Départ et piste

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 Quand chacun eut une grande pile de parchemin dans les mains, Minos disparaissant presque derrière la sienne, ils sortirent du bureau. Ils croisèrent en chemin un des deux musclés de l’entrée, celui qui répondait au nom de Gibbs. Ils lui expliquèrent où trouver la crapaude pour la ligoter et la bâillonner. Puis, d’un pas pressé, ils sortirent de la résidence. Dom et Roch les attendaient devant avec le disciple captif à l’arrière. Ils y déposèrent toute la paperasse et Kelvin grimpa pour sur la charette pour démarrer la marche.

 Tantale les guidait sur la digue au bout de laquelle était affrété le bateau des Sarto. Malgré les blessures, il paraissait déterminé à quitter cet endroit et à emmener tous les autres avec lui. Cassité séchait ses larmes avec un peu d’admiration dans le regard, en compagnie de Maya, qui s’inquiétait beaucoup pour elle. Voir l’état de son corps quand elle l’avait rapidement soignée avait beaucoup effrayé la muette. Fermant la marche, l’Assyrienne ne cessait de regarder derrière elle en compagnie d’Anatase. Les quelques passants, des pêcheurs sur le retour, les observaient avec la même expression circonspecte qu’Elisabeth leur adressait. Heureusement, aucun ne semblait prêt à sonner l’alarme, et ils se contentaient juste de se poser des questions entre eux, sans se douter de la vérité.

 Le bateau des Sarto était en bois et disposait d’une coque relativement haute, au point qu’une rampe devait être installée pour faire le lien avec la digue et permettre d’embarquer dessus. La caravelle était équipée de trois hauts mâts, disposant chacun d’une vergue qui permettait d’accrocher les voiles, encore repliées pour le moment. Les esclaves étaient en train de terminer les préparatifs du départ et de charger des marchandises, notamment de quoi manger. Un certain Ilméni leur expliqua, non sans malice, qu’ils avaient dévalisé les réserves de leurs maitres. Périclas, qu’ils avaient déjà croisé, semblait avoir pris les choses en main en l’absence de Tantale. Il se fit plus discret quand ce dernier arriva mais apporta ses conseils au chevelu.

 Alors qu’ils faisaient monter leur véhicule, toujours poussé par Dom et Roch, ils virent Gibbs revenir vers eux, en compagnie des tireurs de charrette récemment libérés de leurs chaines. Avec ce petit monde en plus, leur équipage prenait forme. Voyant que tout se passait bien, et après une brève discussion avec Elisabeth, Anatase les quitta discrètement, sans prendre la peine de faire ses adieux à ses amis. Ceux-ci, bien trop occupés, ne remarquèrent d’ailleurs pas de suite son absence. Tout le monde, y compris Minos ou Kelvin, se donnait à son maximum et redoublait d’efforts pour partir au plus vite. Même Edwin Melville se mit à les aider, surtout en supervisant, puisque ce serait à lui qu’on confierait le gouvernail dans un premier temps. Tout semblait rouler pour le mieux.

*

* *

 Pendant ce temps, à Eluse, les gargouilles poursuivaient leurs recherches. Les Eydolons étaient minutieux, et, très vite, toutes les maisons et établissements avaient été fouillés. Le consul lui-même avait reçu la visite de l’Inquisiteur en personne. Dans pareilles conditions, le centre-ville n’était plus que l’ombre de lui-même. Plus personne n’osait sortir de chez soi.

 Olivia Bernat faisait les cent pas sur le parvis de son Église. Elle avait dressé une carte de la ville et les gargouilles venaient pointer tour à tour les bâtiments inspectés par leurs soins. Mais cela semblait peine perdue. L’espoir de retrouver les fugitifs commençait à disparaitre. Par contre, la peur des représailles, elle, était de plus en plus vive. Sa Sainteté était d’une humeur massacrante et commençait à perdre patience. Aussi ne fut-il pas surprenant que Salomon se soit tu aussi longtemps.

 Effectivement, cela faisait déjà un moment que sa femme était retournée chez eux, avant même qu’il n’apprenne la présence d’Arnoldson. Elle n’était toujours pas revenue et ce n’était pas normal.

 Il allait enfin exprimer sa peur à Sa Sainteté quand celle-ci fit mine de voir quelque chose sur la place. Salomon tourna la tête et vit avec effroi que le Père Pontus Arnoldson était de retour, sur son immense impetalon. Ces destriers noirs comme la nuit étaient déjà des colosses parmi les chevaux, mais celui-ci était sûrement le plus grand de toute la Safranie. Il fallait bien ça pour pouvoir soutenir le poids du Géant. Il était suivi de deux gargouilles et avait le regard sombre. Manifestement, lui aussi avait fait chou blanc.

 — Rien aux thermes, lança-t-il d’un ton glacial et fort. Quel autre endroit n’est pas encore fouillé ?

 — Il va falloir s’éloigner du centre, nous avons vraiment tout fait autour de nous, votre Excellence…

 — Peu importe, grinça le Cultiste. Nous fouillerons Eluse et toute la mer, s’il le faut.

 — S-si je puis me permettre…, s’avança Salomon d’un air craintif. M-Mon épouse n’est pas encore revenue… J-je m’inquiète et…

 — Ce n’est pas le moment, répliqua Olivia, les yeux au ciel.

 — Vous vous inquiétez ? répéta bien fort l’Inquisiteur, faisant sursauter aussi bien le marchand que l’Évêque. Dois-je vous donner de bonnes raisons de vous inquiéter ?

 — N-Non ! s’écria Salomon avec effroi. Co-Comprennez… Barbara voulait rechercher les fugitifs elle aussi, et devait revenir me rejoindre, ce n’est … ça ne lui ressemble pas !

 Le Père Arnoldson resta un instant de marbre, foudroyant Salomon Sarto du regard. Puis sa monture fit un pas en arrière et tapa du sabot contre le sol, et il sembla soudain prendre une expression plus intéressée.

 — Et où serait-elle allée, selon vous ? demanda-t-il comme s’il parlait à un accusé.

 — Chez nous ! Elle devait y rechercher l’avis de recherche…

 — Où habitez-vous ?

 — En… En périphérie …

 — Bien ! s’exclama l’Inquisiteur. Cela me parait une excellente zone de recherche. Puisque votre femme, l’une de celle qui a vendu la misérable, a disparu sur le chemin, que risquons-nous à nous rendre chez vous ?

 Olivia écarquilla les yeux et déglutit. Arnoldson pouvait difficilement être plus clair. Peut-être avaient-ils une piste alléchante pour retrouver la gamine, le bandit et tous leurs complices ? Salomon, par contre, tremblait comme une feuille. Il claquait des dents, incapable de se contrôler. Il faillit tomber à la renverse lorsque l’Inquisiteur dégaina soudain un couteau long comme une épée qu’il dressa dans sa direction.

 — Guidez-moi là-bas. Immédiatement.

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