Rencontre fortuite

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 La visite se poursuivit encore lontemps. Ils passèrent par différents quartiers, s’attardant sur l’une ou l’autre façade empreinte d’anecdotes. Les deux guides leurs présentèrent d'autres boutiques et racontèrent des légende d’Orles. Sur la place Ste-Lucie, ils montrèrent l’hospice ainsi que la poste, là où se dirigeaient tous les faucons en charge d’apporter le courrier.

 Le soleil était haut quand ils arrivèrent dans ce que Robin désigna comme la Rue Nourricière. Le peu qu’on puisse dire, c’était qu’elle portait bien son nom. Il n’y avait pas un seul bâtiment de cette voie qui n’était pas dédié à la nourriture. Les marchands qui exposaient leurs fruits et légumes côtoyaient ceux qui faisaient rôtir des volailles à la broche. Les vitrines des boulangeries étaient garnies de viennoiseries appétissantes, rivalisant avec les poissonniers et les boucheries voisines. D’autres offraient de composer des tartines, chaudes ou non, tandis que des tavernes proposaient de boire ou un repas complet. Les parfums délicats avaient de quoi mettre l’eau à la bouche.

 — Et voici, messieurs-dames, le quartier de tous les délices, l’endroit le plus populaire de toute la ville, et sûrement ma rue préférée ! lança Robin.

 — C’est l’occasion pour nous tous de profiter d'une pause bien méritée! poursuivit Jean. Contre quelques pièces, vous trouverez facilement votre bonheur.

 — Si vous avez des questions, je ne bouge pas d’ici tandis que Jean va nous chercher notre propre repas. Nous repartirons d’ici une bonne trentaine de minutes, mais si vous ne nous retrouvez pas, vous pouvez continuer tout droit. Le prochain arrêt sera l’Église d’Orles, sur la place St-Gustave ! Bon appétit !

 Sur ces mots, les deux amoureux se détournèrent pour se diriger vers une taverne. Minos, qui était devant, fit volte-face et retira sa capuche, tout content de leur matinée.

 — Ils sont chouettes, hein ? lança l’enfant.

 — Tout-à-fait, exactement, précisément ! répondit Kelvin, enjoué. Ils savent capter l’attention !

 — Bon, on se sépare pour essayer de trouver des choses à manger ? proposa le berger. On n'a pas beaucoup d’argent, faut pas prendre de trop. Je vais voir par-là, je vais essayer de botanir les prix, puis on se retrouve ici pour décider !

 Maya fronça les sourcils, essayant de comprendre puis acquiesça. Après leur marche, ils avaient hâte de partager un copieux repas. L’enfant s’éloigna à la recherche d’un menu qui leur conviendrait à tous. Kelvin proposa ensuite à Maya de l'accompagner pour repérer, eux aussi de quoi ouvrir leur appétit.  

 Il était difficile de résister à l’odeur alléchante des mets présentés. Du bol de soupe au pain garni de fruits confits, en passant par les saucisses assaisonnées et grillées sur un bâton, tout attirait le duo. Ils ne parvenaient pas à faire plus de dix pas sans s’arrêter pour jeter des regards envieux. Ils ne purent s’empêcher de s'approcher de chaque étal. Ils avaient tellement l’esprit perturbé par la nourriture qu'ils ne faisaient pas attention où ils marchaient. C’était d’ailleurs le cas pour de nombreux passants. Si la plupart se contentait de les bousculer sans faire exprès, Maya fut soudain poussée en arrière après s’être cognée avec quelqu’un d’autre qui, comme elle, regardait sur les côtés.

 Tombée sur le derrière, sa capuche retirée par la chute, elle se massa d’abord le dos en plissant les yeux. Kelvin se pencha vers elle pour l’aider à se relever. L’homme avec lequel elle était entrée en collision se releva tout seul, ronchonnant comme elle l’aurait fait si elle en avait été capable. Ce n’est qu’une fois qu’ils furent tous les deux debouts, face à face, que Maya sentit son visage pâlir. Elle avait reconnu le visage de cet homme qui tenait une demi saucisse grillée d’une main et qui semblait, lui aussi, ne pas en croire ses yeux. Héron Brecht, le Savant du Père Arnoldson, se tenait juste devant elle.

