Par les égouts

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 À peine avaient-ils franchi la dernière marche de l’escalier qu’ils entendirent la voix de Lucius crier derrière eux, ordonnant qu’on les arrête. Sa voix, cependant, était interrompue par une toux incontrôlable. Il était fort probable que le Disciple n’ait même pas vu quelle direction ils empruntaient. Mais des bruits métalliques indiquaient qu’un soldat s’était effectivement lancé à leur poursuite. Il n’était donc pas question de ralentir.

 Ils se lancèrent donc, comme l’Évêque le leur avait conseillé, dans la Rue Nourricière. Les deux fugitifs n’avaient toujours pas mangé mais, dans pareilles circonstances, leur estomac était à reléguer au second plan.

 Ils cherchaient Robin. Selon Steinbeck, c’était à lui qu’ils devaient demander de l’aide. C’est après quelques minutes de course effrénée qu’ils virent l’esclave aux cheveux roux leur faire un signe de bras. Il se tenait derrière la porte d’un bâtiment, et ils s’y dirigèrent rapidement. Il les fit aussitôt entrer et ferma la porte derrière eux, plaçant une planche en bois pour empêcher toute personne de pénétrer à l’intérieur.

 — Vite, suivez-moi ! Les soldats sont pas loin, alors, illico !

 — Mais il n’y a pas de sortie ! s’exclama Kelvin, paniqué en se frottant un œil qui avait dû recevoir un peu de pollen malgré les précautions.

 Maya retint son souffle. Le bâtiment ne disposait que d’une seule pièce, telle une simple cabane. La seule porte visible était celle qu’ils avaient empruntée, il n’y avait pas plus de fenêtres. Si effectivement les soldats les avaient vus entrer, alors ils étaient pris au piège. Mais Robin leur afficha un large sourire et montra quelque chose au sol. Ils marchaient sur une trappe en bois poussiéreuse. Maya le poussa Kelvin pour qu’ils puissent ouvrir le passage. Comme ils découvraient le tunnel sous leurs pieds et une odeur malodorante par la même occasion, le bandit poussa une exclamation de joie.

 — Un passage secret ! s’exclama-t-il, lui qui en avait cherché un dans l’Église.

 — L’entrée des égouts d’Orles, précisa Robin. Si vous voulez bien me suivre.

 Il s’y laissa glisser. Kelvin suivit aussitôt, et Maya les imita, dégoutée par l’odeur nauséabonde qui violait ses narines. Les bruits derrière la portefinirent de la convaincre. Elle referma la trappe par-dessus son visage et s’enfonça dans l’inconnu.

 Le tunnel était sombre, très sombre, mais il aussi très large. Les pieds de Maya et le bas de sa tenue étaient plongés dans un liquide froid et pâteux qu’elle aurait préféré ne pas toucher, se doutant de sa composition. Heureusement, Robin alluma une torche et ils purent voir l’immensité des égouts se profiler devant eux. Il y avait des tunnels de toute part, tels les artères cachées de la ville. Ceux-ci partaient dans tous les côtés, dans un gigantesque labyrinthe à l’échelle du bourg. Kelvin plongea sa main par terre puis fit un geste pour se rincer l’œil. Heureusement, Robin l’empêcha au dernier moment de commettre cet attentat à l’hygiène et leur fit signe de plutôt le suivre.

 Alors qu’ils s’éloignaient, ils entendirent au loin des voix. Les soldats étaient sûrement parvenus à entrer mais devaient hésiter à les suivre dans cet endroit pouilleux. Ils avaient été assez rapides pour disparaitre dans les méandres des égouts.

 Marchant, Maya avait de plus en plus de mal à cacher son dégoût. Voilà quelque chose qu’elle n’avait pas envisagé lorsqu’elle avait visité la ville. Comment un si jolie bourg pouvait-il cacher dans ses entrailles un lieux aussi répugnant ? Elle ne comprenait pas comme Kelvin faisait pour avancer sans trahir le moindre signe de malaise. Même Robin semblait affecté, bien qu’il connaisse manifestement le chemin à emprunter.

 À un nouveau croisement, un mouvement et des bruits dans les flaques attirèrent le regard de la muette. Elle eut tout juste eu le temps de voir la queue d’un rat fuir la clarté de la torche. D’autres bruits retentissaient parfois dans le liquide malpropre et trahissait la présence de l’un ou l’autre animal que Maya aurait vraiment préféré ignorer.

 Soudain, Robin s’arrêta, et fit signe derrière lui aux deux autres de faire de même. Devant lui, un rat venait de passer avant de se faire subitement aspirer par une énorme boule noire couverte de pustules. La queue du rongeur dépassait encore de sa bouche quand Maya comprit qu’il s’agissait d’un animal. Il avait de tous petits yeux. La créature était aussi grosse que Pan et son énorme gueule semblait occuper presque tout son corps. Elle aurait été capable d’avaler un enfant d’une seule bouchée. Par bonheur, elle ne manifestait aucun signe d’agressivité. Elle pivota un peu lamentablement pour ne plus que la lumière la gêne et resta sur place. Ses pattes paraissaient minuscules par rapport au reste de son corps. À se demander s’il n’aurait pas été plus efficace pour elle de rouler pour se déplacer.

 — Un blobouille ? demanda Kelvin.

 — Ouais, une sale bête, répondit l’esclave. Venez, on va contourner, pas envie qu’il essaye de vous attraper les jambes…

 Il s’écarta pour passer à quelques mètres, Kelvin et Maya sur les talons. L’esclave hâta le pas afin de s’éloigner de l’animal et Maya jeta vite un regard en arrière avant qu’elle ne puisse plus le voir, faute d’éclairage. Elle se demandait quelle aurait été la réaction de Minos face au « blobouille », lui qui s’extasiait d’ordinaire sur tous les animaux.

 Ils continuèrent leur route en faisant attention où ils mettaient les pieds. Le calme des égouts n’était perturbé que par leurs pas et les déplacements des rats qu’ils dérangeaient. Les soldats, s’ils s’étaient décidés à les suivre, devaient avoir perdu leur trace. Robin avait d'ailleurs ralenti son rythme au fur et à mesure. À moins que ce ne soit parce qu’il avait perdu ses sandales dans la mélasse pouilleuse ?

 Après un bon moment, l'esclave s’arrêta et leur désigna, près d’un mur, une échelle. Au plafond, il y avait une trappe, comme celle qu’ils avaient empruntée pour arriver. Il confia sa torche à Kelvin et grimpa aux premiers barreaux puis frappa trois coups. Il ne fallut pas longtemps avant que cette dernière s’ouvre, dévoilant le visage radieux de Minos, qui se décomposa bien vite lorsque l’odeur vint lui chatouiller les narines.

 — Mais ça sent trop pas bon ! s’exclama-t-il en couvrant ses narines.

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