Improbables alliances

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 Il ne fallut pas longtemps avant que l’Évêque d’Orles trouve celui qu’il recherchait. Robin, l’esclave roux qui animait les visites de la ville, avait ses habitudes dans une auberge, « Au shérif usurpateur». Lui et son ami Jean avaient toujours bénéficié d’une grande liberté malgré leur statut. Beaucoup n’avaient pas cette chance, et ils en étaient bien conscients. Souvent, ils avaient quartier libre et on leur donnait quelques Arsènes pour leurs loisirs. Ils avaient bonne réputation et contribuaient largement à donner une image sympathique du consul à la populace.

 Un ménestrel grattait à son banjo et une bonne odeur de viande fumée s’échappait des cuisines. Le roux était assis à sa table habituelle, en compagnie d’une jeune femme au teint mat et d’un garçon aux cheveux bruns que l’Évêque ne connaissait pas.

 — Monseigneur ? l’appela le maitre des lieux en lui montrant une corne pour y servir du vin.

 — Non, pas maintenant, Allan, merci.

 Il se dirigea vers la table de Robin, qui parlait avec beaucoup d’agitation. Alors qu’il approchait, il vit les yeux de l’enfant et de la femme s’écarquiller. Cette dernière fit même un geste, comme pour attraper quelque chose posé à ses pieds. Prenant les devants, Mgr Steinbeck montra ses deux mains qu’il leva en l‘air, en signe de paix.

 — C’est peut-être difficile à croire, mais je viens en ami, lança-t-il. Puis-je … ?

 Robin se retourna, rassuré, avant de reculer sa chaise pour laisser une place au Cultiste. L’enfant et la femme, par contre, conservaient cet air méfiant. Ils l’avaient reconnu. Il se doutait bien que leurs premières conclusions en le voyant ne devaient pas être bienveillantes.

 — Monseigneur…, soupira Robin. Quel… bon vent vous amène ?

 — Le même que pour vous, répondit le Cultiste, peiné. Je cherche à aider cette jeune fille et son ami qui se sont introduits dans mon Église.

 — Vraiment ? s’exclama le jeune Minos.

 — Vraiment ? répéta Elisabeth avec un air très différent, exprimant encore plus de méfiance qu’auparavant.

 — Vraiment, confirma l’Évêque. Je suis peut-être un membre du Culte, mais c’est justement pour cette raison que je cherche à protéger ces deux âmes. Ils bénéficient du Droit de Sauvegarde, et toute violation à celui-ci doit être empêchée.

 — On peut faire confiance à Monseigneur Steinbeck, assura Robin en hochant la tête. C’est un homme bon.

 — Il n’empêche que les enflures qui en veulent à nos amis sont des Cultistes, eux aussi, fit remarquer Elisabeth d’un ton sec. Pourquoi ne partagent-ils pas vos beaux principes ?

 — Je sers Lithé et Meroclet. Ces gens dont vous parler, je pense plutôt qu’ils servent l’Inquisiteur. C’est très différent.

 La marchande se tut et l'observa sous toutes ses coutures, jaugeant le pour et le contre. Le jeune garçon, quant à lui, avait le regard qui alternait des trois personnes assises à sa table. Il jouait nerveusement avec un trognon de pomme entre ses doigts, comme pour s’occuper l’esprit.

 — Bon, très bien, je suppose qu’on n’a pas trop le choix, soupira Elisabeth. Vous seriez peut-être prêt à mettre la main à la pâte, pour le coup ?

 — C’est-à-dire ? s’étonna l’Évêque. Vous avez déjà dressé un plan ?

 — On peut dire ça comme ça, répondit Robin avec un sourire de filou.

 — Même que j’ai eu une super idée ! fit remarquer Minos en levant la main.

 — Et c’est justement concernant cette idée que votre participation serait la bienvenue, Monseigneur.

 L'Assyrienne avait prononcé ce dernier mot de manière à la fois insistante et dédaigneuse. Mais l’Évêque n’en tint pas compte. Au contraire, Mgr Steinbeck était plutôt intrigué, voire même excité, à l’idée d’avoir un rôle important à tenir dans cette histoire.

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