Abordage

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 La coque de la caravelle était plus haute que celle du Catilina d’environ un bon mètre et demi. Lorsque ce dernier arriva au bout des cordes, une grande vague le projeta de plus belle contre l’autre navire, les faisant tanguer tous les deux, au point que certains en perdirent l’équilibre. L’agitation de la mer rendait la proximité des deux bateaux instable. Seuls les hommes du Catilina qui maintenaient les cordes au prix de leurs efforts pouvaient maintenir une certaine constance. Ainsi, moins de deux mètres séparaient les deux embarcations quand celles-ci ne se cognaient pas l’une à l’autre.

 Dès le premier choc, une première gargouille en avait profité pour se jeter à l’eau. Elle avait planté ses puissantes griffes dans le bois de la coque et s’en servait pour l’escalader. C’était sans compter les esclaves qui firent leur possible pour gêner son ascension. Ceux qui n’étaient pas tombés à cause de la collision étaient en train de rouer l’Eydolon de coup de planche, rame, ou avec d’autres objets. Rien de tout cela n’aurait pu blesser la créature de pierre mais sa vision n’en était pas moins affectée. Dans cette position inconfortable, la gargouille donnait des coups de griffe qui ne manquaient pas de briser les objets qui la gênaient. Son arrivée était tout de même retardée. Mieux, le Catilina, emporté par une nouvelle vague, se frotta à nouveau à la caravelle dans un violent choc qui fit perdre de nouveau l’équilibre de la gargouille. Lorsque l’Eydolon chuta, le Catilina avait déjà été forcé de reculer par la mer, dans laquelle la statue tomba et disparut.

 Si l’équipage des esclaves poussa d’abord des soupirs de soulagement, ils déchantèrent quand trois gargouilles imitèrent la première. Se séparant donc en autant de groupes, ils répétèrent l’opération pour empêcher les Eydolons de passer la rambarde. Ils étaient moins efficaces et les trois Gargouilles finirent par passer la tête au-dessus et dressèrent les bras pour trouver un appui solide sur le pont. L’une d’elle parvint même à attraper le bras d’un de ces tireurs de charrette dont Maya n’avait pas encore eu le temps d’apprendre le nom. Les autres avaient reculé, effrayés. Les trois Eydolons étaient en train de se hisser à bord.

 C’est à ce moment que Kelvin et Pan sortirent de la foule, se précipitant chacun vers l'une d'elles. En poussant un cri de guerre masqué par un coup de tonnerre, le bandit abattit sa massue sur la tête de l’Eydolon. En voulant riposter, la créature relâcha ses appuis et tomba. Elle parvint malgré tout à se rattraper en plantant ses griffes dans la coque, presqu’au niveau de la mer, au point que les vagues l’engloutissaient à chaque passage. L’autre cible, quant à elle, se prit le coup de crâne de Pan de plein fouet dans la gorge. Celle-ci sombra dans les flots.

 Encouragés face à ce succès, tous les esclaves se précipitèrent pour tenter de libérer leur camarade en proie avec la troisième. Mais celle-ci ne semblait pas prête à lâcher prise. Elle avait un pied posé sur la rambarde quand la Catilina se cogna à nouveau à leur caravelle. Encore une fois, cela suffit à lui faire perdre son équilibre, et la créature tomba, en emportant avec elle son otage. Ils retombèrent sur le pont du Catilina avant qu’il s’éloigne de nouveau. Tant qu’à celle qui s’était rattrapée de justesse, elle avait disparu dans l’agitation de la mer, écrasée par son propre navire.

 Évidemment, ce n’était pas terminé. Deux gargouilles étaient de nouveau en train d’escalader la caravelle, et celle qui avait échoué l’esclave capturé par le bras. Les autres se tenaient prêtes, attendant le bon moment pour partir à l’assaut à leur tour.

 Toujours sur le pont, se cramponnant comme elle le pouvait, Maya observait la scène avec appréhension. Les esclaves, Kelvin et Minos se débrouillaient bien, pour le moment. La chance semblait de leur côté. Ils parvinrent à repousser ces deux monstres de pierre qui tombèrent dans le navires, ce qui ne les éliminaient pas tout à fait. C'est alors que Maya remarqua que quelque chose clochait sur le Catilina. Elle voyait les Gargouilles, la dame qui devait être l'Evêque et savait que la plupart des hommes s'était réfugié dans les cales du navire. Mais où diable était passé l’Inquisiteur… ?

 La nouvelle vague d’attaque était composée de pas moins de quatre gargouilles, dont celle qui était déjà parvenue à se hisser jusqu’au bout. Cette fois les esclaves se séparèrent juste en deux groupes pour s’attaquer aux plus promptes à escalader. Une puissante vague vint remuer le navire et emporta l’une d’elle en plus de faire chuter la suivante. Mais sur ce temps, les deux autres, dont la récidiviste, étaient presque au bout du chemin. Ce fut de nouveau Pan qui parvint à se débarrasser de la nouvelle. Cependant, et malgré les efforts conjugués de Niobi, Cassité et Périclas, celle qui s’était déjà hissée parvint à réitérer son exploit. Elle sauta par-dessus la rambarde et envoya balader la pauvre Cassité d’un simple geste de bras. Les deux autres firent un pas en arrière. Le Catilina entra alors à nouveau en collision avec la caravelle et le choc leur fit perdre l’équilibre. La gargouille en profita pour se jeter littéralement sur eux avant de les soulever et de les projeter plus loin, blessés et inconscients.

 Comme la majorité des esclaves encerclait maintenant la fameuse gargouilles, Maya se mit à courir vers les blessés. Cependant, avant qu’elle puisse les atteindre, alors qu’elle finissait de dévaler les escaliers du pont, un corps gigantesque lui barra la route.

 Le Père Arnoldson avait su se montrer patient. Depuis le haut d'un mât, il avait solidement accroché une longue corde. Comme tout le monde était occupé avec les gargouilles, personne n’avait fait attention à lui et, profitant d’un vent favorable, il n’avait eu aucun mal à pénétrer sur la caravelle. Seuls Minos et Pluton s’étaient rendus compte de son entrée pourtant fracassante. Il lui avait suffi d’un coup de pied pour se débarrasser de l’animal que l'enfant tentait de réveiller. Arnoldson aurait pu en finir avec ces deux-là si son attention n’avait pas été attirée vers la muette.

 Toisant la jeune fille, Arnoldson la fusillait du regard. Il était au moins deux fois plus grand qu’elle et son expression sévère suffisait pour faire fondre Maya d’angoisse. Cette dernière ne pouvait pas bouger. Ses muscles refusaient de faire le moindre geste alors que son cerveau leur criait l’ordre de s’enfuir en vitesse. En vain.

 — Alors te voilà enfin…, lança l’Inquisiteur d’un ton glacial. L’esclave qui a fui mon rituel. Celle qui se fait appeler Maya… Ma solution.

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