Zeusa

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 Minos était en train de caresser le museau de l’animal entre les barreaux. Pas très loin, Harmonie observait avec appréhension la scène alors que Pan, lui, paraissait plutôt jaloux et tapait du sabot. Maya, elle, avait encore du mal à y croire. Jamais elle n’aurait cru retomber sur lui à des kilomètres de leur lieu de rencontre. Pourtant, Minos restait formel.

 Si la luminosité faiblissait, Maya ne pouvait manquer la manière dont Minos se comportait. On aurait dit qu’il venait de retrouver un vieil ami perdu depuis longtemps. Une étrange alchimie semblait s’être tissée entre l’animal, le prédateur, et l’enfant, le dompteur.

 Malgré tout, Minos et le loup restaient séparés par la cage. Une certaine tristesse s’échappait de ce tableau à demi-teinte. Minos murmurait des mots inaudibles, de façon à ce que seules les oreilles de l’animal les perçoivent. Ce dernier réagissait docilement, presque mélancolique, ponctuant ses faibles gestes avec des petits coups de langue affectueux comme l’étaient ceux de Pan. Finalement, au bout d’un moment, Minos retira sa main et s’approcha du verrou de la cage qu’il examina malgré l’absence de lumière. Comprenant ce que l’enfant avait en tête, Maya fit un pas en avant pour lui prendre la main.

 — Je peux savoir ce que vous faites là ?

 Ils se retournèrent et virent un homme les foudroyer du regard. Dans la nuit, il était difficile d’apercevoir ses traits. Ce qui était moins simple à omettre, c’était l’immense silhouette aux larges épaules qui l’accompagnait, le dos manifestement courbé, ainsi que la forme féline à ses pieds, un aurulve. Tout ce qu’on pouvait dire sur l’homme qui avait parlé, c’était qu’il avait en main une étrange canne surmontée d’une sphère et à laquelle était attachée une clé qui s’agitait de droite à gauche à chaque mouvement.

 — Zeusa ! s’exclama Harmonie, les bras derrière le dos et le regard vers le sol. On… On était juste venus observer tes animaux de plus près…

 — Jeunes filles, éloignez-vous de ces barreaux ! exigea l’homme. Vous risqueriez de vous faire mordre !

 Minos déglutit, la mine mauvaise, mais ne répondit rien. Après un moment d’hésitation, il obéit et s’éloigna de la cage, imité par la muette. Manifestement satisfait, l’homme leur fit ensuite signe de se rapprocher tandis que lui-même se déplaçait jusqu’au feu de camp.

 Là-bas, ils purent enfin avoir une meilleure vision de ce Zeusa et de ses compagnons. Si Maya avait visé juste concernant l’aurulve, c’était sa première rencontre avec l’autre animal. Il était particulièrement imposant. Son corps était recouvert de poils et il se tenait debout sur ses courtes pattes arrières avec presque autant d’aisance qu’un être humain. Il avait des oreilles en arc de cercle et un museau court avec un petit nez sombre. On aurait dit qu’il ne savait pas quoi faire de ses pattes et les tendait vers le bas, laissant apercevoir les longues griffes dont il était pourvu. Tandis que Minos s’approchait de l’animal sans la moindre crainte, Maya estima sa taille à deux mètres, peut-être plus.

 Zeusa, par contre, était bien moins imposant, mais il n’attirait pas moins l’attention pour autant. Il portait un costume bleu électrique ainsi qu’une cape étincelante d’une couleur similaire, brodée avec de la laine. Ses poignets étaient parés de divers bijoux et tissus. À contrario, ses cheveux en bataille contrastaient avec son apparence soignée. Il observait les trois enfants avec un profond agacement, ses yeux bleus lançant des éclairs.

 — Eh bien, jeune garçon. Je sais que mes animaux ont de quoi subjuguer les foules, mais il ne faudrait surtout pas les libérer, ce serait risqué, tu comprends ?

 — Il est pas dangereux, je le connais ! répondit aussitôt Minos, sur le qui-vive.

 — Tu le connais ? répéta l’homme en ricanant. Allons bon, pourtant, je l’ai ramassé aux alentours de Leonne il y a déjà deux semaines. Comment pourrais-tu le connaitre ?

 Minos ouvrit la bouche mais s’interrompit avant qu’un son n’en sorte. Les paroles d’Elisabeth lui étaient revenues en tête et il savait qu’il devait éviter d’en dire trop.

 — Mais dis-moi, jeune garçon…, souffla Zeusa, intrigué, en se frottant le menton. Serais-tu, par hasard, un dompteur, toi aussi ?

 — Oui ! répondit Minos en bombant le torse, accompagné d’un bêlement de Pan. Moi aussi, je parle aux nanimaux !

 — Je vois, je vois. Ça fait longtemps que je n’ai pas croisé quelqu’un comme nous. C’est ton animal ?

 — Il s’appelle Pan!

 — Et tu l’as depuis plusieurs années, je suppose ?

 — Depuis qu’il est né !

 — Comme moi et Koda, dans ce cas ! lança-t-il en éclatant de rire, alors que l’immense animal à côté de lui poussait un grand cri féroce.

 — C’est… C’est un griloo ? demanda Minos, manifestement partagé entre admiration et mépris.

 — C’est ça ! Comme toi, je l’ai vu naitre. Un lien incomparable nous lie, tous les deux… Sûrement aussi grand qu’entre toi et Fan.

 — Pan ! corrigea Minos en gonflant les joues.

 — Peu importe. Quoi qu’il en soit…, poursuivit Zeusa d’une voix doucereuse tandis qu’il s’accroupissait pour arriver à sa hauteur. Je ne sais pas ce que mon loup t’a raconté, si tu lui as parlé, mais … je ne veux que son bien. Je l’ai déjà soigné, il était dans un piteux état quand je l’ai trouvé, tu sais.

 Minos resta silencieux, pas très à l’aise. L’homme avait beau se tenir à sa hauteur, ce dernier ne pouvait que se sentir tout petit, à cause du griloo. Son maitre arborait un sourire posé et calme, mais il dégageait comme une étrange aura. Minos avait du mal à croire cet étrange personnage. Il serrait ses petits poings et même Pan tapait du sabot comme pour menacer Zeusa. Maya, elle, comprenait aussi bien l’attitude de Minos que celle de cet autre dompteur. Après tout, ces animaux étaient son gagne-pain, il les exposait et leur apprenait des tours pour le plaisir des spectateurs. Minos, lui, aimait trop les animaux pour se résoudre à les voir en cage… À peu de chose près, puisqu’il n’avait pas manifesté le moindre désagrément avant de reconnaitre le loup.

²— Allez, lança Zeusa en ébouriffant les cheveux de Minos d’un geste paternel avant d’être dégagé d’un geste de bras. Tu ferais mieux d’aller dormir, maintenant. Il est tard, le soleil s’est couché. Retourne à Lemebeth, sous ton toit, tes parents doivent t’attendre, à cette heure.

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