besmiféré batin

5 minutes de lecture

 Si Minos allait répliquer quelque chose, il se figea à la dernière phrase puis baissa la tête. Maya se précipita vers lui pour le prendre par la main, inquiète. Zeusa, lui, se releva, satisfait. Il était loin de se douter des souvenirs brûlants qu’il venait d’évoquer, mais seuls les résultats comptaient. Le petit garçon se laissa entrainer par son amie, qui jeta derrière elle un regard mauvais. Elle lui en voulait d’avoir prononcé des mots aussi douloureux.

 — Ça va ? s’inquiéta Harmonie.

 Minos ne répondit pas, la bouche crispée et les yeux, humides. Tandis qu’ils s’éloignaient, le jeune berger finit par se dégager. Il essaya de faire demi-tour, mais Maya lui bloqua le passage du mieux qu’elle le pouvait.

 — Bouge-toi ! s’écria-t-il vivement, en colère.

 — Mais enfin, Minos, qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Harmonie.

 — Je vais les libérer ! répondit-il en tapant du pied et en essayant de sortir de l’étreinte de Maya.

 — Mais tu as bien vu que Zeusa ne serait pas content !

 — J’m’en fiche, il faut qu’ils partent dans la nature ! Le loup, il m’a dit que…

 — Ah, vous êtes enfin revenus ! lança soudain la voix de Shana.

 Les silhouettes de la jongleuse et de Kelvin venaient d'apparaitre. Maya fut tellement surprise de les voir se donner la main qu’elle ouvrit grand la bouche. En vue du geste vif avec lequel le bandit lâcha la main de Shana, lui aussi semblait étonné de cette attitude qu’il n’avait jusqu’alors pas remarquée.

 — Vous vous êtes bien amusés ? demanda-t-elle à sa cadette.

 — O...Oui ! répondit celle-ci après un regard hésitant vers le jeune garçon. Pas de problème.

 — Bien, alors allons-nous coucher, tu veux bien ? Au prochain village, ce sera notre tour de récoler quelques Arsènes ! À demain, Kelvin !

 Harmonie acquiesça, puis adressa un geste à Maya et Minos. Le bandit leur fit signe de le suivre pour rejoindre Elisabeth. Maya acquiesça, mais Minos resta de marbre, les bras croisés, sanglotant silencieusement. Kelvin ne le remarqua pas immédiatement, mais tourna la tête vers lui après quelques pas.

 — Minos ? lança-t-il, un peu inquiet. Quelque chose… ne va pas ?

 Il regarda vers Maya, qui se mordit les lèvres. Dans le noir, il était encore plus compliqué pour elle de se faire comprendre. Heureusement, comme les deux saltimbanques s’éloignaient, Minos finit enfin par s’exprimer un peu plus calmement, comme si cet interlude lui avait permis de se calmer.

 — C’est ce gars, là, Dsaugma ! lança-t-il d’un ton bougon. Il a capturé le loup que j’ai soigné dans les Bois de Styx.

 — Quoi ? s’étonna le bandit. Attends, quel loup ? Tu veux dire celui que ton père avait vu dans les Bois ?

 — Oui ! s’écria le berger. Je l’ai soigné et je lui avais demandé de partir pour pas qu’on le tue, mais ce… ce pesmiréfé batin, il l’a capturé !

 Maya eut du mal à réprimer un rire en entendant le jeune garçon répéter le juron préféré d’Elisabeth à sa sauce, mais le bandit, lui, semblait plutôt réfléchir. Il resta sans rien dire tandis que l’enfant continuait.

 — Je peux pas le laisser ici ! s’écria Minos. En plus, il m’a dit ce qu’il faisait avec les nanimaux !

 — Et… il fait quoi ?

 — Il les oblige de se battre entre eux!

 Alors que Maya était alors plus intéressé par les mimiques involontairement drôles de Kelvin, elle se tourna soudain vers Minos, la bouche grande ouverte au point, peut-être, d’égaler l’air idiot de Kelvin. Le jeune berger respirait bruyamment, comme si ces révélations lui avaient demandé un gros effort.

