Fert le disciple

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 Cela faisait déjà plus d’une heure que Maya et Kelvin avaient trouvé en l’Église d’Orles un refuge quasi miraculeux. Au fur et à mesure que les minutes passaient, les murs de l’édifice prenaient peu à peu les allures angoissantes d’une prison. Ils ne pouvaient pas sortir, au risque d’être pris en chasse par les hommes de l’Inquisiteur. Si les disciples de Mgr Steinbeck étaient prêts à protéger leur Église, ils ne pourraient hélas rien faire pour les aider une fois qu’ils en auraient quitté l’enceinte.

 Outre le sort qui les attendait, Maya commençait aussi à angoisser au sujet de Minos. Qu’avait-il fait en ne les voyant pas revenir ? Était-il en train de les chercher ? Peut-être s’était-il fait remarquer ? Cette seule pensée lui donnait des frissons. Ou bien avait-il demandé de l’aide à Elisabeth ? Ils ne pourraient plus épargner la marchande de la vérité, désormais… Tous leurs efforts pour la laisser en dehors de cette histoire risquaient de se révéler vains. À moins qu’elle décide de les laisser à leur triste sort ? Peut-être serait-ce mieux pour tout le monde ?

 Si Kelvin ne lui avait pas parlé d’un ton aussi assuré en terminant son histoire, Maya aurait déjà fondu en larme. La jeune fille se sentait horriblement faible. Seuls la chance et ses amis l’avaient aidée à s’en sortir jusqu’ici. Elle avait l’impression d’être restée un poids pour chacun.

 Elle jeta un coup d’œil vers le bandit. Il faisait le tour de l’Église pour la troisième fois déjà, inspectant chaque pan de mur avec soin. Il avait émis l’hypothèse saugrenue qu’il y aurait un passage secret, sans succès. Maya ne savait pas si elle devait y voir un grand optimisme ou de la bêtise.

 Elle tressaillit de peur au bruit des pas derrière elle. Elle se retourna, s’attendant à voir Héron fondre sur elle tel un rapace sur une souris. Mais ce n’était qu’un citoyen de la ville venu prier. La jeune fille soupira, rassurée. L’Évêque n’avait pas scellé les portes de l’Église, qui restaient ainsi ouvertes pour les fidèles. Ils étaient cinq en ce moment, tous arrivés après eux. Les disciples chargés leur jetaient des regards suspicieux avant d’adresser à Maya des sourires rassurants. Cette fois-ci, cependant, l’un deux, un bonhomme barbu, plus âgé, au visage couvert de cicatrices, se dirigea vers elle. La muette déglutit tandis qu'il s’asseyait à côté d’elle.

 — Je m’appelle Fert, lança-t-il d’une voix éraillée. Vous pouvez compter sur nous pour veiller à votre sécurité tant que vous serez ici.

 Maya cligna des yeux, puis lui sourit faiblement. C’était sa manière de lui exprimer sa gratitude. L’homme eut un petit rire nerveux puis tourna le visage vers le chœur de l’Église.

 — Mgr Steinbeck est un homme bon, lança-t-il. Il m’a aidé à quitter la rue où je vivais péniblement, en son temps. Et c’est aussi un gars futé, il trouvera une astuce pour vous faire quitter cet endroit. Je pense qu’il est allé voir le consul. Ces gars ont tué un de ses esclaves, après tout.

 Maya se mordit les lèvres. Si Steinbeck était effectivement parti au Consulat, alors peut-être croiserait-il la route d’Elisabeth et Minos ?

 — J’sais que la situation doit pas être des plus évidentes pour vous autres, poursuivit Fert en jetant un coup d’œil à Kelvin qui palpait consciencieusement les reliefs sculptés des murs. Mais vous êtes sous la protection de Lithé et Meroclet, plus que la nôtre. Vous savez, les gens d’ici viennent souvent pour prier les Dieux. Pour réclamer leur soutien divin pour la suite de leur destinée. Si j’étais vous… Je leur demanderais un léger coup de pouce. Enfin…

 Il soupira puis lui adressa un nouveau regard de sympathie. Cette fois-ci, Maya n’y répondit pas. Elle était poursuivie par le Culte depuis plus d’une semaine maintenant. pourtant, c’était aussi auprès de l’Évêque qu’elle avait trouvé une protection dans sa situation catastrophique. Peut-être ces fameux Dieux existaient-ils vraiment, et peut-être n’avaient-ils rien contre elle… ?

 De nouveaux pas résonnèrent et Fert se leva pour observer le nouvel arrivant. Maya fit de même, et reconnut le peintre Edouardo Chumn. Celui-ci s’arrêta en pleine marche, comme si le fait de se sentir épié de tous l’oppressait. Comme personne ne voyait pas en lui une menace, ils détournèrent les yeux, et le peintre s’installa sur un banc proche de celui de Maya. Fert s’éloigna de la muette en lui adressant un clin d’œil complice. Puis, comme le barbu le lui avait conseillé, la muette ferma les yeux et s’abandonna à la prière.

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