Lisette Cardamome

5 minutes de lecture

 Ils se trouvaient directement dans une petite cuisine. On y trouvait quelques marmites, une cheminée allumée, quelques armoires et, par endroit, de vieux portraits représentant un couple. Maya y reconnut immédiatement leur hôte, avec plusieurs décennies de moins. Ils s’écartèrent pour laisser passer celle-ci. Elle déposa son grand sac dans un coin de la pièce et retira son chapeau, dévoilant un grand chignon grisâtre. Comme elle retirait ses sabots crasseux, Maya l’imita, suivie de près par Minos et Kelvin. Pan était aussi entré, mais le petit berger avait passé son bras autour de son cou pour l’empêcher de partir explorer l’intérieur.

 — Alors, que faites-vous de passage à Goussain, jeunes gens ? demanda-t-elle. Nous avons l’habitude de croiser des voyageurs, mais ceux-ci sont assez rarement sans argent. Vous avez été attaqués par des bandits, c’est ça ?

 Kelvin rougit et baissa les yeux, honteux. Maya aurait volontiers confirmé cette histoire, jugeant que la vérité n’était pas bonne à raconter partout. Mais c’est le petit berger qui hocha la tête en se frottant les yeux.

 — Mes pauvres chéris, soupira la vieille dame. Heureusement pour vous, nos portes sont toujours ouvertes aux voyageurs dans le besoin ! Vous n’avez qu’à passer la nuit ici, j’ai bien assez à manger pour plusieurs !

 — Merci, madame ! s’exclama Kelvin, toujours gêné. C’est fort aimable de votre part.

 — Allons, c’est naturel ! répondit-elle avec un haussement d’épaules. Ah, je ne me suis pas présentée, je suis Lisette Cardamome. Et vous, vos petits noms ?

 — Je suis le célèbre ban…, commença Kelvin avant d’être interrompu par Maya, qui lui écrasa violemment le pied.

 — Lui c’est Kelvin, lança Minos en adressant à ce dernier un regard fâché. Mon amie, c’est Maya, et moi, c’est Minos. Et puis, mon advouquetin, il s’appelle Pan !

 — Enchantée, vous tous. Mais venez, vous serez plus à l’aise dans le petit salon !

 Elle s’écarta pour dégager le passage qui donnait sur la pièce. Sans se laisser plus prier, Kelvin s’avança, guilleret. Minos chuchota quelque chose à Pan, qui se coucha sur le sol de la cuisine et bailla, prêt pour une sieste. Puis il adressa un signe à Maya, qui acquiesça avant de le suivre sous le regard bienveillant de la vieille dame.

 Au centre de la pièce, il y avait une petite table sur laquelle avaient été dressés une assiette en terre cuite et des couverts. On y trouvait aussi un vase rempli de fleurs aux longs pétales bleus dressées vers le haut. Trois fauteuils étaient disposés tout autour. Il y avait de nombreux autres récipients dont dépassaient diverses plantes, toutes plus étonnantes les unes que les autres. La plus intrigante, cependant, restaient les étranges roseaux dont le bout ressemblait à une main humaine, et qui se balançait légèrement de droite à gauche, comme pour faire signe à la bande. D’autres pots de fleur envahissaient les quelques armoires collées au mur. Alors que Maya regardait toute cette végétation d’un air émerveillé, Kelvin et Minos n’y prêtaient qu’une attention limitée. Ils s’étaientassis dans un beau fauteuil rembourré en poussant des soupirs de soulagement. Comme il n’y avait plus place à côté des garçons, Maya prit place dans le second divan et la dame la rejoignit rapidement. Elle s’y affala de tout son long puis se releva et adressa à ses invités un grand sourire.

 — Alors, vers où vous rendez-vous, du coup ? demanda-t-elle. Vous avez de la famille qui peut vous venir en aide ?

 Maya fit non de la tête, tout en adressant un regard inquiet vers Minos, qui s’était renfrogné en entendant le mot « famille ». Lisette sembla le remarquer, puisqu’elle fronça les sourcils en le fixant.

 — Quoi qu’il en soit, j’espère que vous trouverez des personnes pour vous aider ! Je ne peux hélas pas faire plus que vous accueillir sous mon toit, à mon âge.

 — C’est déjà beaucoup, madame, affirma Kelvin en hochant frénétiquement la tête.

 — Oui, merci, dit faiblement Minos.

