Bandits ou pas bandits?

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 De retour à l’auberge, le trio retrouva Elisabeth, qui s’était arrangée pour louer deux chambres. Elle les attendait à une table. Si elle leur souriait d’abord, elle prit un air suspicieux en remarquant leur mine chamboulée. Elle leur demanda ce qui leur valait cette attitude et Minos expliqua brièvement ce qu’ils avaient vus sur la grande place.

 — Humf, c’est jamais très chouette, ouais, soupira-t-elle lorsque l’enfant eut terminé. Ils n’ont pas été très malins non plus.

 — Qu’est-ce que tu veux dire ? réagit subitement Kelvin, les sourcils froncés.

 — Ils ont essayé d’arnaquer le Culte, expliqua-t-elle d’un ton las. Votre Inquisiteur à vous, c’est pas le genre à pardonner et cueillir des mourfes, si tu vois ce que je veux dire.

 Elle se détourna afin d’appeler le patron. Pendant ce temps, Maya et Minos échangèrent un regard, puis observèrent Kelvin, qui ne semblait pas calmé pour autant. Au contraire, il serrait les poings et avait un air grave que les jeunes ne lui connaissaient pas.

 — Je ne pensais pas à eux, aboya-t-il quand Elisabeth se tourna à nouveau vers eux. Les deux bandits, qu’est-ce qu’ils ont fait de mal pour mériter ça ?!

 La marchande cligna des yeux, interloquée. Se faisant face entre les deux, Maya et Minos s’appuyèrent bien fort contre leur siège pour se faire tout petits. Elisabeth se renfrogna à son tour, croisant les bras, sur la défensive.

 — Pestiférée catin, c’est évident, non ? lança-t-elle sèchement. C’était des hors-la-loi qui dépouillaient les passants ! Vous m’avez sauvée de trois gars du même genre pas plus tard qu’hier soir !

 — Mais ce n’était pas les mêmes ! s’écria Kelvin en tapant du poing. Ceux-là n’avaient rien à voir !

 — Et comment tu peux dire ça ? répliqua Elisabeth en haussant un sourcil. Tu les connaissais ?

 — Je… hum… hé bien…, bredouilla-t-il en perdant soudain toute assurance. N… Non, mais… Le type qui nous a renseignés a dit qu’on ne faisait que les enfermer de temps en temps, sans autre mesure !

 — Mouais…, poursuivit Elisabeth, pas très convaincue. Tout ce que ça veut dire, c’est qu’ils n’étaient pas considérés comme dangereux. Mais à un moment ou un autre, ces types vont trop loin dans leurs pillages ! Ils volent les honnêtes commerçants, les privent de leurs biens, et parfois même leur font du mal ! Alors non, je ne vois pas le souci à punir sévèrement ce genre de pratique !

 — Tu ne sais pas ce qui les pousse à faire ça ! répliqua Kelvin. Ils ont pas eu une vie facile !

 — C’est le cas de beaucoup de monde, et pourtant, il y en a peu qui finissent par devenir des crétins de bandits , répondit-elle d’un ton sec.

 Kelvin semblait bouillonner de colère tandis qu’Elisabeth l’observait sévèrement avec de plus en plus de méfiance. Maya déglutit, se demandant comment allait se terminer la dispute, mais, tel un miracle, le patron de l’auberge arriva soudain à leur table, le regard fixé sur son parchemin et son grattoir qu’il tenait en main, n’ayant manifestement pas remarqué que ses hôtes se querellaient.

 — Oui oui, c’est bon, lança-t-il d’un air absent. Alors, ce soir, je peux vous proposer du lapin aux fèves, du poulet à la marinade et aux herbes ou bien de la truite sauce dixpertuis. Je vous écoute ?

 Tout d’abord, personne ne lui répondit. Elisabeth et Kelvin se regardaient dans le blanc des yeux, sans bouger. Minos, lui, paraissait trop inquiet par la dispute pour l'avoir écouté. Enfin, Maya, elle, était toujours muette.

