Entrée à Orles

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 La nuit se déroula sans accroc ni perturbation. Cela faisait longtemps que Maya n’avait plus aussi bien dormi. Ce fut Elisabeth qui la réveilla, en la secouant légèrement. La jeune fille bailla profondément et son amie lui montra une tasse dont s’échappait la bonne odeur de sa décoction. Elle la remercia d’un signe de tête et souffla sur le récipient avant d’en prendre une gorgée. Le liquide lui brûla presque l’œsophage et elle toussa tandis qu’Elisabeth mettait son écharpe autour de son cou, déjà prête à partir.

 — Allez, la paillasse dévergondée, on se dépêche ! lança-t-elle en s’étirant. On a encore un peu de route avant d’arriver à Orles ! Habille-toi, surtout, c’est qu’il fait pas chaud, je trouve !

 La muette releva un sourcil, avant de se souvenir qu’elle était effectivement presque nue. Néanmoins, elle n’avait encore jamais eu à se plaindre de la température. Il faisait certes un peu frais le soir, mais c’était loin d’être insupportable. Quoi qu’il en soit, Maya suivit ses instructions et s’habilla avec la tenue de travail d’Andromaque.

 Une fois prête, elle suivit Elisabeth en bas, sa tasse à moitié vide entre les mains. Kelvin était déjà là, et buvait lui aussi dans un récipient identique à celui de Maya. Il semblait encore à moitié endormi, mais pas de mauvaise humeur. Elles s’assirent à sa table afin de rapidement avaler un morceau de pain. Minos, par contre, n’arriva que quelques minutes plus tard, du dehors.

 — La charrette est prête à partir ! lança-t-il fièrement en s’asseyant en face de Maya. Dom et Roch se sont bien reposés !

 — Quoi ? s’étonna Elisabeth en fronçant les sourcils. Dom et Roch ?

 — Bha, c’est leurs petits noms ! lança Minos en attrapant une tranche de pain. C’est moi qui les ai choisis, et c’est drôle, Dom et Roch, ça fait domroch !

 — Oui, c’est bon, on n’est pas stupides, soupira la marchand.

 — En tout cas, Pan a bien churveillé la marchanbise, ajouta le berger la bouche pleine.

 — J’espère bien ! Alors, les gros bras, on se réveille ?

 — Murfl…, répondit Kelvin.

 — Finis ta tasse et ça ira mieux. Allez, et sans prendre ton temps non plus !

 Dehors, juste devant l’entrée, leur charrette les attendait. Kelvin monta à l’avant, ce qui, avec la dispute de la veille, étonna un peu la bande. Le bandit semblait déjà ne plus y penser, comme si la nuit avait suffi à lui faire oublier. Minos et Maya s’installèrent donc à l’arrière. En montant, Pan se précipita vers eux pour réclamer des caresses et des croûtes de pain que son berger lui avait gardées. Puis Elisabeth agita les rênes de son véhicule, et Dom et Roch se mirent en marche.

 En quittant Fontchaud, deux gardes postés à la sortie les arrêtèrent rapidement, comme leurs collègues à leur arrivée. Ils posèrent quelques rapides questions, puis rayèrent quelque chose sur leur parchemin avant de les laisser passer. Ils rejoignirent ainsi la route pavée et avancèrent calmement. Kelvin raconta l’une de ses histoires, mais, contrairement à la veille, la conductrice prenait désormais un malin plaisir à l’interrompre dès qu’il donnait le moindre petit indice sur son rôle de bandit. Chaque fois qu’elle le soulignait, tout en feignant l’innocence, il bafouillait plusieurs minutes avant d’inventer un détail saugrenu pour venir justifier ses dires. Minos observait le tout d’un air inquiet tandis que Maya adressait plutôt des regards de reproche à la marchande, qui semblait bien s’amuser à perturber ainsi son voisin.

 Ce n’est qu’après quelques heures de trajet le long du Sinistre qu’ils virent enfin Orles se profiler à l’horizon, et nottament une impressionnante tour qui surplombait la ville. Orles était protégée par d'impressionants remparts. Au fur et à mesure qu’ils approchaient, les bateaux marchands sur le fleuve étaient de plus en plus nombreux, se poussant les uns les autres par manque de place. De même, sur la route, les piétons et les véhicules affluaient vers la ville. À bien des égards, Orles promettait d’être largement à la hauteur de Leonne.

 Il y avait de nombreuses petites routes qui venaient des villages aux alentours et qui finissaient par rejoindre le chemin principal. Aussi, à partir d’un moment, la circulation fut tout simplement bouchée, car les entrées et venues étaient surveillées comme à Fontchaud. Tout le monde semblait vouloir entrer en ville, comme s'ils s’y étaient tous donné rendez-vous.

