Les automates

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 Comme plus aucun artiste ambulant ne se produisait sur la place, Minos se dirigeait vers une des rues adjacentes. Il s’arrêta d'abord près d’un étal rempli de fruits confits parsemés de sucre. Le petit garçon fouilla dans ses poches pour compter lentement la monnaie qu’il leur restait. Il rangea ensuite les pièces, un peu déçu, avant de récupérer le sourire aussi vite. Il venait de remarquer, un peu plus loin, les fameux porcs particulièrement poilus qu’ils avaient vus en arrivant. Il se précipita vers eux, suivi par Maya, qui observa plutôt l’étal associé aux bêtes. Sur celui-ci, d’étranges pommes de terre étaient exposées, avec des sortes de racines sur le haut qui leur donnait, ainsi disposées, l’impression d’être dotées de cheveux. Il y avait aussi d’énormes champignons de toutes les couleurs et de toutes les formes. Mais évidemment, c’était les animaux qui intéressaient le petit berger. Très dociles, ils se laissaient caresser par Minos.

 — Ils viennent de Cyanide ! lança le vendeur, un homme à la longue moustache blonde tressée. C’est eux qui ont tiré ma brouette depuis Monça ! C’est des sacrés bestiaux, on s’en sert même pour faire la guerre, avec leurs défenses. J’ai préféré les leur couper. On les appelle porcs balayettes, chez nous. Je peux t’avoir un petit, si tu veux, gamin ? Pour un prix raisonnable.

 — Non merci, m’sieur, c’est gentil ! répondit Minos sans quitter les animaux des yeux.

 Le vendeur releva un sourcil puis se détourna de Minos en haussant les épaules pour accoster un client potentiel. Maya, elle, observait curieusement le garçon. Les bestiaux se montraient très amicaux, le plus proche se permettant même une léchouille affectueuse. Le petit berger riait aux éclats, mais, soudain, des exclamations réjouies et impressionnées attirèrent leur attention. Des hommes, femmes et enfants se pressaient plus loin. Minos se releva et adressa un regard souriant à Maya, qui comprit et le suivit pour voir ce qu’il se passait là-bas.

 Très vite, avant même qu’ils ne parviennent à voir ce que la foule cachait et contemplait, ils entendirent la musique d’une flûte. Une combinaison de quelques notes qui se répétait en boucle sur le même rythme. Ils se faufilèrent pour le rejoindre au premier rang avec d’autres enfants. Maya fut tellement surprise qu’elle aurait facilement lancé une forte exclamation pour le manifester, si elle n’avait pas été muette.

 Devant eux, quatre grosses araignées de métal doré se déplaçaient lentement, levant une patte à la fois pour la redéposer ensuite par terre par petits coups saccadés, tandis qu’un petit panache de vapeur s’échappait d’une drôle de cheminée qui se trouvait à l’arrière de leur corps. Après avoir effectué une certaine distance, elles pivotaient pour ensuite recommencer le même chemin dans le sens inverse. Les spectateurs avaient le regard rivé sur elles, et les enfants applaudissaient, se rapprochant d’un air hésitant pour mieux les examiner. Mais ce n’était pas tout. Un véritable automate, un peu plus petit qu’un adulte, soufflait comme par magie dans une flûte en actionnant toujours ses doigts de métal de la même façon pour combler les trous de l’instrument au bon moment. Chez lui aussi, de la vapeur sortait, des deux oreilles qui avaient été remplacées par des tuyaux. L’automate avait été habillé avec des loques un peu trouées, pour cacher à ses auditeurs le reste de son corps. Son visage avait été pour ainsi dire peint sur le métal, de manière grossière, par un enfant ou quelqu’un qui n’avait pas de grandes compétences artistiques.

 Finalement, après environ une minute, une première araignée arrêta simplement de se mouvoir et de rejeter de la vapeur. Elle fut rapidement imitée par les autres et ce fut ensuite le tour de l’automate, qui commença à perdre son souffle, comme épuisé, avant d’arrêter de bouger les doigts. Il émit quelques secondes un petit sifflement, puis plus rien. Le morceau de musique n’avait rien eu d’exceptionnel, et les araignées s’étaient contentées de se déplacer. Pourtant, tout le monde applaudit et les enfants en particulier. C’est alors qu’un homme vint se positionner au milieu de la scène improvisée d’un air un peu timide et salua, acclamé par les enfants.

