Sous le pollen

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 — Fais quand même gaffe si tu veux en récupérer une, lança Elisabeth. Je veux pas que ça expulse ses choses dégoutantes sur mes marchandises ! Puis tu dois te protéger les y…

 — Laissez donc, je vais y aller ! s’exclama Kelvin en sautant par terre une fois à l’arrêt, interrompant la conductrice. Je vais rapidement vous ramener une de ces grosses fleurs !

 — Hey ! s’écria Elisabeth. Reviens, toi, tronche de blobouille !

 Mais Kelvin était déjà en route vers la prairie. Les plantes étaient assez éloignées de la route pour ne pas que les retombées de pollen atteignent les passants et toutes nouvelles pousses trop proches étaient éradiquées par un service d’entretien. Aussi le célèbre bandit ne savait pas du tout vers quoi il s’embarquait. Puis, comme Elisabeth commençait à lancer de plus en plus d’insultes, Maya sauta au sol à son tour et courut vers Kelvin en emportant sa couverture dans une main et sa gourde dans l’autre.

 Il avait à peine fait quelques pas dans le périmètre des retombées de pollen que Kelvin en ressentit les effets. Il s’arrêta de marcher et éternua violemment, se grattant les yeux qui coulaient et piquaient. Il larmoyait avec intensité et ses globes oculaires étaient comme en feu. Il tomba à genoux, incapable de voir où il marchait. Finalement, il sentit une petite main lui attraper le poignet et le tirer en arrière et il se laissa emporter.

 Lorsqu’ils furent enfin hors de danger, Maya retira la couverture dont elle s’était recouverte, telle une cape, pour se protéger le visage. Elle avait gardé la tête baissée afin d’éviter toute contamination. Elle déboucha sa gourde et dut s’y prendre à trois reprises pour retirer les mains de Kelvin de ses yeux. Puis, quand il se tint enfin tranquillement, elle en renversa sur sa tête le contenu. Il poussa une exclamation de surprise avant de secouer sa tête dans tous les sens. Il clignait encore des yeux très rapidement, mais l’eau avait retiré une bonne partie du pollen lacrymogène.

 — M-Merci, hoqueta-t-il en essayant de se frotter à nouveau les yeux, ce que Maya l’empêcha de faire de justesse, afin qu’il ne remette pas à nouveau du pollen resté sur ses mains.

 Elle l’attrapa à nouveau et l’obligea à la suivre. Arrivés à la charrette, Minos descendit, inquiet, et Maya montra sa gourde, suivie d’un mouvement vers l’imprudent. Comprenant où elle voulait en venir, il lui confia sa propre gourde, et prit la sienne pour aller la remplir dans le Sinistre. Pendant ce temps, Elisabeth les regardait faire tout en y allant de ses commentaires moqueurs.

 Après avoir répandu le contenu de huit gourdes sur sa tête, Maya commençait à désespérer de voir le bandit continuer de cligner. Elle l’avait déjà obligé à retirer ses vêtements, ce qui n’avait pas été simple, afin d’éviter toute nouvelle contamination. Il lui était interdit de les remettre avant qu’ils n’aient été lavés. Kelvin, en caleçon, subissait toutes les moqueries d’Elisabeth en ronchonnant.

 Finalement, ils allèrent directement au fleuve et on lui ordonna de plonger sa tête dans l’eau. Quand enfin il apparut qu’il allait mieux, et même si ses yeux étaient encore rouges, ils retournèrent à la charrette, après avoir nettoyé les vêtements du bandit pour se débarrasser du pollen.

 Kelvin s’installa à l’arrière, puisque presque nu, et s’enveloppa d’une couverture pour ne pas avoir froid. Il avait laissé ses vêtements trempés en boule dans un coin. Elisabeth invita la muette à s’installer à côté d’elle pour la suite du trajet, mais elle fit la moue en montrant la prairie. L’incident, n’avait pas découragé Maya de se procurer une floracanon.

 La jeune fille utilisa le même stratagème que lors de son premier passage. Juste avant d’entrer dans la zone où le pollen continuait de tomber, elle repéra une plante et marcha droit devant, tête baissée, ne pouvant qu’estimer la distance qui les séparait. Enfin, quand elle vit la floracanon à ses pieds, elle sourit, satisfaite, et s’agenouilla. Sans relever la tête, elle attrapa le végétal sous les pétales et tira simplement, ce qui suffit à la retirer de terre. Ces plantes avaient des racines très courtes, ce qui facilitait leur déplacement. Elle observa l’intérieur du tube, constatant la présence d’une petite boule de pollen, pas encore mature. C’était parfait pour elle. Ainsi, elle ne risquait pas de se faire tirer de la poussière lacrymogène à la figure en la transportant. Elle la prit dans ses deux bras et fit volte-face, en prenant bien soin à nouveau pour que ses yeux n’entrent pas en contact avec de la poudre en suspension.

 De retour à la charrette, Minos poussa une grande exclamation en voyant la plante de plus près. Elisabeth, si elle désapprouvait, se contenta de ronchonner. Maya affichait une mine satisfaite en retirant sa couverture. Constatant que celle-ci était recouverte de pollen, elle désigna le fleuve, afin de la nettoyer. La marchande, qui trouvait qu’ils avaient déjà perdu assez de temps comme ça, soupira. Aussi Maya se dépêcha-t-elle.

 Finalement, après avoir lavé ses mains, sa couverture mais aussi la floracanon elle-même, elle installa le fruit de sa collecte à l’arrière. Kelvin se plaça à l’opposé, tandis que Pan venait renifler d’un air curieux. Contente, Maya s’installa devant, à côté d’Elisabeth. Cette dernière jeta un dernier coup d’œil au nouveau chargement, peu rassurée, puis ordonna aux domrochs de reprendre la route.

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