Interlude tranquille

5 minutes de lecture

 Trois heures s’étaient écoulées sans qu’il n’y ait le moindre incident notable dans la charrette. Minos était toujours en train de roupiller dans son coin, sans que Maya n’ait le courage de le réveiller. Il n’y avait pas beaucoup de monde sur la route ce jour-là. Ils dépassèrent bien quelques passants, mais ils ne croisèrent personne en sens inverse. Leur voyage était ponctué des remous du Sinistre qu'ils longeaient. Maya s’étonna de ne voir quasiment aucun pont relier les deux rives. Ceux-ci étaient rares, et bigrement gardés par des soldats en armure.

 Nonchalamment, le coude sur les bords de la charrette, la muette ne s’était pas attendue à s’ennuyer autant, elle qui s’était tant réjouie de ne plus avoir à marcher jusque Orles. Elle ne pouvait pas dire que le paysages étaient laids, que du contraire, mais cela devenait un peu redondant.

 Elle se mit alors à penser, pour la première fois depuis longtemps, à ses origines. Du peu qu’ils savaient, elle venait de Cobaltique. Ses terres natales étaient-elles très différentes de la Safranie ? Comment vivaient les gens, là-bas ? Utilisaient-ils aussi des domroch pour voyager ? La flore y était-elle aussi belle et parfumée ? Et le Culte y était-il aussi important ?

 Se croiser les pouces faisait naitre tout un tas de questions dans la tête de Maya. Elle était plongée dans ses réflexions lorsque le ciel se couvrit brusquement. Elle leva les yeux, intriguée, et les écarquilla sous la surprise.

 Au-dessus d’eux, des centaines d’oiseaux, des faucons, formaient comme un grand nuage en traversant le ciel. Maya aurait été incapable de dire précisément combien il y en avait. Ils passèrent au-dessus d’eux sans leur prêter la moindre attention. D’ailleurs, ni Kelvin ni Elisabeth n’avaient l’air de s’y intéresser. Maya se releva et s’approcha de la conductrice. Elle tira légèrement sur la manche de celle-ci, qui sursauta en lâchant un juron.

 — Quoi ?! Hein, ça ? répondit la marchande après avoir observé les gestes de Maya. Ça devait être le courrier pour Orles, je suppose. C’est bien des faucons qu’on utilise, chez vous, non ?

 Elle demanda confirmation du regard à Kelvin, qui hocha la tête.

 — Tout-à-fait, exactement, précisément! Toutes les grandes villes ont des Fauconniers. Je ne sais pas exactement comment ils s’organisent, mais c’est la méthode la plus rapide et la plus sûre de transmettre des messages partout en Safranie.

 — Il me semble que tous les continents utilisent cette manière de faire, mais avec d’autres oiseaux, précisa Elisabeth. Par exemple, en Assyr, on utilise des colombes grises.

 — Ah bon ? s’étonna Kelvin.

 — Ouaip, mais je suppose que ça marche avec n’importe quel oiseau, ajouta la dame en haussant les épaules. En tout cas, ce genre de nuée n’est pas rare, et ce, partout dans le monde. Ça m’étonne que tu ne saches pas ça.

 Elle avait dit ça en lui jetant un coup d’œil suspicieux et intrigué. Maya déglutit silencieusement et rougit. Elisabeth ne savait pas que la jeune fille était amnésique. Kelvin vit bien la gêne de la jeune fille et tenta d’expliquer qu’elle n’était que rarement sortie de chez elle. Une réponse qui ne semblait pas satisfaire la marchande. Néanmoins, elle n’ajouta rien d’autre.

 Peu de temps après, Minos se réveilla enfin, ranimant au passage l’advouquetin. Ils en profitèrent pour casser la graine. La marchande s'était procuré un grand jambon et demanda aux jeunes à l'arrière d'en découper quelques tranches pour manger avec du pain. Ce repas, bien loin des fruits ou des champignons trouvés au grès des cueillettes, ravit leurs estomacs en ce début d'après-midi.  

 Comme les effets de la décoction devaient maintenant s’être dissipés, Maya se décida à piquer un somme à son tour. Elle espérait simplement que Minos la laisserait profiter de sa première sieste depuis fort leur départ. Aussi ferma-t-elle les yeux, pour s’abandonner à un repos nécessaire.

 C’est un violent bruit sourd qui la réveilla quelques heures plus tard. Les yeux fermés, elle essaya d’abord de se rendormir. Puis un second son identique la décida à ouvrir les yeux. Le temps semblait s’être couvert. Si Elisabeth était en train de manœuvrer la charrette, imperturbable, Minos et Kelvin, par contre, avaient tous les deux le regard fixé sur quelque chose à leur gauche. Elle se releva péniblement, s’étira et rejoignit le petit dompteur.

 Elle ne comprit pas de suite ce qui intriguait tant les garçons. C’était une prairie comme ils en avaient déjà vues de nombreuses. La seule différence notable était la pénombre. Il faisait étrangement sombre, comme en plein orage. Puis elle remarqua ce qui empêchait le soleil d’illuminer le paysage. Une sorte de poudre grisâtre tombait lentement du ciel, telles les cendres d’un volcan. On aurait dit qu’il neigeait de la poussière. Maya fronça les sourcils pour comprendre d’où celle-ci venait. Un quatrième coup sourd lui apporta la réponse.

 Elle sursauta tout d’abord en voyant une sphère s’élever vers le ciel avant d’exploser sans bruit, à plusieurs dizaines de mètres de sol. Une nouvelle couche de fines pellicules s’ajouta à celles déjà présentes et retomba tout aussi progressivement. Commençant à comprendre, Maya scruta la prairie. Et enfin, elle les aperçut.

 Les responsables étaient exactement comme décrites dans le guide de Madame Cardamome. C’était des plantes sans tige, avec cinq énormes pétales orangés au sol, au centre desquels sortait une sorte de gros tube brun qui servait, en quelque sorte, de canon pour expédier une grande quantité de pollen reproducteur. C’était des floracanon et il y en avait quelques-unes dispersées dans la prairie.

 Maya n’en revenait pas. Ces plantes existaient donc réellement ? Lorsqu’elle en avait lues les descriptions ce matin-même, elle n’était pas parvenue à s’en convaincre. Elle en avait pourtant de véritables devant elle ! Elle se sentit soudain terriblement excitée, comme si elle avait bu plusieurs tasses de décoctions d’arabicae. Elle se précipita vers Elisabeth et attira son attention en lui secouant les épaules.

 — Ah, t’es réveillée, remarqua la marchande. Il y a un problème ?

 Comme Maya pointait la prairie du doigt avec enthousiaste, Elisabeth observa dans la même direction.

 — Ouais, c’est des canons trucs, là, je sais plus le nom, poursuivit-elle en haussant les épaules. On en a aussi en Assyr.

 — Je crois qu’elle veut qu’on s’arrête, lança Minos en observant les gestes de son amie. Pour en cueillir une… ?

 Maya acquiesça, contente de la rescousse du jeune berger. La demande ne semblait pas plaire à Dame Ducaffet, puisqu’elle roula les yeux tout en réprimant de justesse un de ses jurons préférés. Elle donna malgré tout un coup sec de ses rênes afin que les domrochs s’arrêtent de marcher.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Unpuis ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0