Les harponières

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 Plus le temps passait et plus les nuages devenaient sombres. Les vagues commençaient à faire tanguer les embarcations avec forces, s’écrasant violemment contre les coques des bateaux. Il était de plus en plus difficile de maintenir un cap, si bien que les deux navigateurs avaient fini par abandonner tout espoir de contourner la tempête. Ils allaient devoir la prendre de plein fouet et espérer que la traversée ne leur soit pas fatale. Que l’on soit dans les cales ou sur le pont, on pouvait presque perdre l’équilibre tant ils étaient secoués par les flots tumultueux.

 Dans un même temps, le Catilina se rapprochait. Certes, eux aussi devaient supporter les mauvaises humeurs de la mer, mais cela ne les rendait pas plus amical. Se cramponnant à un mât pour ne pas être emportée par les mouvements surprenants de la caravelle, Maya ne cessait de les observer. Piquée d’une curiosité malsaine, elle se décida à se rendre sur le pont afin de mieux voir l’équipage. Elle dut faire preuve de persévérance pour lutter contre les vents puissants qui se déchainaient. Là-bas, elle se retrouva seule avec Edwin Melville qui manipulait le gouvernail sans se soucier d’elle. De là, en se cramponnant toujours, elle s’approcha.

 Le Catilina était plus proche que jamais. Là-bas aussi, on s’excitait et on criait des ordres dans tous les sens. Les gargouilles n’étaient plus immobiles, se poussant les unes les autres pour laisser la place aux marins. Maya se laissa subjuguer par une silhouette massive qui se tenait debout sur la proue du bateau, plus proche que quiconque d’eux. Lorsqu’un éclair traversa le ciel pour illuminer les alentours, Maya faillit sursauter en apercevant, enfin, le visage de l’Inquisiteur. Non pas qu’il fut hideux ou atypique, mais l’expression froide du Géant l’effraya, bien plus que la tempête elle-même.

 De son côté, Arnoldson fronça les sourcils. Alors elle était bien là, la fugitive qui se faisait appeler Maya. L’esclave qui s’était enfuie après la réalisation du rituel dont la préparation avait pris trente années de sa vie. Celle par qui tout avait démarré et par qui tout allait se terminer.

 — Préparez l’abordage.

 Même s'il n'avait pas hausser le ton, même si la tempête faisait rage, tout l'équipage l'entendit. Olivia Bernat déglutit. On lui avait demandé d'aider lors de la manœuvre. Elle alla donc se placer à bâbord, tout comme quelques marins tandis que les autres s’activaient pour diriger l’embarcation. Leur but était de positionner le Catilina juste à côté de la caravelle mais de rester d’abord à une distance raisonnable pour ne pas abimer les deux navires. C’était exactement ce qu’attendait Elisabeth.

 — FEU ! cria-t-elle en plaquant soudain ses mains sur les oreilles.

 Leur canon tira son premier boulet avec un succès relatif. Le projectile rata largement sa cible, la coque du bateau, pour défoncer une rambarde du pont du Catilina sans blesser quiconque. La marchande poussa un juron depuis la meurtrière puis ordonna à Kelvin de préparer leur prochain tir. Hélas, le bandit resta parfaitement immobile, n’ayant simplement par entendu ce que son amie lui avait hurlé. Ne s'étant pas couvert les oreilles, il avait temporairement perdu l’audition et ne semblait pas l’avoir compris, puisqu’il lança joyeusement que la tempête s'était calmée. La marchande le poussa et lui fit signe de remonter en appelant Gibbs pour le remplacer.

 Hélas, ils ne disposaient que de deux canons dans la caravelle, et un seul tourné à tribord pour viser le Catilina. Cela réduisait donc leurs forces de frappe, d’autant que recharger un canon prenait du temps, et plus encore pour cet équipage inexpérimenté.

 Quant à leur adversaire, c’était l’exact opposé. Les marins étaient des hommes d’expérience qui savaient comment se défendre contre des pirates. Cependant, leur objectif n’était pas de couler la caravelle, mais simplement de capturer la jeune esclave vivante. Le Père Arnoldson avait été très clair là-dessus, il ne tolèrerait aucun écart. Cela ne les empêchait pas de préparer un tout autre style de canon. Plus petit mais aussi plus long, avec un tout autre type de projectile, les harponières étaient prêtes. C’était l’une d'elle que Sa Sainteté avait été envoyée. Tandis qu’un marin positionnait convenablement le canon, Olivia devait mettre feu à la mèche lorsque le départ serait donné. Lorsque le capitaine de la garde d'Eluse baissa le bras en criant la même formule qu’Elisabeth, Olivia se hâta de placer sa torche contre le tissu, puis de la lâcher pour se boucher les oreilles.

 Les harponières tirèrent leur projectile presque simultanément. De grandes tiges de métal pointues au bout, telles d’immenses flèches, filèrent pour se planter droit dans le haut de la coque de la caravelle. Elisabeth et Gibbs faillirent d’ailleurs avoir une crise cardiaque lorsqu’ils virent des bouts surgir au-dessus d’eux. Si l’esclave avait été un rien plus grand, il se serait fait tué par l’une d’elle sur le coup. Mais le but n’était pas tant d’endommager la caravelle. Chaque harpon était encore relié à une puissante et lourde corde qui, grâce à un système de poulie, permettait au Catilina de se tracter vers eux.

 Afin de les actionner, de nombreux marins étaient réquisitionnés dans les cales, si bien qu’il n’y eu bientôt presque plus personne sur le pont. Leur capitaine les encourageait à redoubler d’efforts tandis qu’ils tiraient à en perdre haleine. C’était aux Gargouilles que reviendrait le gros de l’abordage. Le plus compliqué, cependant, serait de passer sur la caravelle sans encombre, car les Eydolons de pierre ne disposaient pas du meilleur équilibre et couleraient à pic s’ils chutaient. Peu importe le trésor architectural d’Eluse. Tout ce qui comptait, c’était le succès de la mission.

 Comme il ne servait plus à rien d’essayer de fuir, maintenant que le Catilina leur collait littéralement à la coque, les esclaves s’affolaient sur la caravelle. Quelques-uns désespéraient déjà, mais Tantale se voulait le plus optimiste possible. Il savait qu’ils n’arriveraient à rien de bon s’ils baissaient déjà les bras. Encourageant ses amis, il les dirigea tous à tribord pour se préparer à lutter contre l’envahisseur, s’armant au hasard de ce qu’ils trouvaient, des planches brisées, des outils, etc. En désespoir de cause, Maya sortit son petit couteau de pharmacie, qu’elle serrait au point d’avoir mal. Kelvin tenait sa massue prête à servir et Minos avait une main sur le dos de Pluton et l'autre sur celui de Pan. La lutte allait démarrer.  

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