Réunion cultique

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 Il était très tard lorsque l’Évêque d’Orles, toujours paré de sa toge pourpre, quitta son Église pour aller se coucher. Il salua brièvement Fert, l’un de ses disciples, qui s’était proposé pour rester jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne dans le bâtiment. Il serait bien resté avec derniers fidèles, mais la préparation de la Cérémonie du jour l’avait grandement fatigué.

 Son Palais ne se trouvait pas loin de l’édifice religieux. Il s’agissait d’un grand bâtiment, pourvu de nombreuses chambres afin d’accueillir les Cultistes de passage et les pèlerins. Cette fois-ci, cependant, ils avaient été si nombreux qu’il n’avait pas pu les accepter sans risquer de faire des jaloux. C’était la même chanson chaque année, mais les prêtres des alentours y étaient habitués. D'autant que cette fois-ci, il recevait exceptionnellement des visiteurs particulièrement prestigieux entre ses murs.

 Lorsqu’il entra dans le grand hall, il s’étonna de voir des torches allumées. Il perçut rapidement la rumeur des conversations d’une pièce adjacente. Il soupira avec un léger sourire, comprenant qu’en tant qu’hôte, il ne pouvait décemment pas aller se coucher de suite. Il pénétra dans le grand salon dans lequel il recevait d’ordinaire ses disciples pour des réunions. Mais ce n’était pas les siens qui discutaient à cette heure tardive.

 Ils étaient quatre et détournèrent la tête dans sa direction lorsqu’il entra. Ils s’étaient présentés à lui le matin-même, sans prévenir, mais l’Évêque se doutait bien qu’il devrait bientôt les rencontrer, car leur maitre les avait précédés. Il s’agissait ni plus ni moins que des Disciples de l’Inquisiteur Arnoldson, ainsi que d’un de ses protégés. Des invités de luxe qui, par leur statut particulier, avaient autant d’influence que lui au sein du Culte.

 — Mgr Steinbeck, lança la seule femme présente d’un ton neutre. Vous l’avez faite bien tard.

 — Oh, il reste quelques fidèles plus motivés que moi, soyez-en sûrs, répondit amicalement l’Évêque. Je suis surpris de vous voir encore debout.

 — C’est parce que nous n’avons pas vraiment eu le temps de vous expliquer la raison de notre présence, répondit Godefroid, l’air fatigué, les yeux à demi-clos.

 — Je m’en doute, soyez sans crainte, répliqua l’Évêque. L’Inquisiteur Arnoldson a passé la nuit ici il y a quelques jours. Votre amie m’a tout raconté.

 — Pour l’instant, nous sommes toujours bredouilles, lança Héron en fixant le sol. J’espère simplement qu’elle n’est pas partie vers Autric…

 — Si c’est le cas, ce sont les hommes de Mgr Harris qui lui tomberont dessus, soupira Lucius. On l’a prévenu par faucon, non ?

 Le sourire bienveillant de Mgr Steinbeck rétrécit légèrement en entendant ces paroles. Décidemment, Arnoldson prenait cette histoire très au sérieux. Quand on connaissait sa réputation, cela n’augurait rien de bon.

 — Nous attendons aussi une missive du Père Arnoldson, ajouta Agathe. Par conséquent, nous resterons à Orles jusqu’à réception du courrier.

 — Bien, pas de problème ! répondit Mgr Steinbeck en feignant l’allégresse. Vous êtes les bienvenus ici, aussi longtemps que nécessaire.

 — Nous réquisitionnerons aussi vos disciples pour nous aider à fouiller la ville, intervint Héron.

 — Vous pensez que l’esclave se cache ici ? s’étonna l’Évêque.

 — Franchement, non, reconnut Lucius avec un rictus.

 — On ne sait jamais, Lithé ou Meroclet pourraient l’avoir guidée jusque nous, ajouta Godefroid en passant sa main dans ses cheveux.

 — Mes disciples ne l’ont jamais vues, fit remarquer l’Évêque. Vous seront-ils vraiment utiles ?

 — Je leur ferai une rapide description, soupira Héron. Je suis le seul à savoir précisément à quoi elle ressemble.

 — Ce n’est peut-être pas pratique, mais on aura quand même besoin d’eux, confirma Agathe.

 — Et de tous, même le fainéant en armure qui est vite reparti après la Cérémonie, intervint Lucius en caressant le fourreau de sa dague.

 — Ah, hélas, ce dernier risque de ne pas vous être très utile, rit Mgr Steinbeck.

 — Pourquoi ça ?

 — Parce que ce n’est pas un de mes disciples ! répondit l’Évêque, presque hilare. C’est le consul Théodoric. J’ai eu du mal à le convaincre de participer aussi activement à la Cérémonie, vous savez ! Alors s’il doit en plus fouiller la ville demain, il risque de demander sa mutation à l’Impératrice. Ce serait dommage, il fait du bon travail.

 — J’ignorais qu’Orles était sous la juridiction d’un consul, dit Héron en regardant ses collègues.

 — La dynastie d’Orles s’est officiellement éteinte il y a seulement huit ans, précisa l’Évêque en haussant les épaules. Mais vous n’étiez peut-être pas en Safranie quand c’est arrivé ?

 — Peu importe, soupira Godefroid. Et si nous allions nous coucher ?

 — Quelle merveilleuse idée ! s’exclama l’Évêque, un peu rassuré. Après vous !

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