 — Une marinade pour moi, lança Elisabeth en bougeant à peine les lèvres.

 — Pour moi aussi, grommela Kelvin à sa suite.

 Après lui en avoir commandés deux autres,  le tavernier repartit de son côté, laissant l’ambiance au plus bas. Finalement, très lentement, la marchande et le bandit reprirent une position normale, sans pour autant quitter l’autre du regard. Minos tenta d’expliquer tant bien que mal une histoire selon quoi Kelvin avait eu beaucoup d’amis brigands, mais rien de très convaincant. Néanmoins, Elisabeth sembla accepter l’explication tandis que Kelvin croisait à son tour les bras, prêt à réagir à la moindre remarque.

 Après quelques instants, on leur amena leurs plats. Un délicieux fumet s’échappait du poulet mariné, et Maya s’en lécha les babines. Elle n’avait plus eu un tel plat face à elle depuis leur passage à Leonne. Ils entamèrent leurs assiettes sans plus attendre et le repas se déroula sans plus d’histoire. Ils se dirigèrent ensuite vers leurs chambres, à l’étage. Ils devaient se coucher et se lever tôt s’ils voulaient arriver rapidement à Orles. Elisabeth indiqua aux garçons leur chambre, puis montra à Maya la leur.

 À l’intérieur, Maya trouva deux lits un peu miteux, mais qui allaient la changer de dormir à même le sol. Il y avait à peine un miroir, deux meubles et une fenêtre donnant sur la rue. Il n’y avait rien de plus, mais, de toute manière, ils n’avaient pas besoin de luxe. Elisabeth ne tarda pas à rejoindre son lit sur lequel elle s’assit afin de retirer une partie de ses vêtements. Elle enleva son écharpe qu’elle déposa dans l’armoire avec son gilet de cuir. Elle retira aussi ses chaussures, puis se glissa sous sa couverture. Maya l’imita, prête à s’endormir, mais Elisabeth ne l’entendait pas de cette oreille.

 — Est-ce que vous êtes des anciens bandits ? demanda-t-elle soudain sans tourner autour du pot.

 Maya déglutit. Après la dispute du repas, c’était évident qu’elle avait des suspicions. La jeune fille ne pouvait pas lui apporter beaucoup de détails dans ses réponses. Elle pouvait tout juste s’exprimer par des gestes. Aussi fit-elle non de la tête, ce qui, en un sens, n’était pas strictement un mensonge, puisque ni elle ni Minos ne l’avaient jamais été.

 — Même le gros costaud ? demanda-t-elle en haussant les sourcils, perspicace.

 Maya ne répondit pas de suite, rougissant devant son stratagème si aisément déjoué. Son attitude embarrassée suffit à la marchande qui soupira.

 — Pestiférée catin, jura-t-elle plus pour elle-même tandis qu’elle s’enfonçait sous sa couette. J’aurais préféré le savoir plus tôt. Après… Vous m’avez quand même sortie d’affaire et vous deux n’y êtes pour rien. Je suppose qu’il a un bon fond, c’est ça ?

 Maya hocha la tête, un peu précipitamment. La marchande la considéra quelques instant sans bouger, puis soupira avant de se tourner dans l’autre sens.

 — Bon, ok, je ferai plus de remarque. Je me demande quand même dans quoi vous vous êtes embarqués. De toute façon, on se sépare à Orles, alors, faisons en sorte que la fin du voyage se passe bien.

 Maya resta un instant immobile, observant la marchande à la peau bronzée. Puis elle s’installa plus largement et confortablement dans sa propre couche. Malgré ses opinions bien tranchées, la muette appréciait de plus en plus la compagnie d’Elisabeth. Devoir se séparer d’elle dès demain la chagrinait un peu. Mais ce ne serait que la mettre en danger que de continuer à la côtoyer trop longtemps. Alors, c’était peut-être mieux ainsi.

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