Traffic sur la route

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 Durant tout l’après-midi, leur charrette poursuivit sa route. Pour se rendre jusqu’au port maritime d’Eluse, il fallait passer à travers de grandes régions boisées. Heureusement, les alentours des routes étaient surveillés et bien entretenus par les villages. C’était tout juste si la cime des arbres ne provoquait pas un peu plus d’ombres que d’ordinaire.

 Sur leur chemin, ils croisèrent quelques groupes composés essentiellement de pèlerins. Cela rappela à Maya qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de rendre leur costume à leurs voisins. Un petit larcin qui devrait néanmoins se montrer utile, puisqu’ils pouvaient passer inaperçus en les portant. À condition, évidemment, de ne pas se cogner contre un Savant trop impliqué.

 Finalement, alors que la nuit n’allait pas tarder, ils arrivèrent à une petite bourgade. Plus tranquilles, ils s’installèrent à l’auberge et commandèrent un bon repas. Ils étaient en train de manger quand une douce musique vint à leurs oreilles, bientôt suivie d’exclamations et d’applaudissements, ce qui eut tôt fait d’attirer l’attention de Minos.

 — On va voir, après ? proposa-t-il, un bol de soupe près des lèvres.

 — Ah, tiens, ça nous changera les idées, approuva Kelvin. N’êtes pas d’accord, Maya, Elisabeth ?

 Maya approuva avec un sourire. Elle avait besoin de penser à autre chose. Quoi de mieux qu’un spectacle de saltimbanques ? Cependant, la marchande ne semblait pas aussi enthousiaste. Lorsque Kelvin avait posé la question, elle venait tout juste de prendre en bouche un grand morceau de steak qu’elle mâchait, l’empêchant de répondre. Son regard sombre et méfiant, cependant, en disait déjà long.

 — Désolée, mais je pense que c’est un mauvais plan, dit-elle finalement, tout en redécoupant un morceau à peine moins grand que le précédent.

 — Ah bon ? Tu n’aimes pas les spectacles de rue ?

 — Ho, j’aimais bien ça, quand j’avais douze ans. Mais c’est surtout parce que, dans votre situation, il serait plus prudent de montrer son visage le moins possible.

 — Mais on est en sécurité, ici ! protesta Minos. Les gens, là, ils sont loin, ils peuvent plus capturer Maya !

 — Moins fort, Minos ! s’exclama tout bas Elisabeth en pointant sa fourchette vers lui. On ne sait pas si ces types sont bien restés à Orles. Si ça se met, il y en a un ou deux sur notre piste. Lorsque vous aviez les têtes cachées, on pensait aussi qu’il n’y aurait pas de danger, je vous rappelle. Et où est-ce que ça nous a menés ?

 Maya frissonna. Elisabeth n’avait pas tort. Il était donc plus prudent de rester à l’auberge, sans sortir. Cependant, Minos ne semblait pas convaincu pour autant. Kelvin, quant à lui, se contenta de poursuivre son repas pour ne pas avoir à donner son avis. Finalement, malgré les bruits des spectacles qui persistaient, ils montèrent dans la chambre qu’ils louaient. Le Dompteur put tout de même profiter de leur fenêtre, d’où il pouvait surveiller la troupe tandis que les autres allaient se coucher. Mais discret comme il l'était, Elisabeth dut le menacer de le jeter par la fenêtre s’il ne les laissait pas dormir.

 Leur rituel de réveil commençait à être bien huilé: Elisabeth la première, elle préparait un peu de décoction avant de secouer les autres pour les inciter à se rhabiller et à la suivre. Ils s’installèrent ensuite dans la charrette, prêts à partir de ce petit village dont ils ne connaissaient même pas le nom. Elisabeth semblait de meilleure humeur maintenant qu’elle avait récupéré de ses heures de sommeil. Enthousiaste, elle fit démarrer les bovins.

 Pourtant, très vite, Maya entendit la marchande bougonner et lancer quelques jurons. Surprise, elle se releva pour observer ce qui causait ce relent de mauvaise humeur. Elle constata alors qu'ils étaient loin d’être seuls sur la route.

 Une bonne dizaine de véhicules les précédaient sur le chemin. Certains étaient tirés par des domrochs, d’autres par de grands chevaux musclés. À la différence de leur propre charettes, ces dernières disposaient de murs et d’un toit en toile. La plus proche les avait grand ouvert afin d’y laisser passer l’air. Maya y vit deux hamacs sur le côté, ainsi qu’une table en bois et divers sièges raccommodés. Il y avait même deux malles en bois sur lesquels reposaient quelques objets. Enfin, une femme était assise à l’entrée de sa « demeure », observant d’un air curieux la nouvelle charrette sur la route. Elle avait de longs cheveux noir ébène et un cou particulièrement long, paré de plusieurs anneaux dorés. Sa peau était bronzée, mais moins que celle d’Elisabeth. Une jupe colorée lui arrivait jusqu’aux pieds, nus, et une chemise blanche laissait entrevoir sa poitrine généreuse. Elisabeth donna d'ailleurs un coup de coude au bandit quand elle remarqua ce qu’il fixait.

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