 — Et vous, vous êtes timide au point de ne pas parler ? plaisanta Madame Cardamome en pivotant vers Maya. Je n’ai pas encore entendu votre voix !

 — C’est parce qu’elle est muette ! répondit précipitamment Minos.

 La vieille dame parut surprise et observa la jeune fille sous toutes ses coutures, tandis que cette dernière rougissait.

 — Ha, désolée, ce n’est peut-être pas un sujet de plaisanterie, pour le coup.

 Maya secoua la tête et agita les mains pour lui faire signifier qu’il n’y avait pas de mal à cela, ce à quoi Madame Cardamome parut rassurée. Un petit bêlement attira leur attention vers l’encadrement de la porte. Pan s’était relevé et adressait à Minos un regard suppliant en frappant du sabot. Maya le trouvait fort agité, alors qu’il avait été sur le point de s’endormir. Le petit berger dut le rappeler à l’ordre à deux reprises pour qu’il daigne retourner devant la porte.

 — Vous pouvez le faire rentrer, vous savez, dit la dame en souriant.

 — Mais il va salir votre sol, s’inquiéta le berger.

 — Pfeu, on le lavera! répondit-elle en haussant les épaules. J’ai de quoi fabriquer de très bons produits de nettoyage, ici.

 — Vous aimez beaucoup les plantes, fit remarquer Kelvin en montrant les différents végétaux du doigt.

 — Effectivement, confirma la gentille dame. Mon mari et moi étions apothicaires. Il s’y connaissait en mélanges, et moi en jardinage !

 Elle soupira en regardant vers la cuisine, un léger sourire aux lèvres.

 — Depuis son accident, j’ai fermé la boutique, mais j’ai continué à cultiver des plantes et à fabriquer des remèdes pour moi-même ou mes voisins, poursuivit-elle sans les regarder. Je pars souvent à la cueillette dans les bois pour dénicher des spécimens.

 Maya tourna la tête vers les différentes plantes de la maison, curieuse de connaitre les propriétés de chacune. Elle avait des dizaines de questions qui lui brulaient aux lèvres, mais, hélas, impossible de les énoncer clairement. Elle se souvint alors qu’elle avait conservé du parchemin parmi ses maigres affaires, ainsi qu’un stylet. Elle fouilla rapidement dans son sac et les en sortit. Puis elle se mit à gratter frénétiquement son parchemin, un peu humide à cause de la pluie, tandis que Minos changeait de sujet.

 — Vous savez si on est encore loin de Borles ? demanda-t-il en penchant la tête.

 — Orles ? corrigea la vieille dame. Hélas, il vous reste une sacrée trotte. Trois ou quatre jours à cheval, et une grosse semaine à pied, je dirais. Peut-être même deux.

 — Quand même, lâcha Kelvin, dépité.

 — Vous trouveriez plus vite de l’aide en retournant à Leonne, vous savez ?

 — Non, nous ne connaissons personne qui nous aiderait, là-bas, justifia le bandit avec embarras. 

 — Dommage, soupira la vieille. J’espère pour vous que le voyage se fera sans encombre, alors. 

 Elle se tourna vers Maya, qui lui tendait son parchemin, la tête aussi rouge qu’une tomate. Elle rapprocha le document pour pouvoir mieux le lire, puis laissa échapper un petit rire satisfait et se leva pour se diriger vers les étranges roseaux. Maya la suivit, curieuse. Mais l’attention des garçons fut vite attirée par Pan qui, de nouveau, se manifestait de manière insistante. Le petit berger lui répéta ses ordres, en vain. Finalement, l’enfant quitta le fauteuil à son tour et se dirigea vers son animal. À mi-chemin, il renifla bruyamment et s’arrêta, penchant la tête sur le côté, comme en pleine réflexion.

 Pendant ce temps, la vieille dame expliquait à Maya à quoi servaient les quelques plantes qu’elle possédait. Les roseaux, par exemple, étaient appelés "Roseaux Salut". Madame Cardamome en avait plantés pour l’effet ornemental, mais le liquide stocké dans leurs « mains » était un ingrédient essentiel à de nombreuses pommades contre les brûlures. Les fleurs aux pétales bleues sur sa table quant à elles étaient des Vernacées et pouvaient être consommées sous forme de tisane pour lutter contre les problèmes de digestion. Très enjouée à en dire plus à Maya, la vieille dame fut néanmoins interrompue par un cri de Minos.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Unpuis ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0