Fontchaud

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 Deux heures plus tard, un nouveau village apparut devant eux. Selon Elisabeth, ils n’étaient plus bien loin d’Orles. Ils devraient y arriver le lendemain, à condition de ne pas être retardé par une cueillette mal préparée.

 Pour rentrer dans le village de Fontchaud, il fallait passer la grande muraille qui l’encerclait. Deux gardes étaient postés à l’entrée et surveillaient les allers et venues. Ceux-ci leur firent signe de s’arrêter et Maya déglutit . Et si ces gens étaient au courant de la recherche de l’Inquisiteur ?

 Elisabeth, cependant, ne semblait pas gênée le moins du monde. Elle avait l’habitude qu’on lui demande ce qu’elle transportait et, comme elle ignorait la situation de ses compagnons, elle ne se faisait aucun souci. C‘était juste une simple formalité. L’un des gardes monta ainsi à l’arrière, saluant mollement Kelvin, qui s’était rhabillé, avant de commencer à inspecter le contenu.

 — Raison de votre venue ? demanda le second, toujours au sol, en regardant Elisabeth.

 — De passage vers Orles, répondit la marchande. Je vais y vendre des produits importés d’Assyr.

 — Vous comptez dormir ici ? demanda l’homme en griffonnant quelque chose sur un parchemin.

 — Je n’atteindrai pas la ville avant la tombée de la nuit, maintenant, si ?

 — Effectivement.

 — C’est les graines brunes, vos produits d’Assyr ? questionna l’homme à l’arrière.

 — C’est ça, confirma Elisabeth. Si j’étais vous, je ne toucherais pas à ce qu’il y a sous ce drap ! C’est une fleur canon, le truc qui expulse du pollen.

 — D’accord…, marmonna le soldat en se relevant précipitamment après s’être penché sur le dit végétal, emballé dans le tissus. Bon, hé bien, tout est noté, tromblon, masse, marchandises, c’est bon… Bonne fin de journée.

 — À vous aussi, lança-t-elle tandis qu’il sautait à terre.

 Le garde de devant s’écarta et elle fit repartir les domrochs afin d’entrer dans l’enceinte du village. À peine y étaient-ils que Maya poussa un grand soupir de soulagement. Ils s’étaient contentés de leur poser quelques questions de routine et d’inspecter leur chargement à la va-vite.

 — Plus qu’à trouver une auberge où passer la nuit, lança Elisabeth. On mangera un morceau, puis au lit, d’accord ?

 Maya approuva en hochant la tête, suivie des deux autres à l’arrière. Un peu plus loin, Elisabeth arrêta ses bêtes. Elle avait trouvé ce qu’elle désirait, un établissement qui offrait le gîte et le couvert, mais aussi un espace afin de garer son véhicule et ses animaux le temps d’une nuit.

 — Je vais régler les notes et les détails de notre nuit, dit-elle en descendant. Puis je vais m’arranger pour qu’on surveille ma marchandise, j’veux pas qu’on me vole comme la veille. Vous n’avez qu’à aller faire un tour dans Fontchaud, ça va vous dégourdir le tas de graisse.

 Kelvin et Minos se relevèrent en tendant les bras au ciel, baillant par la même occasion. Pan les imita à sa façon en se dressant sur ses deux pattes arrières pour faire le beau. Le petit berger descendit et aida l'advouquetin à le suivre tandis que Maya et Kelvin leur emboitaient le pas.

 — J’ai eu une grosse frayeur ! s’exclama Kelvin après s’être assuré qu'ils étaient seuls. J’ai cru un moment qu’ils allaient me reconnaitre !

 — C’est plus pour Maya que j’ai eu peur, moi, répondit Minos en regardant la muette. C’est elle que les méchants recherchent !

 — Oui, enfin, c’est encore récent, cette histoire, peu de personnes savent à quoi elle ressemble, je crois, poursuivit Kelvin en haussant les épaules. Alors que moi, je suis un célèbre bandit ! Ma réputation s’élève au-delà des frontières de la Safranie !

 — Mais c’est bizarre, c’est la première fois qu’on en voit, fit remarquer le berger. Y avait personne à Goussain ou Gamla.

 — C’est parce qu’il y a un noble qui vit ici et qu’il doit veiller sur son village, expliqua le bandit. C’est les descendants d’anciens Seigneurs de la Safranie, avant que les Lucréciens prennent le pouvoir. C’était il y a … très longtemps !

