Kibnolé!

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 Ils eurent un peu de mal à retrouver Kelvin, car le feu qu’il avait allumé avait perdu en intensité. Et pour cause, le bandit s’était endormi, emmitouflé dans une couverture. Pan, cependant, semblait veiller à sa place. Quand il vit son maitre et Maya revenir, l’advouquetin se releva et trottina joyeusement dans leur direction. Minos lui donna une caresse affectueuse puis, sans plus attendre, prit son propre drap et s’enveloppa dedans, se couchant lui aussi contre l’arbre. Maya l’imita et se plaça entre ses deux compagnons, dos à Gamla. Elle bailla un grand coup puis s’abandonna à la fatigue.

 Quelques heures s’étaient écoulées quand Maya entendit des cris de protestation et d’agitation. Elle crut d’abord qu’elle rêvait et n’ouvrit pas de suite les yeux. Mais comme les bruits se faisaient insistants, elle essaya de trouver la source des sons. C’était presque comme si elle dormait toujours. Leur feu s’était éteint et la seule lumière disponible provenait de la lune qui éclairait le ciel. Elle se frotta les yeux puis regarda derrière elle d’un air réprobateur, couroucée d’être réveillée par quelques chambardeurs. Puis, après avoir compris ce qu'il se passait, elle reprit sa précédente position, pour faire semblant de dormir, soudain angoissée.

 Ils étaient trois hommes. Le premier, menant la marche, portait deux torches et servait de guide aux deux autres. Ceux-ci transportaient d’un air éreinté un vaste sac de toile. Mais ce que ce paquet avait de particulier, c’était les diverses insultes qui en émanaient et la manière qu’il avait de se tortiller de l’intérieur. Maya reconnut à la fois la voix et les injures. Il n’y avait pas de doutes là-dessus. Elisabeth Ducaffet était en ce moment-même victime d’un kidnapping.

 Tétanisée de peur, elle entendit à côté d’elle Minos remuer et les ronflements de Kelvin qui se poursuivaient. Elle ne savait pas s’ils dormaient ou pas, mais ils ne devaient en aucun cas attirer l’attention sur eux. Avec un peu de chance, les criminels ne les remarqueraient pas.

 — Eh bha, pourquoi tu t’arrêtes ? s’écria une voix hargneuse.

 — Y a des gens, là, répondit un autre en grognant.

 Maya déglutit. Elle ne bougea pas d’un pouce et garda les yeux fermés, feignant le sommeil. Elle ne pouvait cependant pas agir pour Minos, Kelvin ou encore Pan. L’animal en particulier risquait de mal réagir. Elle sentait battre son cœur en percevant les bruits de pas d’un homme s’avancer vers eux.

 — C’est bon, lança finalement la même voix après quelques longues secondes qui en parurent des heures. Ils dorment, on a qu’à s’écarter de là.

 — Y a pas quelques trucs à leur prendre ? proposa une nouvelle voix, plus criarde.

 — Laisse tomber, c’est les gamins qui parlaient à l’autre peste, elle disait qu’ils étaient sans argent, m’semble, rétorqua un autre. On n’a pas que ça à foutre, on a une cliente privilégiée.

 — Tu sais ce qu’elle va te faire, ta cliente, espèce de pisse de blobouille ? s’écria la voix de la marchande, quoiqu’un peu étouffée, avant d’être suivie d’un bruit sourd.

 — Allez, on se casse, on va bien prendre soin de toi !

 Maya resta immobille tandis que les bruits s’éloignaient. Elle n’osait pas bouger, de peur qu’ils se retournent et changent d’avis. Mais au bout de quelques instants, elle sentit Minos s’extirper de ses couvertures tandis que Pan se relevait d’un bond en s’étirant. Le petit berger, à quatre pattes, se rapprocha de Maya.

 — Tu es réveillée ? chuchota-t-il, inquiet.

 La muette ouvrit les yeux et hocha la tête lentement. Le petit berger lui demanda si elle avait entendu la scène comme lui et elle lui répondit une nouvelle fois par l’affirmative.

 — Qu’est-ce qu’on fait ? murmura-t-il, à peine audible.

 Maya déglutit tout en se redressant contre l’arbre. La marchande n’avait pas été des plus sympathiques avec eux, au contraire. Mais ni elle ni Minos ne lui voulaient du mal pour autant. Comme elle semblait réfléchir, Minos porta son attention sur Kelvin. Il se releva et se plaça juste en face du bandit auto-proclamé.

 — Il dort toujours ! s’exclama-t-il. C’est un vrai vénéant !

 La nouvelle faute de prononciation de Minos vola un sourire au visage de Maya. Elle se releva à son tour, alors que le berger commençait à secouer Kelvin. Ce dernier sursauta soudain en s’agitant brusquement pour repousser le petit garçon.

 — Ah, je suis innocent ! lança-t-il avant de mieux percevoir la situation. Eh, mais, heu… Minos, qu’est-ce qu’il se passe… ?

 — T’as pas entendu ? questionna-t-il avec reproche. Y a des méchants qui viennent de passer !

 — Qu… quoi, comment ça, des méchants ? répéta l’homme en se relevant d’un bond.

 — Ils ont kibnolé Madame Pas Polie ! précisa le berger. Elle était dans un sac et tout, puis ils sont partis plus loin parce qu’on n’a pas d’argent !

 À en voir le visage de Kelvin, tout juste éclairé par la lune, il n’avait pas l’air de comprendre le sens du mot « kibnolé », et cela semblait le perturber. Après quelques secondes, il ouvrit grand la bouche, comme en pleine illumination, puis porta une main dépliée au-dessus de ses yeux, comme pour faire mine d’observer les alentours.

 — Je ne vois rien, maugréa-t-il. Ils sont loin ?

 — Ils sont partis derrière toi ! répliqua Minos, presque blasé, en lui montrant la dite direction.

 — Mmmh… effectivement, il y a de la lumière par là.

 Il avait raison. Maya l’observait déjà depuis quelques instants. La luminosité de leurs torches ne bougeait plus, figée en bordure de la forêt. Elle n’était pas très forte, on ne pouvait sûrement pas les voir depuis Gamla. Mais par contre, depuis la prairie dans laquelle ils se trouvaient, c’était difficile de les manquer.

 Ils avaient tous les trois le regard porté sur ce faible éclairage. Ils se regardèrent ensuite, percevant à peine la même interrogation sur le visage des autres. Puis, après un bref instant, chacun d’eux ramassa une partie de ses affaires et, d’un commun signe de tête, ils se dirigèrent ensemble vers la lueur. Ils n’avaient pas eu besoin de parler pour prendre leur décision.

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