéantissement d'une mission diplomatique en direction du Conseil Étatique multiple. Cela s'est passé il y a longtemps, mais mon crime me hante chaque jour de vie que l'Omniscient m'accorde.

Profondément émue, Lia se taisait. Elle aurait souhaité que l'Ancienne fasse de même.

— Cette mission diplomatique venait de la Terre, ton monde originel. Les plénipotentiaires venaient négocier une place au sein du Conseil. Cela ne plaisait pas à tout le monde. Principalement à mon Karia. C'est là que mon crime débuta et que l'inavouable machination de mon peuple, les Oléans, fut mise en place. Une machination qui devait convaincre les autres races siégeant au conseil que les Terriens étaient indignes du privilège qu'ils demandaient.

Le visage de Lia se figea, elle retenait ses larmes à grand-peine, elle s'exclama :

— Je ne veux pas en entendre plus, je vous en prie Révérende, taisez-vous à présent !

L'Abbesse contemplait cette enfant qu'elle aimait plus que tout. Elle ressentait une grande souffrance. Contrairement à la jeune humaine, ses émotions transparaissaient peu sur son visage. Lia parut se reprendre. À son tour, elle fixa l'Ancienne.

La novice aurait voulu ajouté quelque chose, elle n'y parvenait pas. C'est la vieille Oléan qui reprit la parole ; avant, elle sortit de la poche de sa robe noire un petit objet qu'elle donna à Lia .

— Prends ceci !

— Un enregistrement ?

Elle hocha la tête.

— Il est très important que tu le visionnes. Avec la mienne, il prouve l'indignité de mon Karia. Je ne te demande pas de me pardonner, tu ne me dois rien. Je veux juste que tu saches cette vérité sur ton peuple : il n'est ni meilleur, ni pire que ceux qui s'érigent en chantre de la vertu au sein du conseil. Promets-moi que tu accepteras de connaître cette réalité, aussi difficile soit-elle.

Lia se saisit de l'objet .

— Je vous le promets.

Satisfaite, l'abbesse hocha la tête, elle se leva et chancela. Spontanément, la jeune humaine l'aida. La Révérende la remercia. Lia n'eut qu'un sourire en réponse, elle lui avait déjà pardonné. La vieille Oléan, n'était-elle pas sa mère ?

La jeune fille ne remarqua pas que la religieuse glissait autre chose dans sa poche... Un son de cloches cristallines retentit.

"L'heure du cinquième Prêche" pensèrent-elles ensemble ; et elles quittèrent le jardin...

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