 — Comment tu peux savoir ça ? Shana m’a dit qu’il les exposait simplement en leur faisant faire des tours en ville…

 — C’est Mr Loup, il me l’a dit ! s’écria l’enfant.

 — Mais tu n’as pas d’autres témoins… ? supposa Kelvin, mal à l’aise.

 — Non mais… mais il me l’a dit ! s’écria Minos après quelques hésitations. Il se rend en ville avec deux nanimaux et il les oblige à se battre à mort devant des gens !

 Maya déglutit et croisa le regard de Kelvin. Si l’enfant disait vrai, elle comprenait encore mieux son attitude. Mais, et elle ne pouvait s’empêcher d’y penser, et si c’était le loup qui lui avait menti ? C’était un animal sauvage, après tout, un prédateur, même. Manifestement, et aussi étonnant que cela puisse paraitre, le bandit semblait partager ces suspicions.

 — Écoute Minos…, lança Kelvin d’une voix qui se voulait rassurante. Il est tard, nous devrions …

 L’enfant ne le laissa pas terminer sa phrase. Il fit volte-face et s’empressa vers le troisième cercle, d’où ils revenaient à peine. Maya se lança immédiatement à sa poursuite pour lui éviter de faire une bêtise et Kelvin fit de même lorsqu’il comprit ce qu’il se passait. Le petit garçon, aveuglé par ses sentiments, courait trop vite pour la muette, mais elle se fit vite dépassée par Kelvin qui, dans un bond surprenant, finit par se jeter sur l’enfant. Le souffle coupé, ils s’étalèrent par terre.

 — Laisse-moi !

 — Minos, calme-toi ! lança Kelvin. On v…

 Soudain un cri bestial les fit se figer et ils se turent. Maya se mordit les lèvres. Regardant autour, elle comprit qu’ils étaient arrivés près des cages des animaux. Manifestement, le dompteur du Train des artistes était encore là, avec son griloo, pas loin d’eux.

 — Il y a un problème, Koda ? demanda sa voix.

 Personne ne dit rien, Minos et Kelvin restant figés par terre, l’un sur l’autre. Maya faisait de son mieux pour rester immobile, respirant à peine. Même Pan semblait assez inquiet pour ne pas se manifester. Apparemment, ils se trouvaient juste derrière sa charrette. Minos et Kelvin pouvaient même voir ses pieds par-dessous le véhicule, et surtout les pattes de plusieurs animaux, un griloo ainsi que deux aurulves.

 — Sûrement juste un lapin, cesse d’être parano, Koda. Allez, vous autres, c’est l’heure du show.

 Par un coup de pouce du destin, les pieds du dompteur se mirent en mouvement pour prendre la direction du village, sans demander son reste. Si les aurulves le suivirent immédiatement, ce ne fut cependant pas le cas des pattes massives du griloo. Minos et Kelvin pouvaient le voir hésiter à suivre les traces de son maitre pour jeter un coup d’œil vers eux. Maya les imitait, mal à l’aise, alors que Pan s’était presque changé en statue à force de rester immobile. Finalement, les pattes de l’animal disparurent. Les garçons poussèrent un soupir de soulagement qui fit comprendre à Maya que la catastrophe avait été évitée. Aussi se laissa-t-elle retomber par terre.

 — Bon sang, chuchota Kelvin. C’était des pattes de quoi, ce truc ?

 — C’est un griloo, répondit Minos d’une voix presque aussi basse. Mais t’as vu, il va en ville pour que ses animaux se battent !

 Kelvin se releva, libérant ainsi Minos de son poids, et se gratta la tête. Le jeune garçon se massa le dos et le regarda avec appréhension. La frayeur avait au moins le mérite d’avoir calmé le berger.

 — Écoute, Minos, je suis d’accord, c’est un peu suspect, répondit Kelvin en essayant de trouver ses mots. Mais ça ne veut rien dire pour autant. Il va peut-être juste les montrer de nuit…

 — On a qu’à le suivre, alors ! s’écria Minos d’un air bougon. Mais s’ils se battent, alors, tu me promets de m’aider libérer Mr Loup !

— Heu… Bon, bien, alors suivons-le, mais de loin, hein…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Unpuis ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0