Violoncelle

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 — Salut ! leur lança la dame en levant la main vers eux. C’est une belle journée pour voyager, non ?

 — Oui, madame ! répondit Minos, s’attirant un regard noir de devant.

 — Vous nous avez vus hier soir ? Je ne me rappelle pas de vous avoir aperçus…

 — Non, répliqua sèchement Elisabeth.

 — Ah, ce n’est pas bien grave ! fit la femme en haussant les épaules. Laissez-moi me présenter, alors,…

 — C’est pas la peine…

 — Je m’appelle Violoncelle, et je suis musicienne. Je suis dans cette troupe nomade depuis mes quatre ans !

 — Passionnant.

 — Et vous, mes mignons, je peux savoir ce qui vous amène sur les routes ?

 — Nous allons à Eluse ! lança fièrement Kelvin, alors qu’Elisabeth se frappait la tête devant tant de bêtise.

 — Oh…, dans ce cas, nous ne sommes pas encore prêts de nous séparer, désolé, l’Assyrienne.

 — Vous y allez aussi !? s’écria Minos alors que Maya, inquiète, observait la marchande bouillir de rage.

 — Pas exactement, précisa la femme. On préfère Ucétie, mais on a une série de village à visiter avant. Et pour le coup, on risque de voyager avec vous encore deux ou trois jours.

 — Mais quelle bonne nouvelle, répondit Elisabeth en grinçant des dents.

 — N’est-ce pas ? répondit Violoncelle qui semblait manifestement prendre plaisir à embêter cette inconnue. On aura sûrement l’occasion de vous montrer de quoi on est capable !

 — Oh oui ! s’écria Minos, des étoiles plein les yeux, alors qu’Elisabeth faisait rouler les siens.

 — L’enthousiasme est quand même un peu présent ! Hey, Théorbe !

 — Quoi ? répliqua une voix masculine au-devant de sa charrette, caché par la toile.

 — Tu as ta mandoline ? demanda-elle en ouvrant une des malle.

 — Tu sais bien qu’elle ne me quitte jamais !

 — Alors, fais vibrer ses cordes, et réveillons le Train des artistes ! s’écria Violoncelle tandis qu’elle enfilait autour des poignets des bracelets couverts de grelots.

 — Nan, mais, ça ira, soupira Elisabeth.

 — Violoncelle, le soleil est à peine debout, et y en a qui ont pas bien dormi ! s’écria la voix. Si tu veux faire un chahut, attends au moins qu’on soit tous reposés, diantre !

 — Ah, bha, lui, je l’aime bien, murmura Elisabeth.

 — T’es pas drôle, Théorbe. Puisque tu ne veux pas m’accompagner, je vais jouer toute seule, na !

Et sans attendre, elle commença à gratter les cordes de sa propre mandoline, tout en agitant par moment les poignets pour ponctuer du son des grelots. La musique avait quelque chose d’entrainant et de motivant. Minos et Maya étaient bien contents d’entendre la musique et Kelvin avait le regard fixé sur la musicienne, profitant aussi bien de la vue que du son. Mais soudain, la charrette accéléra et dévia du chemin. La marchande était en train d’essayer de dépasser la musicienne qui lui tira la langue au passage.

 Pour leur permettre de la dépasser, Dom et Roch avaient dû accélérer la cadence. De ce qu’ils pouvaient voir, la file de ce qui composait le fameux "Train des artistes" était très longue. Il allait en falloir plus pour que les bovins puissent dépasser tout ça. Malgré les ordres qu’Elisabeth tentait tant bien que mal de leur donner, les animaux déviaient dangereusement sur la droite, au risque de percuter la charrette de Violoncelle et Théorbe. Heureusement ce-dernier fit ralentir ses propres bêtes pour que la charrette d’Elisabeth se glisse entre la sienne et celle de devant.

 — Pardonnez-la, elle sait faire sa peste, mais elle a aussi un grand cœur, lança d’un ton gêné le fameux Théorbe, un homme massif avec une grande barbe touffue dans laquelle avaient été enroulés des anneaux argentés.

 — Pas d’inquiétude, il n’y a qu’Elisabeth qui prend vite la mouche ! lui répondit Kelvin avant de se prendre un coup de coude.

 — Holala, Dom et Roch râlent presque autant que toi, Beth-Beth, lança Minos.

 — Ne m’appelle plus jamais comme ça, Minos, répliqua immédiatement la marchande.

 — Beth-Beth, ça te va bien, comme nom ! lança Violoncelle, dont la tête venait de s’extirper de la toile derrière Théorbe.

 — Maya, éloigne mon tromblon, ordonna la marchande. Je sens que je vais commettre un meurtre.

 Maya déglutit et obéit. Elle voyait bien que la marchande était sur le point d’exploser. Devant eux, la charrette suivante disposait du même assemblage de toile, à la différence que tout y était fermé et ne laissait donc pas voir l’intérieur. Ce n’est que lorsque Violoncelle termina sa musique qu’elle s’ouvrit, dévoilant une jeune fille blonde, coiffée en chignon, qui devait avoir le même âge que Maya. Elle portait une tunique blanche avec des reflets d'argent et observait les inconnus avec surprise. Cependant, quand son regard s’arrêta sur Elisabeth, qui lui adressait alors un regard noir, la jeune fille parut effrayée et disparut aussitôt de là où elle venait.

 — Bon, c’est pas gagné, mais faudra qu’on les dépasse tous, marmonna Elisabeth.

 — Je pense pas que Dom et Roch voudront bien, prévint Minos, sceptique. Les domrochs, ils dépassent rarement sur les routes. C’est pas fait pour accélérer, ça court presque jamais !

 — Pestiférée catin…, marmonna Elisabeth.

 — Si je puis me permettre, ce n’était pas très sympa, la façon dont tu as réagi et…, commença Kelvin avant qu’elle commence à l’imiter.

 — Et gnagnagna, pas gentil ! Bouuuh, je suis vilaine ! Sérieux, le grand costaud, ça fait une semaine qu’on se connait, maintenant, ça t’étonne ?

 — Surtout, je ne comprends pas pourquoi tu réagis comme ça… ils ne t’ont rien fait…

 — Pour le moment, répliqua Elisabeth assez bas pour ne pas que Théorbe et Violoncelle l’entendent. Je suis du genre méfiante, en tant que commerçante. Ces gens sont des opportunistes qui seraient prêts à voler de la marchandise.

 — Mais non, c’est juste de musiciens, et des conteurs, et des…

 — Et des escrocs, oui. Puis même s’ils ne tentent pas de nous voler, ça m’étonnerait qu’ils ne disent rien si un homme de l’Inquisiteur leur tombe dessus. Et ça me fait vraiment chier qu’on ne puisse pas les semer, là.

 — Moi, je parie qu’ils sont pas méchants ! T’as vu comme elle joue bien de la musique ? Hein, Maya ?

 Maya soupira aux paroles de Minos. C’était une de ces situations où son handicap se transformait un avantage. Elle se contenta de hausser les épaules, pour ne pas avoir à entrer dans le débat qui faisait rage.

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