Sanglots

4 minutes de lecture

 Lorsque Maya retrouva ses esprits, elle était toujours transportée par Gram’, qui réclamait une pause. Mais Kelvin, devant eux, faisait la sourde oreille. Ils étaient de retour dans le Bois de Styx et le bandit cherchait à revenir à leur campement au plus vite. Derrière eux, Tonne haletait tandis qu’il empêchait toujours Minos de déguerpir. Le petit garçon n’avait cessé de se débattre, mais il n’était clairement pas de taille à lutter. Ce n’est qu’une fois qu’ils furent bien enfoncés dans les bois que Tonne libéra la bouche de l’enfant de sa grosse main, parsemée de traces de dents. On se serait attendu à ce qu’il hurle de rage mais il avait plutôt explosé en sanglots incontrôlables, réclamant qu’on le laisse ici pour qu’il puisse rentrer chez lui.

 Pendant ce qu'il restait de trajet, la muette observa l’enfant en larme, le cœur en miette. Il s’était passé exactement ce qu’elle avait craint et ce pourquoi elle avait cherché à fuir le domaine des Bernardonne. Ce n’était pas elle, mais le petit berger et sa famille qu’elle avait voulu protéger. Tous ses efforts avaient été inutiles.

 Minos se retrouvait seul. Lui qui était né dans une famille nombreuse était désormais, à peine âgé de dix ans, le dernier survivant de sa famille. L’unique héritier d’un domaine incendié par la volonté de l’Inquisiteur. C’était uniquement de sa faute à elle, Maya, si son ami était maintenant en proie à une telle détresse.

 Se mordant les lèvres, la muette faisait son possible pour ne pas pleurer. Elle trouvait cela déplacé d’exprimer sa peine alors que, si quelqu’un méritait de la considération, c’était bien Minos. Elle se torturait l’esprit à penser à ses fautes et ses responsabilités, tout en cherchant un quelconque moyen de consoler le jeune berger en deuil. Mais, hélas, que pouvait-elle faire, pauvre petite muette ? Même les mots lui étaient interdits. Elle était là, c’était tout ce qu’elle pouvait faire. Ce qui, par ironie, était d’ailleurs ce qui avait causé tant de malheurs.

 Elle sursauta quand, enfin, Gram’ la déposa avant de tomber par terre, pantelant. Son chef s’était appuyé contre un arbre avec une grimace. Tonne imita son frère et libéra Minos, qui continuait de pleurer toutes les larmes de son corps en regardant dans la direction de sa ferme, sans se soucier du reste. Même Pan le regardait d’un air triste. La jeune fille sécha une larme d’un geste du poignet et remarqua que tout le reste de la bande de Kelvin les observait, l’air interdit.

 — Chef… ? se risqua la voix criarde de Mole, le vieillard. Que… qu’est-ce qu’il se passe ? Vous deviez pas les ramener chez eux ?

 — Vous avez croisé l'loup, c'est ça ? supposa Litre en haussant ses sourcils.

 — Le loup ? répéta soudain Kelvin, l’air horrifié. Vous voulez dire que vous l'avez vu ?

 — Hé bien, avec les gars, on pense que c’est ce qui avait tué Newton et Volt ! lança Ampère d’un air fier.

 — Révélation ! s’exclama Pascal.

 — Ils ont des traces de griffes ou de morsures ? s’étonna Kelvin.

 — Ha, heu, non, répondit Ampère, soudain gêné, le regard fuyant. Ça ressemble un peu plus à des coups de couteau ou… Mais donc, qu’est-ce qui vous est arrivé ?

 — C’est… compliqué, dit Kelvin après quelques secondes de réflexion. Je vais vous expliquer.

 Alors que le bandit racontait à ses hommes ce qu’ils avaient vu à la ferme des Bernardonne, Maya en profita pour rejoindre Minos. Elle s’arrêta à quelques pas de lui, désarmée. Elle ignorait quoi faire pour lui offrir son soutien. Elle croisa le regard de Pan, puis, finalement, posa simplement son bras le long du dos de l’enfant. Ce dernier ne cessa pas de pleurnicher, secoué par des hoquets. Enfin, il se retourna et étreignit son amie. Maya se contenta de tapoter dans son dos, tout en reniflant. Le petit garçon tenta de parler, mais rien de ce qui sortait de sa bouche n’était compréhensible. Tout juste croyait-elle percevoir des mots, tels que « Papa », « Maman » ou des surnoms qu’il avait attribués à ses frères et sœurs.

 — Quoi ?! s’écrièrent soudain en chœur les brigands, rappelant leur présence aux jeunes.

 — Indignation ! s’exclama Pascal.

 — Mais pourquoi c’est qu’il a fait ça ? s’exhorta Mole. Ils sont sympas, les gens du v’llage !

 — Il réclamait une jeune fille en particulier, expliqua Kelvin. Une esclave en fuite, je crois… et Pietro l’aurait aidée… C’est pour ça que…

 — Une jeune fille ? répéta Litre en fronçant son énorme sourcil.

 Même si elle était encore occupée à consoler le jeune berger, Maya sentit immédiatement toute l’attention se porter sur elle et déglutit, mal à l’aise.

 — Ouais, une jeune fille, confirma Kelvin en faisant quelques pas vers eux pour se rapprocher. Pardonnez-moi, mademoiselle mais … C’est vous ?

 Maya passa en revue chaque brigand. Ils semblaient sur le qui-vive, prêts à bondir sur elle si nécessaire. Tous, sauf leur chef. Il s’était même légèrement baissé en pliant les genoux pour être à sa hauteur, et lui adressait un regard de bienveillance. Ses secrets ne lui ayant attiré que de mauvaises choses, Maya hocha la tête. Aussitôt, toute la bande fit un pas vers elle, avant d’être stoppée nette d’un geste de main de Kelvin. Ce dernier se releva, les mains sur les hanches, et se retourna face à ses compagnons, l’air sûr de lui.

 — Bien, dans ce cas, il est de mon devoir d’aider une collègue dans le besoin ! s’exclama-t-il en bombant le torse.

 — Hein ? s’étonna Hertz avec une grimace.

 — Vous voulez l’aider, chef ? répéta Mole, comme si prononcer ces mots lui permettait de mieux comprendre.

 — Tout-à-fait, exactement, précisément! s’exclama-t-il. Qui de mieux que le terrible bandit Kelvin pour aider cette pauvre hors-la-loi dans le besoin ! Car nous devons nous serrer les coudes, entre criminels ! N’ai-je pas raison ?

 — Oui, bien sûr ! répondit Ampère, des étoiles dans les yeux.

 — Vous êtes le meilleur, chef ! s’écria Gram’

 — Haha, exactement ! s’exalta Kelvin en ponctuant d’un grand rire. J’ai un plan pour partir d’ici sans encombre ! Seulement, je vais avoir besoin de vous, les gars…

 — On vous écoute, chef ! s’écrièrent les brigands, enthousiastes.

 Maya observait la scène, médusée. Allait-il vraiment les aider à partir ? Et quel était ce plan? Elle soupira. Dans quelle galère ce fameux brigand allait-il les embarquer ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Unpuis ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0