Dernier obstacle

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 — Content de te voir aussi, Minos ! lança Kelvin.

 — Allez, sortez vite de là ! leur ordonna Robin.

 Maya ne se fit pas prier et s’engagea sur l’échelle, suivie de Kelvin. Le jeune berger l’aida à sortir et, dès qu’elle fut debout, il l’étreignit fort contre lui, laissant la muette surprise par cet élan soudain d’affection.

 — J’ai eu si peur ! lança l’enfant. J’ai vraiment cru que… enfin…

 Il renifla et relâcha son emprise, jetant vers la jeune fille un regard gêné. Maya l’observa, sans savoir quoi dire, puis l’étreignit à son tour. Il est vrai que le berger avait déjà perdu beaucoup de proches. Une nouvelle perte n’aurait été que plus terrible encore. Une fois que Kelvin fut lui aussi sorti, Minos lui sauta aussi dessus et le bandit se contenta d’en rire. Pendant ce temps, Robin s’était approché de la porte et l’avait entrouverte pour guetter ce qu’il se passait en dehors.

 — Votre amie est juste là, leur expliqua-t-il en se tournant vers eux. Foncez dans sa charrette et cachez-vous sous la toile qu’elle y a mise.

 — J’ai dû tout lui expliquer, précisa Minos, un peu confus. Mais elle est toujours d’accord pour nous aider !

 — Ok, répondit Kelvin en déglutissant. Je suppose qu’elle voudra qu’on en reparle après…

 — Ah, oui, elle a dit qu’elle nous trubidulerait une fois qu’on serait sortis… annonça Minos.

 Quel que soit le sens du verbe « trubiduler », ça ne sentait effectivement pas bon. Mais cela faisait partie du caractère d’Elisabeth, pensa Maya. Ne pas avoir été mise au courant devait l’avoir mise en rogne. Mais pas au point de les abandonner. Minos sortit en premier, puis leur fit signe. Kelvin et Maya sortirent donc en essayant de se faire les plus discrets possible, après avoir remercié Robin. La charrette était garée à côté du petit bâtiment. Ils se trouvaient dans une ruelle proche du Port fluvial qu’ils avaient visité le matin.

 La marchande, de dos, tourna la tête en entendant du mouvement. Quand elle les reconnut, elle se dépêcha de faire semblant de rien. Elle attendit qu’ils s’installent sous le large drap, en compagnie des différents sacs de grains et du reste de leurs affaires. Pan, qui s’y trouvait déjà, s’avança vers eux, l’air joyeux, mais recula en sentant l’odeur qu’ils dégageaient. Leurs sabots et bottes étaient encore parsemés de mélasse. Maya remarqua avec une certaine malice que sa floracanon avait été sortie de son sac.

 Ils étaient à peine installés qu’Elisabeth démarrait. Dom et Roch avançaient paisiblement dans la ville qu’ils ne pouvaient plus voir. Minos essaya d’engager la conversation, mais Elisabeth pesta haut et fort contre le brouhaha des rues. Le message fut assez clair et l’enfant se tut.

 Soudain, la charrette s’arrêta. Kelvin fit un mouvement pour dégager la toile qui les recouvrait, mais il se figea au son d'une voix qu’ils ne connaissaient pas.

 — Inspection du chargement avant de sortir de la ville, mademoiselle, disait une voix grave et monotone.

 Maya, Kelvin et Minos croisèrent leurs regards, retenant leur souffle. Au-devant de la charrette, Elisabeth, elle aussi, était soudain devenue toute pâle.

 — Comment ça, inspection ? Vous vous fichez de moi ?

 — Désolé, ma petite dame, c’est les consignes qu’on vient de recevoir. Toute personne sortant de la ville doit se soumettre à une inspection afin de récupérer des criminels en fuite. On va pas vous déranger longtemps, juste vérifier qu’ils ne sont pas là.

 — Mais évidemment qu’ils ne sont pas là. Vous me prenez pour une dingue, ou quoi ? Je veux juste déplacer ma marchandise !

 — Ma petite dame, calmez-vous, c’est juste un…

 — Mais pestifirée catin, j’ai pas envie qu’on fouille mes affaires ! Dégagez !

 — Qu’est-ce qu’il se passe ici ? lança alors une nouvelle voix.

 La marchande tourna la tête et retint son souffle. La personne qui venait de parler portait une tenue de disciple. Au-delà de ça, c’était son visage qui la frappait. Elle avait immédiatement reconnu ces cheveux blancs neiges qui lui tombaient jusqu’aux épaules. La femme avait des cernes au visage, ainsi qu’un nez minuscule. Sa bouche, enfin, était presqu’imperceptible. Il n’y avait pas de doutes à avoir, et la Disciple, en se rapprochant, eut la même réflexion à propos de l’Assyrienne.

 — Tiens, mais… Elisabeth… ? demanda-t-elle en se plaçant juste à côté du soldat. Je me trompe ?

 — Salut Agathe, soupira l’Assyrienne, pas très rassurée. Ça fait longtemps…

 — Effectivement, confirma Agathe d’un ton très sérieux, ne trahissant aucun sentiment. Je n’aurais pas imaginé que tu aurais ce langage…

 — Tout change, soupira Elisabeth. Je ne pensais pas non plus que tu servirais le Culte…

 — Vois plutôt ça comme une façon de payer mes dettes auprès du Père Arnoldson. J’ai appris pour ton père. Je compatis.

 — Humf, et tu peux m’expliquer pourquoi ce gars veut pas me laisser passer ? Il m’a parlé d’une connerie de criminels en fuite.

 — C’est sur ordre du Culte, confirma Agathe. Rien qui te concerne.

 — Du coup, je peux passer ? en profita Elisabeth. J’ai encore beaucoup de chemin, j’ai des marchandises à présenter à votre Impératrice, à la base.

 — Je vois, répondit Agathe en jetant un coup d’œil vers le chargement de la charrette. Hé bien, vas-y, alors. Bonne chance pour présenter tes produits.

 — Merci ! s’exclama la marchande, faisant de son mieux pour cacher son soulagement. T’as entendu, le demeuré ? Je passe !

 Le soldat et la Disciple s’écartèrent pour libérer le chemin et, sans tarder, l’Assyrienne démarra. Sous la toile, le trio essayait de ne pas respirer. Ils avaient tout entendu, et avaient encore du mal à croire à la chance qu’ils avaient eue. Qui que soit cette Agathe, elle les avait sortis d’un mauvais pas sans le savoir. Ils restèrent immobiles encore un long moment, puis, quand ils furent assez éloignés de la ville, Elisabeth arrêta son véhicule et retira elle-même le drap qui les cachait. Elle poussa un cri de soulagement, puis se tourna vers Orles en faisant des gestes obscènes, accompagnés de jurons. Le bandit, le berger et la marchande éclatèrent ensuite d’un grand rire nerveux puis ils se serrèrent les uns les autres pour fêter leur victoire. Ils étaient sortis de l’Église. Ils avaient échappé aux Disciples de l’Inquisition. Ils étaient sortis vivants de la ville d’Orles.

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