Dans un trou

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 Maya se réveilla en sursaut un peu plus tard. Elle n’avait aucune idée du temps qu’elle avait passé endormie contre ce tronc, dans une position assez inconfortable, mais il faisait désormais jour. Elle aperçut ce qui l’avait réveillé, un simple écureuil qui s’était rapproché par curiosité. Elle se releva et balaya rapidement les crasses qui s’étaient accumulées sur sa robe pendant son sommeil. Elle décida de profiter de la clarté pour se changer.Une fois ceci fait, la muette se saisit d'une pomme qu'elle entama.

 Tout son corps la faisait souffrir et elle était encore accablée par la fatigue. Mais elle se sentait tout de même plus sereine, moins effrayée, maintenant que le soleil lui faisait don de ses rayons. Son sac dans les bras, elle se remit en route avec plus d’assurance et d’un pas plus rapide.

 Elle ne marchait que depuis une vingtaine de minute lorsque, soudain, elle entendit un grand cri. Elle resta un instant interdite et tourna finalement la tête derrière elle, circonspecte, avant qu’un second, identique, ne vienne confirmer ses doutes. Cette voix, elle l’avait reconnue. C’était Minos qui l'appelait.

 Si elle n’avait pas été muette, Maya aurait certainement lâché un juron. Combien de temps avait-elle dormi pour que le petit berger soit déjà sur ses traces, assez proche pour qu’elle puisse l’entendre hurler son nom ? Elle avait perdu toute l’avance de cette nuit. Ou bien peut-être s’était-elle plus perdue qu’elle ne l’avait cru ? Quoi qu’il en soit, elle devait à tout prix faire en sorte que le jeune garçon ne la retrouve pas, pour leur bien à tous les deux, aussi se mit-elle à courir.

 Au fur et à mesure, il lui semblait que les cris étaient de plus en plus éloignés, preuve qu’elle parvenait à creuser l’écart entre elle et Minos. Encouragée par ce constat, la jeune fille redoubla d’efforts. Plus elle avançait et plus elle avait l’impression qu’il faisait clair et que le nombre d’arbres diminuait. Mais elle n’avait pas le temps de se poser des questions et poursuivait sa course, accélérant à chaque fois qu’elle percevait son nom perturber le silence du Bois de Styx.

 Aussi, un peu inattentive, elle ne remarqua que trop tard que le sol sur lequel elle s’engageait paraissait un peu différent, comme si on l’avait recouvert de branchages. Celles-ci ne purent retenir son poids puisqu’elle s’enfonça alors dans un trou creusé profondément et dissimulé jusque-là. Elle essaya de crier, par réflexe, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se massa le front quelques secondes, l’ensemble de son corps se révoltant, puis jeta un coup d’œil vers le haut. Le trou faisait deux bons mètres de profondeur. Peut-être s’agissait-il d’un piège de chasseur ? Au moins pouvait-elle s’estimer heureuse qu’aucun pieu n’ait été dissimulé là, sinon quoi elle aurait eu bien plus qu’un mal de crâne.

 Elle essaya d’abord de sauter pour atteindre les bords du trou, mais il lui manquait une bonne dizaine de centimètres. Devant cet échec, Maya fit la moue et adressa un regard inquiet dans la direction d’où elle venait. Minos était peut-être en train de la rattraper. Pourtant, elle ne l’entendait plus crier son nom. Elle essaya ensuite d’escalader comme elle pouvait. Elle tenta d’enfoncer ses doigts et ses sabots de bois dans les bords de la fosse. Après quelques tentatives infructueuses, elle parvint alors enfin à grimper de quelques centimètres, avant de glisser bêtement. Enragée par son échec, elle se releva immédiatement et se précipita. Cette fois-ci fut la bonne puisqu’elle parvint à poser un premier coude sur le rebord du piège, puis à se hisser pour poser le second et en sortir la tête. Victorieuse, elle haleta quelques secondes, avant de remarquer, juste devant elle, quatre grands pieds couverts de bandages sales et malodorants.

 À leur vue, Maya déglutit. Elle releva lentement la tête pour mieux observer les inconnus. Les deux hommes étaient grands. Celui de droite était maigre et l’autre bedonnant. Ils portaient tous deux des habits un peu trop courts pour eux, sales et troués. Le pantalon du maigre était découpé au niveau des genoux, comme si on lui avait arraché du tissu. En guise de ceinture, ils avaient tous deux une simple cordelette. Malgré leur différence de corpulence, ils avaient comme un air de famille dans le visage, notamment un gros nez épaté et de tous petits yeux plissés. Leurs cheveux sales devaient être blonds à l’origine, et crollaient de manière aléatoire. La seule vraie différence était le double menton du plus gros. Ils l’observaient tous deux sans rien dire, presque bouche-bée, avec un air idiot. Manifestement, ils ne s’étaient pas attendus à voir une jeune fille sortir ainsi du sol. Mais ce qui effrayait le plus Maya, c’était qu'ils étaient armés. Le plus élancé avait une sorte de pieux dans la main droite tandis que son compagnon transportait une vieille hache mal entretenue.

 La muette resta tout aussi interdite que les deux hommes, ne sachant pas quoi faire. Devait-elle se laisser tomber dans le trou ou bien allaient-ils l’aider à en sortir ? Eux-mêmes semblaient perplexes sur la marche à suivre. Finalement, ils lâchèrent en même temps leurs outils et se penchèrent vers elle, attrapant chacun un bras, pour l’extirper du piège.

 — Pfiou ! soupira celui de droite en relâchant Maya une fois qu’ils l’eurent sortie de là. Voilà, madame, désolé pour l'trou.

 — C’était pour attraper l’biche, mais ça marche pas bien, compléta l’autre, un peu déçu. Qu’est-ce qu’une fragile jeune fille comme vous fait ici dans l’bois d’si tôt ?

 Maya souffla, rassurée. Les deux hommes ne paraissaient pas hostiles, au contraire. Elle allait leur expliquer ce qui l’amenait ici, puis se rappela soudain qu’elle en était incapable. Elle réfléchit quelques secondes puis commença à faire quelques gestes, pour expliquer qu’elle ne pouvait hélas pas parler. Elle mima donc une prise de parole avant de tourner la tête de gauche à droite et d'agiter l’index en signe négatif. Malheureusement pour elle, ses interlocuteurs ne semblaient pas percuter. Au contraire, à la vue de la grimace qu’ils exposaient, ils ne comprenaient rien. Elle répéta alors les mêmes gestes, plus lentement, mais sans plus de résultat. Elle recommençait une troisième fois quand ils échangèrent un regard interrogateur. Elle s’arrêta, un peu dépitée. Soit elle s’y prenait mal, soit ces deux-là n’étaient tout simplement pas futés.

 — Pourquoi qu’elle bouge comme ça ? demanda le mince.

 — J’sais pas, répondit le gros en haussant les épaules. Mais le chef devrait comprendre, non ?

 — Ouais, l’chef, c’est un malin! s’écria le premier. On lui amène !

 Sans demander son avis à Maya, ils l’attrapèrent de nouveau par les bras. Elle tenta de se dégager de leur étreinte mais les deux bonhommes étaient costauds et ce n’était pas son cas. Alors qu’elle se secouait en vain, ils ramassèrent leurs outils avec leur bras vacant puis se mirent en route, tranquillement. La jeune fille cessa bien vite de se remuer, comprenant que c’était inutile.

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