 Face à ce bouchon, Elisabeth soupira avec une expression lasse. Kelvin s’était arrêté de raconter ses balivernes et observait, comme Minos et Maya, les autres personnes qui faisaient la file. Juste devant eux, il y avait tout un groupe de personnes à pied, de tous les âges, portant tous une capuche sur la tête. Beaucoup d’entre eux avaient des bâtons décorés de plusieurs bijoux. Quand Minos posa ouvertement la question qui taraudait l’esprit de Maya, Elisabeth leur expliqua qu’il s’agissait certainement d’un groupe de pèlerins, sans aller dans les détails. Ces derniers étaient accompagnés d’un homme en toge qui conduisait une charrette.

 Au bout d’un long moment, ils furent arrêtés par les gardes de la ville. Ceux-ci se montrèrent moins insistants que ceux de Fontchaud. Ils paraissaient pressés et, sans vérifier le chargement, ils se contentèrent de demander à Elisabeth combien ils étaient. Puis, dès qu’elle eut répondu, ils lui demandèrent d’avancer. Après tout, il y avait encore de nombreuses personnes désireuses d’entrer derrière eux, et ils n’avaient pas le luxe de tous les interroger en détail.

 Les grandes artères d’Orles étaient remplies de monde. En périphérie de la ville, les bâtiments ne paraissaient pas très entretenus. À bien les observer, on comprenait que ces maisons grotesques étaient partagées entre plusieurs familles. Au fur et à mesure qu’ils traversaient les rues pour rejoindre le centre-ville, les habitations se montraient plus belles et majestueuses. La position géographique au sein de la ville était un gros indice sur la richesse de ses habitants.

 Malgré la grande quantité de charrettes, Maya s’étonna de ne pas voir d’échoppes comme celles du marché de Leonne. Il y avait par contre bien plus de boutiques permanentes, aux enseignes resplendissantes. On trouvait nombre de boulangeries, d’ateliers, de forges, de boutiques de parchemins ou de poissons, etc. Il y avait même un grand atelier de peinture. Mais cette grande diversité commerciale n’avait rien à voir avec l’effervescence du jour.

 Autour d’eux, la ville était noire de monde. Surtout, Maya remarqua qu’il y avait beaucoup de pèlerins. Presqu’une personne sur trois se promenait avec la même tenue encapuchonnée que le groupe qui les avait précédés. Certains retiraient parfois leur capuche pour mieux voir les vitrines, l’air émerveillé, comme si c’était la première fois qu’ils voyaient de telles choses.

 Subitement, Elisabeth fit bifurquer son véhicule dans une nouvelle rue. Celle-ci semblait remplie d’auberges et de tavernes, comme si elles avaient toutes été forcées de s’établir au même endroit. La marchande fit ralentir un peu Dom et Roch tandis qu’elle observait l’enseigne des différents établissements, tout en se mordant les lèvres. Sur chaque porte, il y avait une ardoise sur laquelle on avait marqué différentes barres. Sur presque chacune, c’était l’ensemble des lignes qui avaient été barrées. Ce système permettait d’indiquer rapidement aux passants quels étaient les établissements encore libres. Finalement, Elisabeth en trouva un qui n’était pas encore complet et demanda aux autres de l’attendre tandis qu’elle courait leur réserver deux chambres.

 Sur le temps qu’ils patientaient, ils virent passer de nouveaux groupes de pèlerins en quête d’un toit. Maya se questionnait sur la raison de leur présence. Après quelques minutes, la marchande revint, une grimace au visage. Le prix de la nuit pour quatre personnes ne lui plaisait guère. Elle reprit les rênes du véhicule afin d’aller le garer dans une rue voisine.

 Une fois Pan, Dom et Roch sous surveillance de deux gardes qui assurèrent à l’Assyrienne que sa marchandise ne risquait rien, ils prirent rapidement quelques effets personnels et les rangèrent dans une petite chambre semblable à celle de la veille, à la différence qu’elle disposait de quatre lits.

 — Bon ! s’exclama Elisabeth en s’asseyant sur sa couchette. Nous voici à Orles, comme convenu ! Qu’est-ce que vous comptez faire ?

 — On va heu… essayer de hum…, commença Kelvin d’une voix hésitante.

 — Trouver des gens qu’on connait ! compléta Minos, à la rescousse. Merci, madame Pas Polie !

 — Pestiférée catin, je garde le surnom ?! s’indigna presque la marchande. M’enfin… Comme je vous apprécie un peu, et que vous risquez de pas trouver vos amis aujourd’hui, je propose qu’on partage une dernière soirée ensemble ? C’est moi qui payerai le repas ! De toute façon, avec le peu que vous avez, les mendiants, vous n’iriez pas loin.

 Maya sourit à Elisabeth tandis que les garçons la remerciaient. Puis elle en profita pour la questionner à son tour, en la pointant du doigt avant d'hausser les épaules.

 — Moi ? devina-t-elle. Eh bien, je vais poursuivre ma route, direction Lucrèce, c’est là que je compte exposer mes grains pour en tirer un contrat.

 La muette hocha d’abord la tête puis dressa un pouce en signe d’encouragement. La marchande eut un petit rire avant de lui ébouriffer les cheveux, ce qui eut pour effet qu’elles se sentent toutes les deux étrangement bien.

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