Au Consulat

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 Comme la veille, Elisabeth réveilla ses comparses tôt le matin. Ils descendirent pour prendre leur petit déjeuner en surveillant les allers et venues des clients, aux aguets. Après s’être servi plusieurs tartines de confiture, Minos s’éloigna un instant, laissant Elisabeth préparer sa décoction. C’est en remontant à leur chambrée qu’ils comprirent ce que le berger avait eu en tête. Il avait profité que leurs voisins, les pèlerins de la veille, mangeaient à la table voisine pour fouiller leurs affaires. Le chenapan avait aisément crocheté la serrure et volé trois de leurs tenues qu’il présenta fièrement à ses compagnons.

 — Et voilà ! lança-t-il. Avec ces déguisements, on peut se balader en ville sans se faire embêter !

 — Bien vu, le microbe, répondit Elisabeth en haussant les sourcils, pas sûre d’approuver le larcin. N’empêche… c’est nécessaire ?

 — Je ne sais pas…, répliqua Kelvin, surpris par le gamin. Qu’est-ce que tu en penses, Maya ?

 La muette se mordit les lèvres, hésitante. Elle avait pas mal relativisé durant la soirée. Néanmoins, Minos semblait si fier de son idée que, rien que pour ça, elle aurait accepté de suivre son plan. Elle se sentirait sûrement plus en sécurité le visage caché. Aussi finit-elle par hocher la tête en souriant au berger, qui lui tendit un exemplaire de son butin.

 Évidemment, ils n’avaient pas pu choisir la taille de leur tenue. Ainsi, celle de Kelvin était trop étroite, tandis que celles de Minos et Maya étaient trop longues. Ils passèrent devant les propriétaires sans qu’ils y prêtent attention, occupés à écouter un Prêtre. Ils en profitèrent donc pour se précipiter vers la sortie, tête baissée sous la capuche.

 Une fois dehors, la marchande prit la tête du groupe et leur proposa de la suivre, comme prévu, jusqu’au Consulat. Elle devait y remplir des documents officiels concernant l’importation de ses grains et comptait en profiter pour faire une démonstration au consul. Avec un peu de chance, ce dernier lui ferait de la publicité gratuite auprès de Lucrèce IV, puisqu’il était censé être en contact avec elle.

 Ils traversèrent ainsi les rues d’Orles, visages dissimulés. De nombreuses charrettes passaient sans arrêt au milieu des rues et ils croisaient d'innombrables piétons. L’effervescence de la veille, cependant, avait laissé place à une atmosphère plus calme et détendue. On se promenait ou on faisait ses courses. Les pèlerins eux-mêmes observaient les vitrines tout en estimant à la main ce qu’il leur restait dans leurs bourses. Ils n’allaient pas tarder à repartir vers leur village, mais comptaient bien ramener avec eux un souvenir de la grande ville.

 Finalement, ils arrivèrent sur la place St-Barnabé, celle-là même où ils s’étaient rendus au terme de la procession et au centre de laquelle se trouvait la tour. Trop concentrée sur ce que racontait l’Évêque, Maya n’avait pas remarqué le grand bâtiment resplendissant de couleurs. Une tapisserie y était dressée, exposant dans un mélange de rouge et de noir les armoiries de la Dynastie de l’Impératrice : Un serpent à trois yeux enroulé autour d’une pomme et tirant sa langue fourchue vers le bas, comme pour indiquer la porte du bâtiment. Les murs du Consulat, en parfait état, laissaient deviner que la bâtisse était encore très récente, ou qu’elle avait été rénovée avec brio.

 Le spectacle de faste se poursuivit à l'intérieur. On y trouvait différents bustes et les murs étaient parsemés de portraits très réalistes. De grands lustres dorés éclairaient le hall d’entrée. Dans celui-ci, il y avait quatre petits présentoirs, devant lesquels des files d’un à quatre visiteurs patientaient. Elisabeth observa un instant un panneau explicatif puis se dirigea vers l’une des files les plus courtes en soupirant, peu patiente. Kelvin et Maya la suivirent, mais Minos, surexcité, observait les différents portraits, en rigolant parfois bruyamment, au point d’attirer des regards mauvais en sa direction. Quel genre de pèlerin, aussi petit soit-il, pouvait-il ainsi se moquer du physique d’anciens dirigeants ?

 Un peu gênée, Maya finit par aller le chercher. L’enfant la suivit mais lui présenta également quelques-unes de ses idées farfelues, comme la comparaison entre une grosse mourfe et le grain de beauté d’un Empereur. Il aurait pu poursuivre mais l’arrivée de deux hommes attira son attention et celle de tous les autres visiteurs.

 — Tour touristique ! clama l’un en levant le bras. Le Tour touristique démarrera dans quelques minutes, messieurs dames ! Si vous êtes de passage, profitez-en pour découvrir Orles sous ses plus beaux aspects en compagnie des deux meilleurs guides de cette ville !

 — Et les plus séduisants ! ajouta l’autre en levant le bras. Profitez-en, c’est totalement gratuit !

 — Vous pouvez y aller, si vous voulez, leur proposa Elisabeth, comme si le mot « gratuit » lui avait soudain susurré des mots doux. On a qu’à se rejoindre à la charette après, ça vous va ?

 — Ouais ! s’écria Minos. Moi ça me va !

 Maya soupira, hésitante. Ce n’est pas parce qu’ils avaient un déguisement qu’ils devaient le montrer partout dans la ville ! Néanmoins, et comme Kelvin semblait enthousiaste, elle acquiesça simplement, prête à suivre ses amis.

 Leurs guides portaient des vêtements orangés, amples et très voyants. L’un avait des cheveux roux et l’autre, un peu plus petit, des cheveux châtains, mais ils avaient tous les deux la même coupe au bol, et étaient rasés de près. Sur les main qu’ils levaient, ils arboraient un tatouage représentant les nombres 21 et 22. Ils semblaient tous les deux être très complices. Comme la plupart des personnes présentes étaient là pour affaire, seul deux autres individus se joignirent à eux pour visiter la ville, un jeune couple qui n’arrêtait pas de se dévorer des yeux.

 — Bien bien, messieurs-dames ! s’écria joyeusement le roux. Cette visite vous est gracieusement offerte par le consul d’Orles, Mr Théodoric, notre maitre ! J’espère que vos pieds sont rôdés, car nous allons parcourir notre belle cité pour découvrir quelques lieux incontournables dont vous nous direz des nouvelles !

 Toujours le visage caché par la capuche, Maya roula des yeux quand l’homme évoqua la marche à pied. Avec la semaine qu’ils avaient eue, ce n’était pas une visite touristique qui allait les effrayer ! Les deux hommes leur firent signe de les suivre et ils sortirent tous ensemble du Consulat pour, après seulement quelques pas, lever les bras en l’air et ainsi réclamer un premier arrêt.

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