 — Des Centants ? réexprima Minos en fronçant les sourcils. C’est bizarre… C’est un peu comme des vieux consuls, alors ?

 — Oui, sauf que les consuls sont choisis par l’Impératrice, eux, continua Kelvin d’un air très sérieux. Les nobles, c’est une histoire de famille, ils ont le nom de leur fief. Par contre, ils doivent jurer obéissance à l’Empire, sinon, ils sont destitués.

 Ils poursuivirent leur marche dans les rues, observant les établissements. Il n’y avait pas de marché comme à Gamla ou Leonne, seulement quelques boutiques par endroit, entre deux maisons. Ils passèrent ainsi devant une boulangerie dont s’échappait encore une bonne odeur de pain frais. Plus loin, c’est l’atelier d’un cordonnier qui attira leur attention. Leurs sabots de bois avaient beau être solides, ils restaient plutôt douloureux, surtout après une journée entière à marcher. Or, les prix affichés leur firent abandonner tout espoir de s’en procurer une nouvelle paire.

 Quelques tavernes et une boutique de parchemin plus loin, ils arrivèrent au bout de la rue. Celle-ci donnait sur une sorte de grande place, toisée par deux édifices qui se faisaient face. La première était l’Église du village, un bel édifice de quelques siècles. De l’autre côté, c’était une sorte de petit château, disposant de deux hautes tours de pierre. Il s’agissait là des deux bâtiments les plus imposants de tout Fontchaud.

 Ils allaient y pénétrer, avec l’espoir de trouver quelque chose d’intéressant, quand Kelvin s’arrêta soudain devant eux, Maya manquant de lui rentrer dedans. Elle l’observa avec reproche, mais remarqua immédiatement qu’il ne paraissait pas dans son assiette. Elle essaya de passer à côté, Minos sur les talons, et comprit de suite le désarroi du bandit.

 Exposés du côté de l’Église, il y avait quatre corps humains, nus et pendus par les pieds avec une corde, à environ cinquante centimètres du sol. On avait méticuleusement retiré de ces personnes des lambeaux de peau. Les corps portaient les marques de coups et leurs mains semblaient avoir été découpées. Maya eut presque un haut-le-cœur devant cette vue. Elle porta sa main devant sa bouche avant de se retourner. Minos s’était déjà reculé et affichait un air effrayé. Kelvin, enfin, continuait de regarder de loin, comme si le temps s’était arrêté.

 — Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Minos à un passant qui s’engouffrait dans leur rue.

 — Hum ? fit l’homme en se tournant vers le jeune garçon. Ah, ça… sale histoire… Ils l’ont cherché, hein, mais ils ont salement souffert. Ça a duré plusieurs heures.

 — Ces deux-là, c’était des bandits, pas vrai ? demanda Kelvin dans un souffle.

 — C’est ça ! acquiesça l’individu. Pas des biens méchants, hein, on les arrêtait souvent. Puis on les libérait peu après. Mais là, ils ont essayé d’attaquer des gens du Culte! Dire qu’on venait de les relâcher…

 — Le Culte ?! répéta Minos en écarquillant les yeux, ramenant soudain Kelvin et Maya à la réalité.

 — Ouais, une femme et un homme. Ils sont à la recherche d’une esclave en fuite, je crois. Les deux autres, justement, c’est un père qui a essayé de faire passer sa fille comme la dite esclave. Les Cultistes ont pas trop aimé la supercherie.

 — Et ils ont tué la fille avec ? s’exclama Minos, exprimant la même animosité que Maya.

 — Oui, elle était rentrée dans le jeu de son père, même si elle niait lorsqu’on a commencé à…, grogna l’homme avec une pointe de regret dans la voix. Mais bon, c’est le Culte qui a décidé, des gens de l’Inquisition qui plus est. On n’y peut rien.

 — Ces gens sont toujours ici ? demanda Kelvin.

 — Loué soit Meroclet, non ! s’exclama le passant. Ils sont partis quand la fille a expiré. C’était il y a deux jours. Ils ont exigé qu’on les expose toute la semaine.

 Il soupira et salua le groupe avant de reprendre son chemin. Ils restèrent plantés là, silencieux, avant de rebrousser chemin. Ils n’avaient pas envie d’aller examiner les cadavres de plus près.

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