Se changer les idées

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 Ils poursuivirent leur route sans plus se soucier d’elle. Marcher sur un terrain plat et adapté aux roues des véhicules était bien plus agréable que de parcourir les prés et les champs aux pentes parfois abruptes. Ils avaient un meilleur rythme de voyage que d’habitude, et, alors que le soleil commençait à se coucher, ils virent apparaitre devant eux une localité qu’une pancarte appelait Gamla.

 Ils ne s’étaient pas arrêtés près d’un village depuis leur passage à Goussain. La bourgade était en pleine expansion depuis quelques années. C’était un petit port fluvial, récemment rénové et financé par le Consulat d’Orles afin d’améliorer les exportations et transports de marchandises dans la région.

 S’adaptant en conséquence, le bourg accueillait de nouveaux habitants depuis quelques années et chacun installait sa pierre à l’édifice pour permettre à Gamla de grandir et de se faire connaitre. Pas moins de cinq auberges répondaient aux besoins des nombreux matelots de passage. Enfin, puisque moult marchandises transitaient, un marché nocturne était organisé presque quotidiennement. Gamla était à encore à l’aube de son développement qui, à terme, promettait de faire d’elle une grande ville commerciale.

 Comme il n’allait pas tarder à faire nuit, la bande décida de s’écarter un peu des habitations. Ils n’avaient pas d’argent et ils étaient de toute façon habitués à l’inconfort de la nuit à la belle étoile. De plus, si la paranoïa s’était peu à peu effacée, ils n’étaient pas encore persuadés de ne rien risquer. Ils s’aventurèrent donc près des exploitations agricoles, un peu à l’écart. Ils ne s’avancèrent pas jusqu’à la forêt cependant, le souvenir des fourmis encore bien en tête, et s’installèrent près d’un pommier.

 Tandis que le bandit préparait le feu, Minos ramassa un bâton et joua avec Pan, excité de pouvoir à nouveau s’adonner au jeu. Maya, elle, grimpa du mieux qu’elle pouvait dans l’arbre pour y cueillir des fruits mûrs. Elle rechercha ensuite des bâtons pointus et assez solides, regrettant de ne pas avoir de couteaux pour les tailler. Elle avait bien un petit grattoir dans sa caisse de pharmacie, mais elle ne voulait pas en abimer la lame déjà fragile. Une fois qu’elle eut trouvé ce qu’elle recherchait, elle y planta les pommes et démarra la cuisson. Maya aurait donné beaucoup pour de nouveaux aliments et Kelvin semblait parfois rêver de manger Pan.

 Alors que Kelvin surveillait les fruits, Maya décida d’aller voir le jeune garçon, toujours à l’écart. Elle s’étonna de le trouver assis, serrant Pan contre lui, alors que quelques minutes avant ils jouaient tous les deux. Elle s’assit à côté d'eux, les genoux repliés contre elle. Le jeune garçon était en plein chagrin, encore une fois.

 — Ha, je t’avais pas entendue…, sursauta-t-il en la remarquant.

 Si Maya lui sourit tendrement, ce n’était qu’une façade. À l’intérieur d’elle, ce type de remarque, même parfaitement innocente, commençait tout doucement à l’ennuyer. Elle n’avait pas choisi d’être muette, et ce handicap la frustrait de plus en plus. Mais elle ne voulait pas créer de tension et prenait sur elle. De toute façon, même si elle s’exprimait, il y avait fort à parier qu’aucun de ses compagnons ne la comprendrait.

 Le petit berger, loin de se douter des pensées de son amie, sécha une larme avec son coude, puis regarda vers Gamla. La nuit n’était pas encore tombée, et les rayons du soleil disparu laissaient entrevoir la beauté de la ville dans le crépuscule. Les lumières du port étaient déjà bien visibles, mais aussi celles de la ferme la plus proche. La vieille bicoque était habitée par une petite famille. Maya avait comme un creux sur l’estomac en y repensant. 

 Elle secoua la tête pour chasser sa mélancolie. Minos, intrigué, lui adressa un regard interrogateur tout en caressant le dos de Pan. C’est alors qu’elle eut une idée pour changer les idées du garçon, et les siennes aussi au passage. Elle commença à pointer le bourg du doigt, puis à alterner entre Minos et elle. Elle dut aussi mimer des mouvements de jambes afin que le jeune garçon comprenne, enfin, ce qu’elle lui proposait.

 — Tu veux aller au village ? Pourquoi ?

 La jeune fille haussa les épaules. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il y aurait là-bas une fois la nuit tombée, mais elle jugeait qu’ils ne risquaient pas d’être reconnus dans le noir et qu’ils pourraient peut-être croiser des saltimbanques ou des musiciens, comme ceux de Leonne.

 — Pourquoi pas, après tout, souffla Minos en s’étirant. Ça pourrait être rigolo…

 Contente de le voir accepter la proposition, Maya sourit et retourna vers Kelvin en compagnie du berger et de son advouquetin. Les pommes étaient cuites et ils les dévorèrent sans attendre, la faim au ventre. Alors qu’ils dégustaient, Minos expliqua l’idée de Maya au brigand qui resta étonnemment silencieux. Ce n’est que lorsqu’il eut terminé sa pomme qu’il exposa son point de vue.

 — Dans ce cas, je ne peux pas venir ! expliqua-t-il d’un ton très sérieux. Imaginez qu’on découvre que je suis le terrible bandit Kelvin ! C’est un plus gros village, ils ont peut-être entendu parler de moi. De plus, il faut quelqu’un pour garder le feu allumé ici, parce que si on part tous, on risque de ne pas retrouver le campement.

 — D’accord, approuva Minos, un peu surpris. On laisse nos affaires ici, alors, tu surveilleras tout ?

 — Tout-à-fait, exactement, précisément ! s’exclama-t-il. Mais, heu, faites attention vous aussi, d’accord ? Peut-être que le Culte est là-bas…

 — On les aurait vus avant, non ? répondit Minos. Ils sont sûrement passés devant nous, ou alors ils pensent qu’on a pris un autre chemin, c’est possible aussi !

 — Oui, mais restez prudents quand même ! Il y a peut-être d’autres bandits, ou des fourmis sur le chemin… ou pire, la marchande de tout à l’heure !

 Cette dernière remarque fit rire Minos et sourire Maya. Kelvin pouffa lui aussi, mais la jeune fille le suspectait d’être en partie sérieux. Avant de partir, le petit berger chuchota quelque chose à Pan, qui s’installa tranquillement contre le pommier. Sans doute lui avait-il demandé de veiller sur Kelvin et sur leurs affaires par la même occasion. Puis ils se mirent en route à deux, direction le village de Gamla.

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