 C’était comme si le temps s’était arrêté. Ils n’entendaient plus le brouhaha des habitants d’Orles. Aucun d’eux n'était capable de bouger, comme si l’un craignait que l’autre disparaisse, tandis que l’autre essayait de se persuader du contraire. Kelvin, qui tenait la jeune fille par les épaules, regardait la scène, surpris. Finalement, un homme lança le nom d’Héron à travers la foule. Si le Savant ne répondit pas, le bandit, lui, comprit mieux la situation en reconnaissant la tenue de disciple et, surtout, l’un des responsables de la mise à mort des Bernardonne. Il essayait de se rapprocher d’eux, ignorant ce que son ami avait déniché. N’y réfléchissant pas plus longtemps, Kelvin poussa à nouveau Héron et, attrapant fermement la main de son amie, se mit à courir. Il dégagea le passage avec force et bouscula Godefroid. Le Disciple faillit tomber et les observa partir avant qu’Héron n’accourt en le prévenant de qui il s’agissait. Aussitôt, ils se mirent à leur poursuite.

 D’abord trainée, Maya sentit l’adrénaline affluer dans son corps, la poussant à courir plus vite. Le bandit la précédait de peu et, poussant les passants, ouvrait la route pour elle. Ils avaient redouté ce moment, il était arrivé alors que les bonnes nouvelles s’étaient enchainées. Les hommes de l’Inquisiteur étaient juste derrière eux mais, cette fois-ci, Maya n’avait pas le temps de se lamenter. Il fallait juste courir et prier pour leur échapper.

 Ils passèrent devant Jean, leur guide, qui avançait dans le sens inverse avec deux pains garnis. Il s’écarta de justesse, étonné, puis tourna son regard pour connaitre la raison de leur départ en trombe. Apercevant Héron et le Disciple pousser le monde avec encore plus de véhémence qu'eux, il leur fit barrage, au risque de perdre son repas dans la bataille. Tournant la tête derrière elle, Maya put voir le geste de courage de l’esclave qui, à terre, se saisit de la jambe d’Héron pour l’empêcher de continuer. Alerté, l’autre s’arrêta à son tour et alla à sa rescousse.

 Maya et Kelvin pressèrent le pas, ne ralentissant d’aucune manière. Ils arrivèrent finalement à l’entrée de la place St-Gustave. Derrière eux, ils entendaient Héron et le Disciple qui, déjà, revenaient à la charge, mais aussi les cris de protestation de Jean. Kelvin voulut se diriger vers la droite, mais la vue d’autres disciples qui venaient de leur direction le stoppa net. Maintenant toujours Maya par la main, il prit donc la seule et dernière direction restante, celle de l’Église d’Orles.

 Il s’agissait d’un grand édifice, richement décoré de vitraux et gravures. Mais ils n’avaient pas le temps pour l’admirer. Le bandit et la muette escaladèrent les marches du parvis alors qu’Héron leur criait de s’arrêter. Les autres disciples s’étaient aussi joints à la traque et toute chance de leur échapper s’amenuisait de secondes en secondes.

 Ils avaient à peine passé le pas de la porte que Kelvin fit volte-face et cria à Maya de l’imiter. Il commença à pousser la porte pour la refermer. N’ayant pas le temps de réfléchir à une alternative, Maya l'aida et ils firent claquer les planches ouvragés. Immédiatement, Kelvin fit pivoter une grande latte de bois qui retomba dans des encoches de métal dépassant de la boiserie, servant ainsi de serrure. Ils reculèrent ensuite de quelques pas, fixant le bois qui était secoué de l’extérieur par un Héron déchainé.

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