La Loi du décuple

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 Lorsque Maya se réveilla, le soleil commençait à peine à se lever et éclairait les alentours de sa douce lumière, offrant un magnifique paysage aux lève-tôt. Kelvin et Minos étaient toujours endormis, mais Pan tourna la tête vers elle. Elisabeth, par contre, tenait toujours les rênes de son véhicule. Ils avaient continué d’avancer toute la nuit. Elle n’avait pas quitté son poste mais elle en payait le prix. Maya sursauta en apercevant la mine affreuse qu’elle tirait. Son teint était grisâtre, et elle avait la bouche à demi ouverte d’où pendait négligemment un filet de bave. Ses yeux étaient aussi vides que ceux d'un mort. Décidemment, passer une nuit blanche ne lui réussissait pas.

 — Ah, c’est toi, lança-t-elle d’un ton maussade. Bien dormi ?

 Maya acquiesça avant d’afficher une mine inquiète. Manifestement trop à l’ouest pour réfléchir, Elisabeth se contenta de détourner la tête pour surveiller la route.

 Ils avaient décidé de s’éloigner au plus vite d’Orles. C’est pourquoi ils ne s’étaient pas arrêtés au premier village sur la route malgré la nuit. Tant que Dom et Roch continuaient, ils n’avaient aucune raison de s’arrêter. Minos leur avait fait comprendre qu’ils allaient devoir fournir un gros effort afin de ne pas se retrouver coincés bêtement comme l’avait été Elisabeth le jour de leur rencontre. Les bovins tenaient le coup mais leur maitresse risquait bien de lâcher avant eux.

 Leur destination, cependant, n’était plus Lucrèce. Si la capitale était l’objectif original d’Elisabeth elle avait affirmé qu’il y avait désormais de nouvelles priorités. Or, c'était trop risqué, désormais. S’ils remontaient jusqu’à elle, la capitale deviendrait la nouvelle cible des Disciples.

 Ils avaient donc choisi de se rendre à Eluse. La ville se trouvait au sud-ouest d’Orles et était réputée comme la capitale du commerce d’esclaves en Safranie. Pas une destination très enthousiasmante, mais c’était surtout une ville avec un accès à la mer. Ainsi, à termes, ils se rendraient en Assyr, chez Elisabeth.

 Comme Kelvin et Minos se réveillaient, ils approchaient d’un petit village. Tout le monde devait encore y être endormi, à part le boulanger dont la cheminée crachait déjà des panaches de fumée. Elisabeth alla frapper frénétiquement à la porte d’une auberge. Kelvin et Maya descendirent pour lui tenir compagnie et un homme en robe de chambre finit par lui ouvrir, bougon. Lui aussi sembla effrayé par la figure de l’Assyrienne, que Kelvin repoussa à temps avant qu’elle ne lui lance des insultes. Ils demandèrent une chambre pour quelques heures, et le maitre de maison leur indiqua où garer la charrette.

 Minos se proposa de s’occuper des animaux et la marchande fila se reposer. Une fois Dom et Roch mis à l’abri, ils retournèrent à l’auberge pour y prendre un rapide petit-déjeuner à trois, puis partirent se reposer dans la chambre où dormait déjà leur amie.

 Ce ne fut que vers 14h qu’ils furent tous fins prêts à repartir. Afin de tenir jusqu’au soir, Elisabeth s’était préparée une grande tasse de sa décoction. Maya avait fini par s’endormir une ou deux heures de plus. Même Dom et Roch avaient bien profité de cette pause bien méritée.

 — Allez, on va essayer de reprendre un rythme normal, lança Elisabeth. Faudra juste pas que ces faces de blobouille nous rattrapent.

 Maya approuva de la tête. Elle comprenait mieux l’insulte depuis qu’elle avait vu une vraie face de blobouille. En y réfléchissant, elle avait pu mettre une tête sur certains de ses poursuivants. En plus d’Héron, elle pouvait désormais ajouter deux visages d’homme à sa liste. Avec la femme à la sortie de la ville, cela faisait trois Disciples en plus du Savant.

 — On est à combien de jours d’Eluse, vous croyez ? questionna Kelvin, qui s'était assis à côté de la marchande, à l'avant.

 — On en a bien pour trois jours, peut-être quatre, répondit Elisabeth.

 — Je me demande ce qui est arrivé à Robin et au gentil m’sieur de l’Église…, évoqua Minos.

 — Mieux vaut éviter d’y penser, maugréa Elisabeth. L’Évêque se sera sûrement fait attraper après avoir provoqué la diversion face aux débiles…

 — Le roux, lui, il devrait s’en sortir, non ? lança Kelvin.

 — J’espère pour lui… quoi qu’il en soit, la vie risque bien de s’assombrir pour lui et ses potes, même si on ne fait pas le lien entre lui et nous…

 — Qu’est-ce que tu veux dire ? s’étonna Kelvin.

 — Pendant qu’on vous attendait à la sortie des égouts, un crieur public est passé, annonça sombrement Elisabeth. Il a annoncé des réformes quant au statut d’esclave dans ce pays.

 Maya porta vers la marchande un regard interrogatif. L’Assyrienne peinait à cacher une certaine colère.

 — Grosso modo, les maitres n’ont plus à se justifier quand ils tuent leurs esclaves, lança-t-elle. La prime générale de tout esclave en fuite a été rehaussée, et les marquages deviennent obligatoires, puis j’en passe... C’est un sale coup pour tous les esclaves en Safranie.

 — C’était déjà pas top d’être un esclave…, soupira Kelvin.

 — Évidemment que c’était pas top ! répliqua la marchande. Mais au moins, ils n’ont pas touché à la Loi du Décuple, ce qui laisse une petite chance…

 — La quoi ? s’étonna Minos en fronçant les sourcils.

 — La Loi du Décuple, répéta Elisabeth. C’est une convention commune à tous les pays. Un esclave est en droit de racheter sa liberté, en dépensant le décuple de son prix de départ. Comme certains maitres laissent leurs esclaves conserver de l’argent, cela permet aux plus chanceux de faire tourner la chance en leur faveur. Et c’est là-dessus… que nous pourrons libérer Maya de ses connards de poursuivants.

 La muette retint son souffle. Il existait donc une échappatoire ? Cela suffirait-il à la sauver des griffes de l’Inquisiteur ?

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