Une colombe grise

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 Le lendemain, Maya fut réveillée très tôt par Elisabeth qui la secoua avant de faire de même avec les garçons. Elle essaya d'abord de se replonger sous son drap, mais la marchande le retira d’un geste brusque. Elisabeth lui proposa ensuite une tasse de décoction, ce à quoi la jeune fille hocha la tête, tout comme Kelvin. Minos, quant à lui, se proposa pour aller sortir la charrette, pressé de revoir ses deux champions.

 Ils quittèrent l’auberge avec une cruche remplie d’eau chaude ainsi que quelques tranches de pain. Ils embarquèrent et Elisabeth reprit sa place de conductrice. Kelvin s’installa à côté d’elle, comme d’habitude. Pour une fois, Maya était bien fatiguée. Elle avait l’impression d’avoir encore un peu de la soirée de la veille dans les jambes. Elle n’avait pas l’habitude de s’amuser toute la nuit, mais si c’était le prix à payer pour oublier ses tracas, alors ça en valait bien la peine !

 L’advouquetin avait à peine levé la tête lorsqu’ils étaient montés les rejoindre. Il s’était rapidement rendormi mais ça n’avait pas empêché le petit berger de s’asseoir juste à côté. Pluton, par contre, s’était étiré puis s’était rapproché de Minos, comme pour veiller sur lui. Ce dernier le couvrait de caresses et il se contentait de longs bâillements, laissant apercevoir ses crocs.

 Ils sortirent de Jilius juste à temps pour rattraper le Train des artistes, qui s’était mis en route peu avant. Malgré les disputes du début, ils avaient convenu la veille de faire encore un morceau de chemin avec eux avant de se rendre à Eluse. Harmonie, qui avait grand ouvert les toiles de sa charrette, la dernière de la file, les attendait. Elle portait son bras en écharpe et ne pouvait plus prendre les rênes du véhicule.

 — On a cru que vous ne vous lèveriez pas, plaisanta-t-elle.

 — J’avouerai que j’ai parfois du mal à les réveiller, répliqua Elisabeth en regardant Kelvin puis Maya, qui était justement en train de bailler.

 — Dis, c’est pas moi qui ai dormi toute la matinée, hier, ronchonna le bandit en buvant une gorgée.

 Il faillit renverser le contenu de sa tasse en esquivant un coup de coude. Ils passèrent le reste de la matinée à discuter avec Harmonie et Shana qui, si elle était devant, demandait à sa sœur de répéter ce qu’elle n’entendait pas bien avant de crier ses propres réactions. Ils parlèrent du duel, évoquant les moments forts, extrapolant et inventant des détails. Si Maya ne pouvait parler, elle écoutait et s’exprimait comme elle pouvait par des gestes. Minos demanda ensuite ce qu’il était advenu de Zeusa et Koda. Le griloo avait fini par se réveiller, mais son dompteur l’avait laissé dans sa cage en sortant le matin. Il avait fait démarrer ses propres domrochs et les avait laissés sans qu’il ne les dirige pour se terrer sous la toile de son véhicule. Quelques troubadours avaient essayé de lui parler, mais il n’avait pas répondu une seule fois.

 — Je me demande quand même…, avait lancé Elisabeth. Pourquoi est-ce qu’il a réagi comme ça, quand je l’ai visé avec mon arme ? D’habitude, les gens ont tendance à ne pas trop faire de zèle.

 — Tu vises souvent des gens ? s’était étonné Kelvin.

 Maya aurait bien fait remarquer que c’était la première chose qu’elle avait faite lors de leur rencontre, mais comme elle ne pouvait rien dire et que Shana répondait à la question d’origine, elle laissa couler.

 — Je me suis dit pareil ! Luth m’a dit que quand il était gamin, il avait eu une mauvaise expérience des armes à feu, un truc du style.

 — Peu importe, avait soupiré Minos. Tout ce qu’on retiendra, c’est que c’est Pan et Pluton qui ont gagné !

 — Tout-à-fait, exactement, précisément!

