Pour la discrétion, c'est mort...

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 Au bout d’un moment, ils se mirent enfin en route. Comme ils devaient tout de même rester discrets, et parce qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à Edwin Melville, ils laissèrent Kelvin le surveiller, en compagnie de Dom et Roch. Ils lui avaient expliqué qu’il pourrait les rejoindre une fois qu’il aurait aperçu un signal, sans plus de précision sur ce dernier. En vérité, Elisabeth et les autres n’avaient aucune idée de la manière qu’ils pourraient utiliser pour prévenir Kelvin de leur succès, mais ils imaginaient qu’ils trouveraient de quoi faire une fois sur place et qu’au pire ils n’auraient qu’à envoyer Pluton les chercher.

 Elisabeth avait pris son tromblon qu’elle avait minutieusement chargé. Elle le tenait à deux mains, prête à s’en servir. Minos semblait escorté par Pan et Pluton, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. Maya, enfin, avait rempli des billes de pollen de Flora-Canon, au cas où. Elle avait aussi mis dans ses poches le couteau dont elle se servait pour préparer les médicaments. Il était petit, mais un coup de lame restait un coup de lame, et elle connaissait différents points plus sensibles. Sur la plage, en chemin, ils virent quelques personnes fouiller les bancs de sable à la recherche de coquillages ou de crustacés. Trop occupés, ils ne leur prêtèrent pas attention.

 La villa des Sarto était entourée par de grands murs de pierre blancs. Bien qu’elle se trouve sur un morceau de plage et qu’elle soit entièrement entourée de sable, on pouvait voir de beaux arbres fleuris dépasser du vaste jardin de la propriété. Deux entrepôts étaient aussi aménagés du côté de la mer. Les toits étaient composés de plusieurs plaques rocheuses orangées, et les fenêtres laissaient supposer l’existence d’un bon nombre de pièces.

 Arrivés face à la porte d’entrée, Elisabeth observa tout d’abord les alentours. La villa était assez éloignée du reste d’Eluse et l’habitation la plus proche était à une bonne cinquantaine de mètres. C’était un espace de choix pour les Sarto, où ils pouvaient bénéficier d’un paysage magnifique et d’un calme relatif. Mais cela arrangeait aussi beaucoup les affaires du petit groupe. Satisfaite de ne voir aucun quidam en vadrouille, elle frappa simplement à la porte, avant de cacher son arme dans son dos. On entendit quelqu’un se presser derrière, puis un cliquetis et une petite encoche s’ouvrit, dévoilant juste deux yeux aux sourcils froncés qui les épiaient de l’intérieur.

 — Vous êtes ? grogna une voix derrière la porte.

 — Nous sommes bien chez les Sarto ? demanda Elisabeth, pour s’assurer qu’Edwin ne les avait pas entourloupés.

 — Les maitres ne sont pas là. ‘Pouvez repasser plus tard.

 — S’ils ne sont pas là, c’est parfait ! Vous pourriez nous laisser entrer pour qu’on discute de votre liberté à acquérir ?

 — Notre liberté, ricana l’homme avant de fermer l’encoche par laquelle il les observait. Déguerpissez, sales révolutionnaires, on n’a pas besoin de vous ici !

 — Je vois, dommage, soupira Elisabeth, l’air un peu déçue, avant de se tourner derrière elle. Minos, tu crois que Pan… ?

 Le petit berger acquiesça et adressa un signe de tête à l'advouquetin. Ce dernier bêla, trottina quelques mètres en arrière puis chargea tête baissée en direction de la porte. Juste avant que l’animal ne frappe, ils virent de nouveau l’encoche s’ouvrir, comme si l’homme était revenu vérifier s’ils étaient toujours là. Mais il ne put les observer plus longtemps, car le choc fit sortir la porte de ses gonds. Elle tomba à la renverse, sur l’esclave qui fut emporté par la collision. Il eut tout juste le temps de pousser un cri de surprise étouffé, masqué par le fracas commis par Pan. Il avait manifestement été assommé, mais toussait néanmoins par petits coups secs. Pan se pavana devant l’entrée de la villa, attendant les félicitations de son maitre, mais ce fut Elisabeth qui fut la première à le flatter. Puis, sans attendre plus longtemps, son tromblon en joue, elle entra dans la demeure, marchant sur la porte sans se soucier de l’homme en-dessous. Maya la suivit rapidement, ainsi que Minos et les animaux, pour s’engager dans le premier couloir de la villa des Sarto.

*

* *

 Les deux marchands, par ailleurs, venaient tout juste d’arriver sur la place Ste-Catherine. Bien qu’il fût encore tôt, le marché aux esclaves était d’ordinaire déjà bien animé à cette heure matinale. Il était donc surprenant de ne voir presque personne aujourd’hui. Aucun vendeur n’exposait ses marchandises, et les Sarto eux même étaient venus sans aucune intention de vendre. Si ce n’est leurs tireurs de charrette, ils étaient seuls, afin de participer, comme la veille, à la traque aux fugitifs. Néanmoins, l’absence de leurs concurrents habituels laissait le couple perplexe.

 — Sa Sainteté leur a peut-être ordonné de rester chez eux… ? proposa Salomon une fois descendu de son véhicule. Ou bien sont-ils réquisitionnés, comme nous … ?

 — Y a pas intérêt, cracha sa tendre moitié. C’est à nous que revient l’honneur d’aider l’Inquisition à capturer cette petite peste !

 La femme était en train de fouiller dans ses poches, les sourcils froncés. Elle poussa quelques jurons avant de faire volte-face pour remonter dans la charrette.

 — Un souci, ma mie ?

 — Je cherche l’avis de recherche ! On avait celui du bandit, mais je ne le trouve plus !

 — Oh, je crois que je l’ai laissé dans la salle à manger, s’écria son mari en se frappant la tête. Que je suis bête… C’est grave ?

 — Ah, mais qui donc m’a fichu un crétin pareil ! Je vais le rechercher. Tâche de ne pas avoir l’air trop crétin face à Sa Sainteté !

 — Heu… Bien, mon trésor !

 — Et si tu m’appelles encore comme ça devant l’Évêque, je t’étripe ! ajoute-t-elle d’un ton las, mais tout à fait sérieux.

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