Camping

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 La suite de la matinée ne fut pas bien mouvementée. Ils évoluaient à l’ombre des arbres. Maya observait toujours le paysage avec émerveillement, cherchant des plantes médicinal du regard. Depuis un moment, Kelvin discutait avec Théorbe. En les écoutant, Maya apprit que leur Train était composé de pas moins de douze véhicules pour vingt-sept membres. Ils voyageaient depuis de nombreuses années ensemble et parcouraient toujours les mêmes trajets en Safranie. Lui-même avait d’abord été un barde solitaire d’Alet. Une dame se joignit ensuite à leur conversation, depuis la charrette devant eux. Elle était le portrait craché de la jeune fille qui avait été intimidée par Elisabeth, avec quelques années de plus. Elle se présenta, Shana la jongleuse, et leur confia que sa petite sœur s’appelait Harmonie.

 Un peu plus tard et sans prévenir, Elisabeth tenta à nouveau de dépasser. Il fallut encore un petit moment avant qu’ils dépassent complètement la charrette et se glissent entre elle et la suivante. La marchande soupira et grommela quelques jurons, mais ne tenta plus de dépasser de la journée. Au moins était-elle débarrassée de Violoncelle.

 Shana retourna à l’avant avec sa petite sœur pour poursuivre la discution. Il ne manqua pas à Maya et Minos de remarquer à quel point Shana semblait emballée par les histoire du terrible bandit. À la fin de celles-ci, Shana applaudissait avec un rien d’exagération et même sa sœur l’observa d’un air qui en disait long. C’est ensuite qu’un homme apparut dans la charrette de devant et proposa à son tour de raconter une histoire. Il s’appelait Luth et il s’engagea dans une véritable épopée à propos d’une princesse pourrie-gâtée qui découvrait un royaume voisin fait des fleurs et de plantes agissant comme des nobles. Après quoi les discussions reprirent et, cette-fois, Elisabeth y prit part pour se moquer de Kelvin, qui ne semblait pas avoir compris que Shana avait un faible pour lui.

 Enfin, alors que la soirée allait tomber, ils arrivèrent près du village de Lemebeth. Elisabeth en profita pour quitter le train, soulagée, rêvant d’une bonne nuit de sommeil. Cependant, cela ne semblait pas aussi simple que prévu.

 — Comment ça, pas d’auberge ?! s’écria Elisabeth, atterrée.

 — Hélas, ma petite dame, il y en avait bien une, qui faisait un succulent ragoût d’advouquetin, répondit un petit homme mélancolique. L’auberge a brûlé il y a quelques semaines. Le propriétaire est encore dans un sale état, alors pour ce qui est des réparations et du ragoût…

 — Mais où est-ce que les gens de voyage dorment, du coup ? demanda Kelvin.

 — Ils font du camping ou dorment dans leurs charrettes, répondit l’homme en haussant les épaules. Ou bien ils logent chez des gens s’il fait mauvais…

 — Et vous ne connaitriez pas un endroit pour quatre personnes ?

 — C’est compliqué, peut-être une ferme… Je peux vous arranger le coup, en échange de votre advouquetin, si vous voulez.

 — C’est hors de question ! s’écria Minos, offusqué.

 — C’est sûr, un advouquetin vaut bien plus qu’une nuit sous toit, répliqua Elisabeth. Je pourrai en tirer un très bon prix si je voulais !

 — Bien, bonne chance, alors, répondit l’homme, visiblement déçu.

 Elisabeth demanda encore à quelques autres villageois, mais à part quelques avertissements par rapport aux bandits des environs, ils n’eurent rien de plus. Finalement, Minos proposa à ce qu’ils aillent rejoindre le Train des artistes et Kelvin approuva. Théorbe leur avait dit que les attaques étaient pour ainsi dire surréalistes, car personne n’irait s’en prendre à un cortège aussi long que le leur pour un butin dérisoire. Si Elisabeth refusa d’abord l’idée, Maya réussit à lui faire changer d’avis en lui montrant son chargement de grains. Elle finit par accepter de rejoindre les troubadours pour la nuit, mais grommela des jurons sur tout le trajet.

 En bordure du village, ils virent les charrettes installées pour former trois cercles au centre desquels on préparait de grands feux. Certains y jetaient du bois tandis que les autres préparaient de quoi manger, plumant des poulets inconscients ou épluchant des légumes. L’heure était au repas, et cela rappela surtout à Maya et aux autres qu’ils n’allaient pas pouvoir compter sur un repas d’aubergiste ce soir-là.

 Ils approchaient à peine que Violoncelle se leva, un gros couteau en main. Elle s’était drapée d’un tablier déjà tâché pour se placer face à eux.

 — Eh bien, Beth-beth ? lança-t-elle. Qu’est-ce qu’il y a ? On t’a pas manqué tant que ça, quand même ? Ou bien tu as perdu quelque chose et tu te demandes si c’est pas l’un de nous qui l’aurait « emprunté » ?

 Elle avait bien appuyé sur le dernier mot et la marchande se renfrogna d’autant plus. Maya l’observait d’un air inquiet, contente d’avoir éloigné le tromblon depuis quelques heures, mais appréhendant la réaction de la marchande. Manifestement, ils n’avaient pas parlé assez discrètement tout-à-l’heure. Qui sait ce qu’elle risquait de dire, ou plutôt de crier…

 — Non non, pas du tout ! s’exclama soudain Kelvin en agitant les mains. On n’a juste pas d’auberge où dormir.

 — Mais oui, bien sûr et mon cul c’est …

 — Violoncelle ! s’écria Théorbe. Veux-tu bien cesser de les embêter ?

 — Mais Théorbe ! protesta la musicienne. Ça crève les yeux, cette salope nous considère comme des moins que riens, et toi, tu laisses faire ?

 — Tu sais ce qu’elle te dit, la salope, sale catin pestiférée ?! s’écria Elisabeth en se levant sur son véhicule.

 Théorbe et Kelvin durent maintenir les deux femmes par les épaules pour les empêcher de se jeter l’une sur l’autre. Si c’était Violoncelle qui avait le couteau, c’était néanmoins Kelvin qui semblait avoir le plus de mal, car la marchande n’avait aucune hésitation à le frapper là où ça faisait mal. Le bruit rameuta finalement Shana, Harmonie et Luth, ainsi que deux autres curieux. Finalement, les deux femmes cessèrent leurs jérémiades, sans cesser de se fusiller du regard.

 — Je heum… Je crois que nous n’allons pas rester, lança Kelvin avec quelques hésitations.

 — Vous pouvez intégrer notre cercle, ou un autre, si vous voulez ? proposa Luth.

 — C’est gentil ! répondit Minos. Mais c’est peut-être plus prudent pour nous tous qu’on reste un peu à l’écart…

 — Enfin, c’est ridicule, s’écria Shana.

 — Shana a raison, de ce qu’on sait pour être déjà passés dans le coin, il y a quelques bandits par ici, ajouta Théorbe en lâchant enfin sa femme qui partit bouder dans son coin.

 — Ah oui ? répondit Kelvin, plus intéressé qu’effrayé.

 — Restez tout près, proposa Luth le conteur. Au moins assez pour les dissuader...

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