 Ils avaient poursuivi sur d’autres sujets puis, peu avant midi, ils étaient arrivés à un croisement. Si le reste du train des artistes avait continué la route, la charrette de Shana et Harmonie fit une petite pause. Elles embrassèrent les quatre voyageurs, en leur souhaitant toute la chance et le bonheur nécessaire. C’était le moment des adieux et Maya eut comme un poids sur l’estomac à l’idée de les quitter. Ils n’avaient pas spécialement sympathisé avec le reste des troubadours, mais ils avaient tout de même partagé une partie du trajet avec ces deux sœurs, et particulièrement avec Harmonie. Ils les saluèrent, invoquant d’hypothétiques retrouvailles, auxquelles aucun ne croyait vraiment, puis empruntèrent le second passage. Peut-être Maya aurait-elle aimé rester avec elles, comme Elisabeth s’était jointe à eux au bout de quelques jours. La muette et Minos, à l’arrière, leur firent des signes de bras jusqu’à ce qu’elles disparaissent de leur champ de vision. Enfin, une fois seuls sur la route, ils s’installèrent à nouveau, s’occupant du mieux qu’ils pouvaient.

 L’après-midi ne fut pas très animé. Néanmoins, Kelvin vint donner un objectif à Maya, puisqu’il se plaignait des griffures laissées par l’aurulve de la veille. Elle entreprit de le soigner en utilisant ses plantes pour faire un cataplasme et désinfecter les plaies déjà purulentes, à se demander pourquoi il n’avait pas réagi plus tôt.

 Puis, au soir, ils arrivèrent à un nouveau village de passage, bordé de vergers. Sans surprise, Suro, c’était son nom, était une localité particulièrement reconnue pour son sirop et ses produits à base de pomme. Ils trouvèrent une chambrée à l’auberge puis allèrent manger. Ils s’installèrent en extérieur pour souper sous le soleil qui ne s’était pas encore couché.

 Maya était en train de lire le menu qui faisait largement honneur à la production locale, quand un cri de surprise la sortit de sa lecture. Elle vit un oiseau, au plumage gris qui observait la tablée en bougeant rapidement le visage. Minos s’extasiait tandis que Kelvin essayait d’attraper une pierre par terre pour assommer l’animal et le proposer à cuire au patron de la taverne. Elisabeth l’interrompit dans son geste en lui faisant remarquer ce que Maya n’avait pas de suite vu non plus.

 — C’est un oiseau facteur, imbécile ! dit-elle en montrant l’enveloppe attachée à la patte de l’oiseau.

 — Quoi ? s’étonna le bandit. J’ai la berlue, c’est pas un faucon, ça…

 — Bha non, c’est une colombe grise, répondit Elisabeth en haussant les épaules. Ce qui veut dire que ce piaf vient de chez moi, en Assyr.

 — Wow, il vient de loin, alors ! s’exclama Minos en penchant la tête, observant l’oiseau.

 — Il en a sûrement eu pour plusieurs jours de voyage, confirma Elisabeth.

 — Du coup, elle est adressée à qui, cette lettre ? demanda Kelvin en plissant les yeux.

 — Pas à nous, personne n’est censé savoir où on est, surtout pas quelqu’un de chez moi, répondit Elisabeth en haussant les épaules. Il s’est peut-être perdu en chemin, ça a beau être des animaux intelligents, ça arrive aussi, on a qu’à voir l’enveloppe.

 Elle approcha la main d’un air méfiant vers l’oiseau qui, dressé, leva simplement la patte pour l'aider. Elle rapprocha l'enveloppe de son visage pour lire ce qui était marqué et fronça immédiatement les sourcils. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Intriguée, Maya se leva de sa chaise, imitée par Minos, pour aller lire par-dessus son épaule. Elle se sentit devenir toute blême alors que la marchande se tournait vers elle pour l’interroger du regard.

 — Quoi ? demanda Kelvin en les observant. C’est quoi, on connait le destinataire ?

 — C’est pour nous…, répondit Elisabeth en se mordant les lèvres.

 — Mais tu disais à l’instant que…

 — Je sais, c’est parce que je pensais pas que… enfin…

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