Epilogue

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 Deux jours plus tard, le Miracle était toujours sur les mers, naviguant vers l’est. La mer était redevenue bien calme depuis le dernier incident et Maya avait soigné tout le monde. Les plaies laissées par les gargouilles étaient désinfectées et bandées. Même Corindon était à nouveau opérationnel, même si deux de ses dents étaient encore incrustées dans le plancher. Dans l’ensemble, la santé de personne ne semblait en danger. Même Pan et Pluton se baladaient tranquillement sur le Miracle, désormais habitué aux mouvements du navire.

 Elisabeth passait une grande partie de son temps dans la cabine du maitre, rebaptisé « le Bureau », où elle examinait les nombreux parchemins volés aux Sarto. Elle ne sortait que pour prendre l’air et manger. Tantale était un peu le capitaine du navire et se souciait de tous. C’était lui qui donnait les ordres et tout le monde l’écoutait sans rechigner.

 Hémati et Périclas se relayaient aux instruments toutes les demi-heures pour vérifier le cap du Miracle et demander aux autres de l’ajuster s’ils le jugeaient nécessaire. Gibbs et Corindon étaient toujours assignés aux lourdes tâches et Kelvin leur prêtait souvent main forte. Depuis la queue de pie, Spineli guettait l’horizon, se mêlant très peu aux autres, rêveur. Niobi et Ilméni animaient la vie du navire en réclamant aux pêcheurs de nouveaux poissons, puis en se disputant pour la forme l’un et l’autre. On savait néanmoins que les deux cuisiniers entretenaient une relation amoureuse. Béryl recousait les voiles et tenait un inventaire précis des ressources dont ils disposaient. Personne ne parlait au disciple Melville, même quand celui-ci essayait d’entamer la discussion. La peur du Culte étant encore présente. Heureusement, ce dernier n'était pas rancunier.

 Enfin, Maya, Minos et Cassité passaient la plupart de leur temps ensemble, que ce soit pour pêcher ou aider ceux qui en avaient besoin. Si Cassité évitait à tout prix de parler de sa vie chez les Sarto, elle n’en était pas moins bavarde concernant celle qu’elle avait vécu avant d’être capturée par des pirates. Son père était manifestement un marchand assyrien très occupé et elle avait été éduquée par un certain Barabas en Cobaltique. Ce dernier lui avait appris des tas de choses, nottament concernant les sciences. Elle avait un amour tout particulier pour la chimie. La jeune fille s’amusait parfois à subtiliser des produits dans les réserves pour s’essayer à quelques expériences plus amusantes qu’utiles. Elle était la seule qui avait l'indulgence de Béryl, cette dernière n’hésitant pas à se saisir de la massue de Kelvin pour dissuader quiconque trainait trop près de la cale sans raison.

 Comme le Père Arnoldson avait déchiré ses vêtements de travaux, Maya n’avait plus que sa robe bleue et ses habits de pèlerin. Elle avait opté pour la première. Ils ne risquaient pas grand-chose pour le moment, de toute façon. Elle ne cessait de se perdre dans ses pensées. Pour une fois, elle avait vraiment le temps de réfléchir à propos de cet être de lumière auquel une voix venue de nulle part s’était ajoutée. Quelle était donc cette chose que le premier être observait et cachait ? Comment faisait-il sans yeux pour voir ? Qu’avait voulu dire la voix ? Pouvait-elle en parler aux autres sans risquer d’être perçue comme une folle ? Enfin, encore fallait-il trouver une manière de parler…

 La voix d’Elisabeth la ramena soudain à la réalité, qu’elle n’avait pourtant pas quittée cette fois-ci. La marchande avait passé la tête en dehors du Bureau et leur faisait signe de la rejoindre. Elle appela aussi Kelvin et demanda à Cassité de rester en dehors, ce qu’elle accepta à contrecœur.

 Elisabeth avait fait de gros efforts de rangement et plusieurs piles de parchemin avaient été dressées dans tous les coins. Maya jeta un coup d’œil à la table et déglutit en apercevant son visage et celui de Kelvin sur leur avis de recherche respectif. Elle se mordit les lèvres et observa Elisabeth avec un regard interrogateur, à moitié excitée. Si la marchande lui avait demandé de venir c’était forcément qu’elle avait quelque chose à leur annoncer.

 — J’ai une bonne et … hum… disons que j’ai des nouvelles, se ravisa Elisabeth en croisant les bras. Tout d’abord, j’aimerais faire le point sur certaines choses.

 — C’est-à-dire ? demanda Minos.

 — Nous avons appris à Eluse que Kelvin et Maya faisaient l’objet d’un avis de recherche avec portrait à l’appui. Nous les avions déjà aperçus parmi les documents des Sarto, mais on ne s’était pas attardés dessus.

 — Oui, on sait, c’est dangereux et on doit cacher nos visages ! s’écria Kelvin, un peu fier, comme s’il apprenait quelque chose à tout le monde.

 — On ne sait pas encore quelles villes en disposeront, ça va dépendre du nombre que va produire ce peintre à la noix. Mais je pense qu’on doit partir du principe qu’effectivement, n’importe qui pourrait désormais vous reconnaitre.

 Maya baissa la tête, pas très enchantée, mais pas abattue non plus. Elle s’était déjà faite la même réflexion au moment même où elle avait appris l’existence de ces portraits.

