Se préparer

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 Lorsque Maya se réveilla au petit matin, le soleil était à peine levé. La brise soufflait agréablement et balayait le sable sur la plage. La marée s’était retirée, ce qui donnait l’impression que les terres avaient grandi depuis qu’elle s’était endormie. Il restait néanmoins quelques bandes d’eau piégées par des renfoncements dans le sable. Des centaines d’oiseaux inspectaient ces mares éphémères à la recherche de crustacés.

 Elisabeth s’était endormie en position assise contre un arbre, pour guetter la villa des Sarto. Elle dormait presque paisiblement, sans même de couverture pour se réchauffer, la fatigue ayant pris le dessus. Kelvin et Minos roupillaient, eux aussi de leur côté. Minos avait la tête posée contre le flanc de Pan, qui tourna légèrement la tête vers Maya avant de se recoucher. Melville, enfin, était toujours là, dans la charrette, ligoté pour l’empêcher de s’enfuir. Il faisait parfois un drôle de grognement dans son sommeil, sans pour autant se réveiller. Pour une fois, la muette était donc la première debout.

 Elle se décida dans un premier temps à préparer de quoi allumer un feu. Maintenant que la nuit était passée, ils ne se feraient plus remarquer par les flammes de leur foyer. Alors qu’elle terminait de disposer brindilles et pierres comme elle l’avait appris, un craquement de branche la fit sursauter. Elle fit volte-face, mais ne vit que Pluton, qui revenait d’une escapade en solitaire. Sûrement était-il parti à la chasse. Elle caressa l’animal, qui alla simplement se coucher près du dompteur, l’air de rien, comme s’il ne l’avait jamais quitté.

 Prise soudain d’un doute, Maya observa leurs réserves dans la charrette, près du disciple endormi. Tout y était toujours, mais cela ne suffit pas à la rassurer. Si Elisabeth comptait vraiment voler le navire des Sarto pour naviguer jusque Nemau, ils auraient certainement besoin de plus de vivres qu’un reste de jambon fumé et quelques fruits.

 Elle se servit de grains et fit chauffer de l’eau dans leur petite casserole de métal. Alors qu’elle commençait à bouillir, Elisabeth se réveilla. La marchande s’étira longuement avant de pousser une plainte molle. Elle lança un vague merci à Maya quand celle-ci lui tendit une tasse de décoction et se contenta d’observer la villa, soucieuse.

 — Sont pas encore sortis ?

 Maya répondit négativement de la tête. Elle n’avait rien vu de particulier. La muette souffla sur sa propre tasse pour refroidir son contenu puis adressa des signes inquiets à son amie, montrant le peu de réserves qu’il leur restait.

 — Ouais, j’aurais bien voulu acheter de la nourriture hier, mais j’ai été un peu prise de court par les évènements, soupira la marchande. Ces connards qui ont reconnu l’autre demeuré, j’m’y attendais vraiment pas.

 Parce qu’elle en était de toute manière incapable, Maya ne répondit rien et s’assit simplement à côté de son amie pour guetter avec elle le départ des Sarto. Elle but une gorgée brûlante, sentant l’agréable chaleur glisser le long de son œsophage et lui donner un coup de fouet qui perdurerait pour la journée. Kelvin et le disciple commençaient à émerger de leur sommeil. Ils avaient le regard un peu crispé que Maya interpréta comme des indices de leur douleur de la veille. Minos, par contre, semblait encore profondément endormi contre Pan.

 Quand le bandit se décida finalement à les rejoindre pour partager avec elles leur boisson matinale, Maya se décida à en apporter un peu à Edwin Melville. Ce dernier avait encore les petits yeux du réveil et semblait prêt à replonger dans un état second à tout instant. S’il devait les aider à naviguer en mer, autant qu’il ait toutes ses forces disponibles. La muette essaya d’abord de l’aider à boire, mais Edwin toussa et cracha le contenu de sa tasse. Il ne s’était pas attendu à un liquide brûlant. Il maugréa après cette mauvaise surprise et Maya constata qu'il était désormais bien réveillé. Un peu gênée, elle le laissa bouder quelques instants tout seul. Elisabeth lui reprit le récipient des mains et tenta sa chance à son tour. Elle dut lui expliquer d’où ses grains venaient et lui prouver qu’il ne s’agissait pas d’une mixture mortelle en la goutant devant lui pour qu’il accepte d’en reprendre une seconde gorgée.

 Quand Minos se réveilla, la première chose qu’il fit fut de s’inquiéter des animaux. Il inspecta Pan puis, quand il fut rassuré à son sujet, il alla faire de même pour Dom et Roch.

 — Je pense que piétiner la gratouille ne leur aura pas fait beaucoup de bien, lança-t-il.

 — Ils ont bien marché, après, pourtant, fit remarquer Elisabeth.

 — C’est vrai, concéda l’enfant. Je pense pas que ce soit cassé, ni même foulé. Mais, à mon avis, c’est dangereux pour eux de marcher toute la journée comme on l’a fait jusqu’ici. Du moins pour quelques jours…

 — Au moins ça tombe bien. Ils ne marcheront pas avant qu’on ait atteint Nemau… Ils ont entre une et deux semaines de repos.

 — Si longtemps ? s’étonna Kelvin.

 — Les voyages en bateau ne sont pas nécessairement très rapides. Il y en a bien qui ont de quoi accélérer leur vitesse de pointe, mais on devra s’en passer.

 Le bandit s’apprêtait à poser des questions pointues sur le sujet, mais l’Assyrienne ne lui en laissa pas le temps. Elle passa soudain devant lui et Maya, comme si elle s’était précipitée pour être la première à attraper un Arsène qu’elle avait vu par terre. Elle observait l’horizon, et, surtout, la villa des Sarto. Au loin, une charrette se mettait en mouvement depuis la demeure. Maya se releva à son tour pour mieux voir. Il était difficile de dire à cette distance qui se trouvait dans le véhicule, surtout pour elle qui ne les avait jamais rencontrés. Par contre, il était plus simple de constater que la charrette était tirée par des êtres humains, comme ils l’avaient déjà vu la veille. La muette perçut le râle discret de son amie, qui serrait les poings à cette vision.

 — Ces salopards…, cracha-t-elle, furieuse. Au moins, ils sont enfin sortis de chez eux ! Vous êtes prêts ?

 Elle avait dit cette dernière phrase en faisant volte-face. Si Maya, à côté d’elle, était excitée à l’idée de cambrioler la villa, Kelvin, lui, était en train de chipoter sur le bandage qu’on lui avait fait la veille, reniflant les restes du cataplasme. Pan s’était visiblement rendormi, et Minos était en train de fouiller dans leurs maigres provisions pour y dénicher une pomme. Enfin, le disciple essayait de se gratter le dos comme il le pouvait en restant ligoté. Le spectacle n’avait rien de bien encourageant, et l’Assyrienne poussa un grand soupir.

 — Bon… disons qu’on a qu’à se préparer…

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