Hypatie

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 Il faisait nuit noire, ce soir-là, à Rakhotis, en Assyr. La ville était réputée pour son rassemblement de Savants ainsi que pour l'Université, le plus important bâtiment du monde consacré aux sciences. C’est en haut de la plus haute tour de celle-ci que se rendait le consul de la ville, Oreste. Il en avait déjà gravis à de nombreuses reprises les marches, mais à chaque fois, quand il arrivait devant la dernière porte, il devait s’arrêter pour reprendre son souffle. Il avait eu une longue journée et aurait sans hésitation remis à demain son rendez-vous, s’il n’eut été avec Dame Hypatie.

 Il s’agissait d’une Savante particulièrement connue et respectée à travers le monde. Elle était la Présidente de l’Ordre des Savants et la Directrice de l’Université de Rakhotis. Ainsi, elle avait beaucoup d’influence. Oreste avait été amené à collaborer avec elle depuis le début de son investiture. Même s’il ne comprenait pas toujours ce dont Hypatie lui parlait, il pensait pouvoir se vanter d’être son ami, plus qu’un collaborateur

 Oreste souffla un coup puis frappa à la porte. Comme personne ne répondait, il prit la poignée en main et tenta d’ouvrir la porte. Celle-ci ne résista pas. Hypatie était bien là, lui tournant le dos en observant par une fenêtre ouverte, tout en maintenant quelque chose en main au niveau de son visage. Oreste comprit immédiatement ce qu’elle faisait, car ce n’était pas la première fois qu’il la voyait ainsi. Dans ces moments, elle était bien trop concentrée pour réagir à quelque chose autour d’elle. On aurait pu l’assassiner sur le moment, elle ne l’aurait pas remarqué avant de pousser son dernier souffle.

 Soudain, la Savante sursauta et se retourna vivement, respirant comme si elle avait été effrayée. Elle avait le regard porté vers le sol et, après quelques secondes, elle eut un petit rire nerveux. Puis elle releva la tête et sourit au consul.

 — Bonsoir, Oreste, lança-t-elle avec un sourire. Je suis heureuse que tu n’aies pas remis notre entrevue à demain.

 — Qu’est-ce que tu racontes ? répliqua-t-il, secoué d’un petit rire. Tu m’as demandé, je suis là ! C’est toujours important quand tu me demandes ! Non ?

 — Si, effectivement, approuva-t-elle. Il s’agit du Père Pontus Arnoldson.

 — L’Inquisiteur de Safranie ? s’étonna Oreste. Quoi, il est en route vers notre ville ?

 — Non pas du tout, du moins, pas pour le moment, répondit Hypatie en le fuyant du regard. Seulement, il met en danger une personne très importante.

 — Et qui ça ? demanda le consul.

 — Une jeune fille muette.

 Pour le coup, Oreste aussi resta muet. Après quelques secondes, il soupira avant d’éclater de rire.

 — Et cette fille muette est-elle notre prochain Empereur ? demanda-t-il. Ou bien, la seule personne capable de soigner la Pestilence ?

 — Oreste, crois-moi… je ne peux pas te dire pourquoi nous devons l’aider, mais nous devons le faire.

 S’il resta à nouveau sans rien dire, le consul observait la Savante avec incrédulité. Dame Hypatie, elle, semblait très sérieuse. Après un instant, Oreste soupira et s’assit sur une chaise.

 — Bon, et elle se trouve où, ta muette ? demanda-t-il.

 — En Safranie, répondit-elle.

 — Tu es au courant que je n’ai de pouvoir que dans la région autour de Rakhotis ? questionna-t-il avec un brin d’impatience.

 — Mais tu peux envoyer quelqu’un là-bas pour la mettre en sécurité, pas vrai ? proposa-t-elle.

 — Je pourrais, mais pourquoi le ferais-je ? demanda-t-il. Hypatie, on a déjà quelques soucis avec Cyril, ici, alors on ne va pas se mettre un Inquisiteur à dos en plus !

 — C’est pour ça qu’il ne faut pas envoyer n’importe qui, précisa la Directrice de l’Université. Quelqu’un de malin et d’assez fort pour nous la ramener sans qu’on sache qu’il venait d’ici.

 Pour la troisième fois, le consul resta sans dire un mot, contrarié. Il avait oublié à quel point elle pouvait aussi se montrer capricieuse. Il voyait exactement où elle voulait en venir. Ne lui avait-il pas parlé quelques jours avant d’un jeune prodigue parmi les gardes de la ville ? Mais justement, il n’avait pas vraiment envie de se passer d’un tel atout pour la cité.

 — Tu me garantis que cette jeune fille est à ce point importante pour mériter ce remue-ménage ? demanda-t-il.

 — Oui, parfaitement, approuva-t-elle avec un sourire.

 — Et d’où tiens-tu tes informations ?

 — Tu le sais déjà, non ?

 Oreste observa la sphère qu’elle tenait toujours dans une main et soupira. Elle était encore une fois parvenue à le convaincre de faire des choses qui ne l’emballaient pas. Il assura cependant à la Savante qu’il lui enverrait dès demain son fameux garde pour qu’elle puisse lui donner toutes les informations dont il avait besoin. Elle le remercia et l’homme repartit, un peu dépité. À peine fut-il sorti que Dame Hypatie observa l’objet qu’elle tenait en main, puis la porte d’où était sorti son ami.

 — Désolé de ne pas t’avoir tout dit, Oreste, murmura-t-elle. Mais il y a des vérités qui devraient rester secrètes… Dans quel monde vivons-nous... ?

 Dans cette terrible interrogation, elle se posta à nouveau à sa fenêtre, se perdant à scruter les étoiles.

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