 — Cependant, ce n’est pas tout à ce sujet… Il faut que vous sachiez qu’on offre une sacrée prime pour vos têtes.

 — Une prime ? répéta Kelvin en ouvrant grand les yeux, comme s’il avait du mal à y croire.

 — Kelvin, le Terrible bandit, mort ou vif…, lut Elisabeth en attrapant l’avis de recherche de ce dernier. Recherché pour 40 Occyan, soit 2 Ricinier ou 1000 Arsènes.

 Kelvin fronça les sourcils et leva les yeux au ciel en se mordant les lèvres. Il déplia quelques doigts comme s’il comptait pour écarquilla les yeux d’un air à la fois surpris et plein d’allégresse.

 — Mais… Mais c’est plus que 350 Arsènes, ça !

 — Heu, oui...

 — C’est plus que La Capuche ! Je suis un vrai bandit, un vrai de vrai, recherché !

 Maya ne put s’empêcher de sourire, amusée par le comportement de Kelvin, alors que Minos et Elisabeth échangeaient un regard, ne comprenant pas de qui le bandit parlait.

 — Et ça veut dire quoi, mort ou vif ? demanda Minos.

 — Que si on ramène Kelvin mort, on empoche tout de même la prime.

 — HEIN ?

Cette fois-ci, le bandit paraissait horrifié. Il baissa la tête et la marchande ne montra aucune pitié à ajouter un petit ricanement, cette fois.

 — Bon, sur le coup, c’est quand même une énorme prime. Il faut savoir que la plus grosse prime de la Safranie était auparavant attribuée au Borgne, le chef révolutionnaire et ancien Capitaine de la Garde Impériale… Je crois qu’elle est de 100 Occyan, soit 2 500 Arsènes…

 — Et c’est beaucoup, ça … ?

 — Tu rigoles ? C’est énorme ! C’est le prix d’un fameux palace ! C’est pour ça que les révolutionnaires vivent reclus, à l’abri des chasseurs de prime qui voudraient les attraper.

 — Des chasseurs de prime ?

 — Des gens qui traquent les criminels et qui vivent des primes empochées. Pas difficile à comprendre, si ?

 — Moi, j’avais compris ! lança Minos en bombant le torse.

 Pendant tout ce temps, Elisabeth avait pris l’avis de recherche de Maya en main. Cette dernière ne cessait de l’observer, attendant avec appréhension la somme à laquelle sa tête avait été mise à prix.

 — Toujours étant, soupira cette dernière. Ce n’est pas la prime de Kelvin qui risque d’intéresser les chasseurs de prime… Celle de Maya est plus élevée, mais, au moins, ils demandent à ce que tu sois vivante.

 — Et c’est à combien qu’ils ont mis sa tête ? demanda Minos, curieux.

 — 150 Occyan, soit 3750 Arsènes.

 — Combien ?! s’écrièrent les garçons, tandis que Maya écarquillait les yeux.

 — Ce n’est pas tout…, poursuivit Elisabeth, mal à l’aise. J’ai aussi trouvé les documents de la mise en vente d’un lot de cinquante esclaves à l’Inquisiteur Pontus Arnoldson.

 — Oh ! s’écria Minos.

 Maya retint son souffle. Ils allaient enfin savoir à quelle somme elle pourrait légalement s’offrir sa liberté, grâce à la Loi du Décuple. Elle appréhendait la suite.

 — Oui… Je les ai enfin trouvés mais… Maya je suis désolée…, sanglota presque Elisabeth. Vous avez tous été vendus en lot, et dans ce cas, la Loi du Décuple prend en compte le prix total… qui s’élève à 38 090 Arsènes, soit plus de 75 Riciniers. C’est plus que le trésor d’une ville entière qu’il faudrait débourser. On n’a aucune chance d’amasser autant d’argent…

 Le visage de Maya devint livide. Elle s’était attendue à une grosse somme, sachant déjà que le prix normal d’un esclave avoisinait les 800 Arsènes. L’Assyrienne avait promis qu’elle participerait et, en tant que marchande, Maya avait toujours cru qu’elle avait beaucoup d’or, chez elle. Mais sa réaction en disait long sur leur impossibilité d’amasser autant d’argent. C’était un de ses plus grands espoirs qui venait de se briser, telle une poterie tombée par terre.

 — Mais alors… qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Minos, épaules baissées.

 — Je ne sais pas…, reconnut Elisabeth. Mais c’est fichu pour ça, je crois. Même Hypatie ne pourra pas nous aider là-dessus, elle n’est pas riche comme Crassus… D’ailleurs, Maya, si tu veux bien, j’aimerai relire sa lettre pour envisager la suite de notre trajet.

 Maya acquiesça et, par réflexe, enfonça sa main là où avait été sa poche pendant leur voyage. Elle constata vite que, portant désormais sa robe avec laquelle elle s’était réveillée chez les Bernardonne, cette même poche n’était plus là. Puis elle écarquilla les yeux, en se souvenant soudain que la lettre d’Hypatie s’y était trouvée lorsque le Catilina les avait pris en charge… et que Pontus Arnoldson était reparti en le lui arrachant.


FIN DU TOME 1

A suivre dans le tome deux, Violet fourbe. Mais bon, franchement, pas pour de suite de suite...

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