 Maya reporta son attention sur ce dernier, comprenant qu’il s’agissait du concepteur derrière ces machines. Il devait avoir environ quarante ans. Il avait des cheveux plutôt longs, châtains, et une barbe naissante, de la même couleur. Ce qui frappa particulièrement la jeune fille furent ses nombreux cernes sous ses yeux bleus et fatigués. Le concept de sommeil devait lui être étranger. Des tâches de matières inconnues parsemaient sa chemise. Il portait des bottes de cuir et un pantalon troué au niveau des genoux, avec une ceinture improvisée à l’aide d’un morceau de corde. Malgré son air fatigué, il paraissait fier de lui, et saluait particulièrement les enfants.

 Finalement, après un petit moment, la foule commença à se disperser et quelques passants se mirent à questionner le concepteur. Le petit berger se tourna vers Maya, manifestement très impressionné.

 — T’as vu ça !? s’écria-t-il. C’est magique, ça bouge tout seul ! C’est hanté, tu crois ?

 Maya rit à la question du garçon, qui tourna à nouveau sa tête vers les araignées. Un homme discutait avec le concepteur, une bourse à la main, tandis que les enfants s’éloignaient en le saluant. Comme la foule était maintenant retournée aux achats ou vers d’autres phénomènes de rue, Minos voulut s’approcher des animaux de métal. Il allait tendre la main vers l’une d’elle, comme pour tester son don sur la créature inerte, quand, brusquemen,t l’homme à la bourse le poussa et se saisit de l’arachnide de métal avant de prendre ses jambes à son cou.

 — Hey ! s’écria le concepteur en réalisant ce qu’il venait de se passer. Arrêtez ce voleur !

 — Ouais, n’arrêtez le ! ronchonna Minos, en se relevant péniblement avec l’aide de Maya.

 Malheureusement, personne ne semblait plus faire attention à eux. Mais si les humains restaient de marbre, ce n’était pas le cas des deux porcs balayettes que Minos venait de rencontrer. Ecoutant l’appel du dompteur, ils s’avancèrent rapidement, dégageant sans ménagement l’écriteau de leur propriétaire, pour barrer la route au fautif. Ce dernier, surpris, s’arrêta net. Les porcins n’avaient pas l’air d’être très commodes. Comme le concepteur arrivait vers lui et lui barrait la fuite dans le sens inverse, le pillard lui lança son butin. L’homme le rattrapa maladroitement, le souffle coupé. Profitant qu’il ait les bras occupés, le voleur lui passa à côté et s’enfuit dans une des ruelles adjacentes.

 Bravo ! s’écria Minos en courant pour caresser les porcs, Maya sur les talons.

 — Par les milles pattes de Scolèra, maugréa le vendeur en sortant de son étal pour reprendre ses animaux.

 — Merci monsieur, s’écria le concepteur en lui attrapant la main pour la serrer frénétiquement. Vous n’avez pas idée du temps que j’ai passé sur ces automates, je …

 — Hola, hola, calmez-vous ! s’écria le moustachu, pris au dépourvu. C’est peut-être mes porcs, mais je pense que s’ils ont bougé, c’est à cause de ce ptiot, là.

 Il désigna Minos, qui câlinait les animaux. Comme il entendait qu’on parlait de lui, l'enfant se releva, les bras derrière le dos d’un air un peu gêné. Le voir ainsi fit sourire Maya. On aurait dit un enfant qui ne savait pas s’il allait être puni ou récompensé. Le concepteur se rapprocha et lui ébouriffa affectueusement les cheveux tout en maintenant son araignée de métal avec son autre bras.

 — Merci, bonhomme ! s’exclama-t-il d’un air gratifiant. Tu es un Dompteur, alors ?

 — Oui, monsieur, répondit Minos, reprenant soudain confiance et en positionnant ses petits poings sur ses hanches.

 — Je ne t’ai jamais vu avant, fit remarquer l’homme. Tu vas au Prieuré ?

 — Non, j’accompagne papa pour le marché avec ma sœur et mon amie ! s’écria Minos en montrant Maya, qui fit un rapide salut gêné de la main.

 — Ha, c’est pour ça, alors ! dit l’homme en répondant d’un geste de main à Maya. Hum, dis-moi, bonhomme, vous ne m’aideriez pas à transporter mes automates en lieu sûr, toi et ta copine? Je vous promets une petite récompense à la clé.

 — Vraiment ? s’exclama Minos, l’air réjoui. On va vous aider ! Pas vrai, Maya ?

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